Quelques années après son ravissant Viva Laldjérie, le réalisateur Nadir Moknèche récidive en signant l'encore plus mémorable "Délice Paloma". Cette œuvre ravissante, à la fois drôle et dramatique, effleure allègrement la sphère sociale pour constamment se positionner dans l'intimiste d'une famille reconstituée.
À sa sortie de prison, Madame Aldjéria (Biyouna) se remémore son passé en retournant sur les lieux qui l'ont marqués. Elle revient allègrement trois années en arrière à une époque où elle était une des reines de la ville. Peu importe les besoins de ses clients, elle trouvait toujours une solution en deux temps trois mouvements. En compagnie de son fils Ryad (Daniel Lundh) et de l'enchanteresse Schéhérazade (Nadia Kaci), rien ne pouvait les arrêter. Et lorsque les difficultés se pointaient le nez à l'horizon, il était toujours permis d'engager une nouvelle, l'envoûtante Paloma (Aylin Prandi), afin de régler la situation.
"Délice Paloma" se déguste comme une glace les journées de canicule. La première bouchée peut surprendre par sa fraîcheur et son parfum prononcé. Peu à peu, les inhibitions prennent le bord, l'estomac se remplit et les papilles gustatives en veulent toujours plus. Sans jamais jouer la carte postale, le film se positionne dans une Algérie moderne avec ses espoirs et ses contradictions, ses rêves d'une vie meilleure et ses multiples efforts pour y arriver. Une ligne scénaristique qui alterne aisément entre le passé et le présent, se voulant généralement colorée et très humoristique, jusqu'à quelques pointes dramatiques en fin de parcours.
Malgré sa longue durée (plus de deux heures), le long-métrage fond littéralement dans la bouche. Les répliques sarcastiques ne sont pas étrangères à ce succès. Ni ces fabuleux portraits de femmes qui sont proposés. En mère virile et entreprenante, Biyouna séduit instantanément. Ses mimiques et ses réparties font sourire, tout comme sa façon de s'adresser directement à la caméra et d'arrêter l'histoire pour aller prendre une bière! Tout aussi lumineuse est la séduisante Aylin Prandi qui ensorcelle par sa présence stellaire. Le reste de la distribution joue à l'unisson sur cette mince ligne entre les rires et les pleurs, maîtrisant souvent ces deux facettes, comme c'est le cas de cette Nadia Kaci qui est plus difficile à cerner.
Les compositions de Pierre Bastaroli tiennent un rôle primordial. En plus d'un thème populaire fédérateur, la musique alimente la comédie et le suspense, se voulant toujours très présente. La piste sonore francophone en Dolby Digital 2.0 maximise les bruits de voitures et d'oiseaux en prenant soin de demeurer discrète et de ne jamais entraver les voix. Un public anglophone pourra également suivre les développements, car il y a d'intéressants sous-titres blancs à leur effet. Hormis quelques séquences de danses aux éclairages plus présents, l'image tend vers le réalisme en offrant des teintes et des couleurs pas toujours éclatantes. Si une luminosité un peu blanchâtre et du blocage peuvent apparaître, ce n'est jamais pendant très longtemps. Pour leur part, les contrastes et la définition des contours demeurent appropriés sans toutefois tendre vers la perfection.
La pochette turquoise et jaune présente une ville en arrière-plan qui est dominée par le corps des deux actrices principales. Le menu principal du DVD reprend cette idée sans l'agrémenter du moindre mouvement. Une mélodie dansante et irrésistible se fait toutefois entendre. Les suppléments, en mode rachitique, se limitent à l'honnête bande-annonce originale qui est loin d'être représentative, et à près de six minutes de séquences retranchées qui ne modifient en rien la dynamique finale. C'est finalement bien peu.
"Délice Paloma" ne comporte peut-être pas le scénario le plus original de l'année, mais ses tangentes et ses dérivés pour arriver du point A au point Z surprennent sans cesse. Tout comme sa formidable interprétation qui s'avère une des plus sympathique et rayonnante de l'année. Une bonne première partie à la fois accessible et mouvementée à la culture algérienne qui pourrait très bien se compléter par le plus abouti, mais hermétique La graine et le mulet d'Abdellatif Kechice.
| Film | 8 |
| Présentation | 4 |
| Suppléments | 2 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 7 |