Le serpent vient de se mordre la queue. Malgré ses belles qualités indéniables sur le plan de l'image, de l'utilisation du son, du jeu des comédiens et de son sujet brûlant, "City of Men" se veut une copie nettement inférieure au mémorable City of God de Fernando Meirelles.
Dans une favela brésilienne, la violence fait rage. Les gangs de rue cherchent à contrôler la cité et les morts s'accumulent, au grand dam de la population locale qui cherche à fuir. Entre ces confrontations sanglantes se trouvent deux amis de longue date. Il y a Laranjinha (Darlan Cunha) qui aimerait bien en savoir davantage sur son paternel, et Acerola (Douglas Silva), un père de famille irresponsable qui passe son temps à s'amuser. Lorsque les tensions sont sur le point d'exploser, les comparses devront faire des choix qui scelleront à jamais leur existence.
En 2002 sortait le grandiose City of God, une œuvre renversante et mémorable s'intéressant à la difficulté de vivre et de grandir dans des quartiers défavorisés du Brésil. Le succès populaire et critique a engendré une série télévisée répondant au nom de City of Men et de son propre film. Entre le long-métrage réalisé par Fernando Meirelles et celui du nouveau venu Paulo Morelli, il s'agit presque du pareil au même. Les personnages, les scènes d'action et d'émotion, le climat social et psychologique, le constat impitoyable sur la jeunesse en berne, les retournements de situations: la copie carbone agit en tant qu'ersatz.
À tel point qu'il est aisé de reconnaître jusqu'à quel point City of God est nettement plus pertinent et réussi que son successeur. Au lieu de s'intéresser à de multiples clans, "City of Men" met l'emphase sur l'homme, un scénario nettement plus facile et simpliste. Le récit est cette fois beaucoup trop chronologique avec de rares ellipses vers le passé. Le traitement, plus manipulateur et sentimental, se termine par une conclusion trop appuyée et si peu surprenante. Lorsque la quête d'éléments nouveaux s'avère vaine, la déception ne peut qu'être de la partie.
En faisant abstraction de la première mouture, cet essai bien réalisé (quoique trop plagié sur le style énergique du réalisateur de The Constant Gardener) tient un peu mieux la route. Les conséquences du destin n'épargnent personne et en plein cœur de cette confusion ressortent de belles séquences qui tiennent en haleine. Les protagonistes montrent également beaucoup de conviction dans des rôles pas toujours définis convenablement. En gentil renégat, Douglas Silva se veut particulièrement énervant et son personnage est conçu ainsi. Tout le contraire du plus solide Darlan Cunha en pleine crise existentielle.
Les sublimes images stylisées sont de retour. Les couleurs sont généralement sidérantes, le mélange entre le rêve et la réalité est réussi et les contrastes offrent un riche niveau de détails. La présence de grain et une luminosité blanche un peu trop envahissante se font toutefois ressentir en quelques occasions. Outre le style visuel qui captive rapidement la rétine se retrouve un soin musical constant pour faire danser l'ouïe. Les mélodies sont nombreuses et elles explorent de multiples styles. La trame sonore portugaise en Dolby Digital 5.1. est suffisamment animée pour mettre le feu aux poudres de tous les enceintes pour en faire ressortir des bruits de cigales, du vent qui souffle, de l'eau qui s'écoule, des klaxons, des cordes d'instruments et des rugissements d'armes de destruction. Afin de bien comprendre les dialogues, il y a de très visibles sous-titres jaunes en anglais, en français et en espagnol.
La pochette maculée de jaune montre le visage de deux hommes, une ville plongée dans le noir et une personne armée jusqu'aux dents. Le menu principal du DVD propose une favela, un intéressant montage de scènes et une jolie chanson instrumentale. Outre une série de publicités, l'unique bonus représente un documentaire de 15 minutes sur la construction du récit. Le réalisateur prépare quelques séquences, le producteur Fernando Meirelles parle de la création de la série télé qui a résulté ce long-métrage et c'est à peu près tout. Distrayant tout au plus.
Petit frère sans grande consistance de City of God, "City of Men" plaira surtout aux gens qui n'ont pas visionné le génial opus de Fernando Meirelles. Ils seront donc plus cléments devant cette photographie stylisée, ce choix musical expert, ces enjeux moraux et ces individus pas toujours sympathiques qui cherchent à survivre dans un univers violent et difficile. Pour les cinéphiles qui ont déjà vu l'essai brésilien, il s'agit d'un divertissement honorable en manque d'inspiration et de surprises.
| Film | 6 |
| Présentation | 6 |
| Suppléments | 3 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 8 |