Le cinéaste Stephen Chow est imprévisible. Film de soccer par-ci, long-métrage de savate par là et maintenant, il offre une œuvre familiale pour toute la famille où la Terre et le cosmos deviennent amis! Lorsque l'originalité prime du début à la fin, c'est "CJ7".
La misère fait souvent partie de l'existence. Surtout chez les Chow. Même s'il a perdu sa femme et qu'il est pauvre, le paternel Ti (Stephen Chow) continue de se tenir droit et de travailler pour un salaire de misère. Il cherche surtout à éduquer convenablement son fils Dicky (Xu Jiao) en lui enseignant les vertus de la franchise et des efforts soutenus. De belles paroles qui s'envolent rapidement lorsque l'enfant devient la risée de ses camarades de classe. Afin de changer la situation, le principal intéressé devient ami avec un être intergalactique qui pourrait très bien posséder les pouvoirs les plus impressionnants de l'univers...
Acteur immensément populaire dans sa Chine natale, Stephen Chow est presque devenu une légende lorsqu'il a fait le passage derrière la caméra. Depuis le 21e siècle, tout ce qu'il touche se transforme en or. Si l'histoire de Shaolin Soccer n'était pas très développée, ses effets spéciaux impressionnaient. En 2004, c'est la révolution avec le savoureux Kung Fu Hustle, une relecture extrêmement divertissante d'Astérix qui n'avait rien à envier au cinéma pop-corn de Quentin Tarantino. Quatre années plus tard, sa nouvelle réalisation risque de laisser bouche bée ses fans les plus assidus.
Au lieu de continuer dans son mélange d'humour "slapstick" et de violence exagérée, Chow a pris un virage à 180 degrés en offrant un film pour enfants qui semble tout droit issu des années 1980, entre Batteries Not Included et Mac and Me! Une époque qui prend forme par des vêtements colorés et un thème musical à base de synthétiseurs. Le synopsis, qui puise son inspiration aux mêmes sources qu'un certain E.T., se joue des conventions pour offrir un produit rafraîchissant qui peut cependant user la patience des spectateurs.
Tel un malaxeur, "CJ7" mélange à outrance les genres et les styles, offrant un melting-pot à prendre avec des pincettes. Le père est toujours là pour faire la morale, des discours qui reviennent encore et toujours. Les bons sentiments, proéminents et un peu assommants, éclatent à chaque tournant, une naïveté exacerbée qui peut peser sur l'appétit lors des revirements finaux. L'humour, noir, jaune et brun, mélange autant les combats viscéraux et exagérés de préadolescents que les défécations d'un pauvre petit animal en détresse. De quoi être consterné et étonné pendant 99 minutes.
Entre l'exercice de style et le désir de se renouveler, Chow préfère naviguer entre les deux et de surprendre au passage. Il y a un peu de Kung Fu Hustle pour les affrontements et beaucoup de Shaolin Soccer pour le traitement des sentiments et le développement psychologique des interprètes. La distribution, qui comprend des comédiens vus dans es précédents films du cinéaste (Lam Tze Chung fait un drôle de patron), met l'emphase sur Xu Jiao, une jeune comédienne tout à fait crédible en garçon. Sa chimie avec le cabotin Chow est palpable. La véritable vedette est cependant CJ7, cet être venu de l'au-delà qui ressemble à un improbable croisement entre un chien et un Gremlin avec des yeux qui feront craquer les cœurs sensibles.
Les images claires et précises offrent une large palette de couleurs variées. Le rendu, sans être stylisé, demeure très honnête, avec d'excellents contrastes et une définition des contours plus que parfaite. Les pistes sonores multiplient les bruits divers (des oiseaux, des klaxons, le souffle du vent, des éclairs, etc.) afin d'en mettre plein les oreilles. Le niveau des voix s'avère cependant conséquent, et il y a de superbes sous-titres jaunes pour les personnes qui préfèrent suivre l'histoire dans le mandarin original. La musique, dépaysante et ultra-kitch, risque même d'en faire sourire plus d'un.
La pochette quétaine montre les deux héros regarder une bibitte éclairer l'univers. Le menu principal du DVD s'ouvre sur un long tunnel avec un extraterrestre qui fait son entrée, le tout accompagné de scènes en mouvements et d'une mélodie assez mignonne. Les suppléments mélangent les nutriments qui soutiennent au gros sucre saturé. Dans la première catégorie, il y la très divertissante piste de commentaires où le cinéaste, des membres de la distribution et le scénariste discutent des choix musicaux, de la sélection des comédiens et de l'utilisation des effets spéciaux en revenant sur les auditions et les enjeux dramatiques. Leurs propos sont à la fois drôles et inconséquents. Il y a ensuite un documentaire relatant l'histoire et l'importance du réalisateur à créer une œuvre qui plaira aux enfants. Un long segment de 22 minutes termine la section "à voir et à entendre absolument" en s'attardant à l'aura de Chow, à son amour des chiens et à ses intentions de créer un nouveau produit populaire. Dans un deuxième temps, il y a une multitude de courtes capsules s'attardant à des aspects précis, dont la décortication de la séquence de la salle de bain, des trucs pour créer un faux suçon, des conseils afin de faire fuir des élèves turbulents, quelques informations sur les différents personnages, une multitude de bandes-annonces variées et même un jeu où il faut renvoyer la bête poilue intergalactique chez elle en choisissant bien l'angle de lancement de la fusée et le carburant nécessaire! Voilà de bonnes idées qui manquent parfois de sérieux et de profondeur.
Un poil trop lent et au développement légèrement linéaire, "CJ7" s'avère un ovni qui ne plaira pas à tous. Le réalisateur connaît son art et il multiplie les clins d'œil (le plus flamboyant est à Mission: Impossible 2), dénaturant le film pour toute la famille et rendant son long-métrage complètement imprévisible. C'est poussif par moments et l'histoire manque de finition, mais cela fait changement des histoires de magie à la Harry Potter.
| Film | 6 |
| Présentation | 7 |
| Suppléments | 8 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 8 |