Les amateurs de films malsains, audacieux et inquiétants doivent absolument regarder "Cold Fish" (traduction anglaise de "Tsumetai nettaigyo"), une brillante et hilarante satire sur un homme ordinaire qui cherche à s'élever dans la hiérarchie sociale. Un des grands crus du dernier festival de Fantasia qui s'avère, incidemment, un des meilleurs longs métrages de l'année.
Shamoto (Mitsuru Kukikoshi) et sa seconde femme (Megumi Kagurazaka) s'occupent d'un magasin de poissons. Ils se lient d'amitié avec leur compétiteur (Denden) qui offre du travail à sa fille adolescente (Hikari Kajiwara). Une association éventuelle est même dans l'air entre les deux hommes. Sauf que Shamoto ignore la nature du véritable travail de son patron...
Le Japonais Sion Sono est un des cinéastes les plus importants du septième art. Avec Suicide Club,Strange Circus et Love Exposure, il a offert quelques-uns des récits les plus intrigants de la dernière décennie. Le voilà de retour avec une autre folie iconoclaste: une histoire vraie qui mélange drame et comédie, pathos et gore. Ce délire qui s'étire parfois en longueur (il s'étend sur 145 minutes) est une œuvre complètement originale, qui rappelle qu'il vaut parfois mieux avoir une existence monotone et sécuritaire qu'une vie où l'argent et le pouvoir coulent à flot... et où il faudra sans cesse assumer la conséquence de ses gestes.
Ce qui débute comme un simple drame de mœurs se mute rapidement en un véritable cauchemar. Le protagoniste ne contrôle plus son destin et ce qui lui arrive dépasse l'entendement. Il faut parfois avoir l'estomac bien accroché devant cette déflagration de violence et de sexe. Le sang coule à flot et les personnages sont disposés à tout faire pour améliorer leur sort. Cela donne plusieurs séquences inquiétantes, des retournements de situations qui glacent le sang et d'autres qui font rire aux larmes. Dès que le carrousel de sensations fortes se met en marche, rien ni personne ne pourra l'empêcher. Et lorsque la charge devient trop grossière, le réalisateur ramène tout le monde sur le plancher des vaches grâce à sa mise en scène virtuose, son élégant mélange de genres et ses dialogues tordus. Prisonniers de ce maelstrom, les protagonistes s'en donnent à cœur joie, évoluant sous les yeux médusés des spectateurs.
La musique se veut à la fois éclatée et mélancolique, utilisant favorablement les enceintes pour y faire ressortir des bruits de voitures et d'averses de pluie. Afin de bien comprendre les échanges en japonais, il est conseillé d'insérer les très visibles sous-titres blancs en anglais. Un doublage dans la langue de Shakespeare existe, mais il n'est guère convaincant. Les aspects vidéo ressemblent à l'éternel combat entre le Dr Jekyll et Mr. Hyde. Les images sont généralement détaillées, les couleurs demeurent jolies et les teintes séduisent amplement, sauf que les contrastes sont imparfaits, il y a du grain et du blocage. Dans l'ensemble, le tout se regarde aisément, et l'hémoglobine n'a aucune difficulté à ressortir.
La pochette pique la curiosité, présentant les lunettes brisées d'un homme et une seconde personne qui marche, couteau à la main. Le menu principal du DVD réutilise ce concept statique en y insufflant une très agréable mélodie. Le seul et unique supplément disponible est une entrevue de près de huit minutes avec le metteur en scène qui rappelle son parcours de poète, expliquant sa fascination pour ce fait divers, son traitement plus humoristique, etc. Une rencontre extrêmement intéressante qui aurait mérité d'être bonifiée.
"Cold Fish" ne ressemble à rien sur la planète cinéma et c'est une bonne chose. Non seulement il s'agit possiblement de l'essai le plus sardonique à voir le jour ces dernières années, mais rares sont les efforts qui arrivent à la fois à divertir intelligemment tout en proposant une critique incendiaire des classes sociales, de ce mal universel qui corrompt et qui n'attend que de voir le jour. Une expérience qui ne sera pas pour tout le monde, mais dont le cinéphile risque de se rappeler à jamais.
| Film | 9 |
| Présentation | 5 |
| Suppléments | 2 |
| Vidéo | 6 |
| Audio | 7 |