Demain dès l'aube
Métropole Films Distribution / Mongrel Media

Réalisateur: Denis Dercourt
Année: 2009
Classification: PG
Durée: 96 minutes
Ratio: 1.85:1
Anamorphique: Oui
Langue: Français (DDST)
Sous-titres: Anglais
Nombre de chapitres: 16
Nombre de disques: 1 (DVD-5)
Code barres (CUP): 629159041360

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
29 janvier 2010

Retour à l'écran de Vincent Perez qui trouve un de ses meilleurs rôles en carrière dans "Demain dès l'aube", un suspense réalisé de main de maître par Denis Dercourt qui explore les rouages des jeux de rôles. Déstabilisant, mais pratiquement dénué de toutes émotions.

Vincent Perez s'est fait désirer. Absent du grand écran ces dernières années, il attendait un rôle majeur qui lui permettrait de tourner avec un cinéaste imposant. Son souhait a été exaucé en rencontrant Denis Dercourt qui lui a offert un personnage au destin souvent ironique, qui ne peut que rappeler la carrière du principal interprète.

Mathieu (Perez) est un pianiste qui doit repenser ses priorités. Il est en froid avec sa femme, son avenir semble incertain et il a le moral dans les talons. En visitant sa mère malade, cette dernière lui demande de veiller sur son jeune frère, Paul (Jérémie Rénier), qui passe tout son temps dans des mondes imaginaires, à incarner un être qu'il n'est tout simplement pas. Dans ces jeux de rôles, la fiction est souvent plus vraie que la réalité, et s'en extirper ne s'avère pas toujours évident...

Depuis son précédent et haletant La tourneuse de pages, Denis Dercourt se plaît à offrir des suspenses angoissants qui font battre le cœur plus rapidement. Demeurant dans le thriller à la Hitchcock (l'hommage de Vertigo est subtil, mais néanmoins présent dans la façon de filmer les intérieurs de voitures), il aborde ici un film beaucoup plus complexe parsemé de différentes couches qui se superposent. Construisant son récit de la même manière qu'une mélodie baroque (le cinéaste est également musicien) avec ses moments de tension et de résolution, il soigne constamment sa mise en scène, offrant des ombres oniriques pour envelopper le spectateur, suivant ses personnages dans le dos, les traquant comme une bête féroce.

Tout est soigneusement réfléchi dans cet univers décalé parsemé de mises en abyme, où les individus décident de créer leur propre cinéma de simulacre pour fuir le banal quotidien. Habitué aux rôles à costumes, la présence de Vincent Perez n'est pas fortuite. Pour se refaire une carrière et sauver son frère, il plonge dans le rôle, d'abord avec réserve, jusqu'à y croire réellement, ce qui laisse une finale particulièrement dérangeante ouverte aux nombreuses interprétations. À ses côtés se trouve le toujours excellent Jérémie Rénier qui offre un jeu plus animal, sortant ses griffes pour ne pas disparaître.

Abandonnant ses codes intellectuels caractérisant ses premiers ouvrages pour une approche plus physique et sensorielle, le réalisateur prend son temps à dorer son rythme, plongeant dans le sujet sans se saucer préalablement, laissant parfois l'émotion au vestiaire. L'atmosphère surréelle est parfois tellement grande qu'elle peut éclipser les sentiments et les motivations, ce qui donne à "Demain dès l'aube" (le titre est emprunté à un poème de Victor Hugo) un côté plastique, dont la forme éclatante et soignée (le jeu sur les ombres et la lumière est significatif) prend parfois le dessus sur le sujet.

Le tout est servi par une superbe photographie automnale qui se répercute directement sur l'image. Les couleurs sont sobres et froides, sans éclat immédiat, que viennent parfois entraver quelques scènes plus blanches, dont celles se déroulant dans la vie de tous les jours. Cela ne fait toutefois pas d'ombre aux constates (primordiaux) qui prennent aisément le dessus sur ces apparitions furtives de grain. La musique très atmosphérique, suivant des sentiers lugubres et inquiétants, ou des détours à peine plus sereins en recourant à un mélodique piano glacial, alimente ingénieusement la piste sonore francophone, se fondant parfaitement à ces bruits diffus et à ce souffle du vent. Le tout aurait cependant pu être encore plus efficace et immersif. Les dialogues et les voix demeurent continuellement audibles, pouvant être alimentés par de très visibles sous-titres blancs en anglais.

La pochette est classe, regroupant le visage et le haut du corps des deux protagonistes masculins. Après quelques bandes-annonces diverses apparaît le menu principal du DVD, statique et plus ou moins développé (il ne montre que le personnage interprété par Jérémie Renier), mais tout de même accompagné d'une fine mélodie au piano. Aucun supplément n'est disponible, ce qui est réellement dommage, surtout face à un metteur en scène qui fourmille d'anecdotes.

Se réfugiant dans le long-métrage de genre avec un succès éclatant, Denis Dercourt affûte encore davantage son style, le rendant cette fois pratiquement opaque. Bien qu'il faut parfois un peu de temps avant d'adhérer à son propos, sa construction dramatique demeure pleinement intrigante et même parfois déstabilisante, et elle est portée par deux comédiens totalement en symbiose.


Cotes

Film7
Présentation5
Suppléments-
Vidéo7
Audio7