À façon de récents films policiers français dont le diptyque Mesrine de Jean-François Richer et Sans arme ni haine ni violence de Jean-Paul Rouve (des longs-métrages toujours inédits au Québec), "Le dernier gang" s'attarde aux années 1970 et 1980 en décrivant les hauts et les bas d'une véritable organisation criminelle.
Cette fois, il s'agit du célèbre gang des postiches qui ont pillé de nombreuses banques de Paris. Simon (Vincent Elbaz), son bras droit Casa (Sami Bouajila) et leurs amis ne se cassent pas la tête avec des plans du tonnerre. Ils préfèrent attaquer par surprise pour pouvoir vivre une existence plus clémente. Ils doivent pourtant faire attention, car le flic Milan (Gilles Lellouche) est à leur trousse et il ferait n'importe quoi pour leur mettre la main au collet.
Cette œuvre de fiction inspirée de faits réels ressemble beaucoup à tous les Romanzo Criminale de la planète cinéma. Il y a des criminels pas si méchants que cela, un policier insistant, de l'amitié sincère, de l'amour qui dérègle tout, du sang, de la drogue, des taupes, un exil nécessaire et un destin pas toujours heureux. De ce côté, il n'y a aucune innovation. Pourtant, le projet aurait pu fonctionner. Surtout que cela ne commence pas si mal. Après son infantile Yamakasi, le réalisateur Ariel Zeitoun revient à quelque chose de plus nutritif. Sa mise en scène très stylisée s'intéresse davantage à l'intimiste qu'au spectaculaire, à ces histoires de tous les jours qui meublent la vie de ces hommes. Surtout que la distribution est loin d'être désagréable. Sami Bouajila refait le coup du gentil mécréant, Gilles Lellouche est parfait en obsédé qui a la loi de son côté et Michel Boujenah s'avère sincère en père dépassé par les évènements.
La machine n'est cependant pas parfaitement huilée. À force d'évoluer dans le temps, le récit en perd sa saveur, son essence originelle. Ce qui était intéressant dans la première heure (quelle superbe prise d'otages!) devient lassant et répétitif dans la seconde. Peut-être est-ce la faute du sujet qui aurait dû être mieux cerné. Ou de cette narration féminine qui alourdit le propos. Quoique le choix d'un meilleur antihéros n'aurait pas fait de tort. Vincent Elbaz n'a pas toujours le charisme nécessaire et même ses dialogues manquent de naturels. Il aurait peut-être été mieux de lui préférer l'excellent Pascal Elbé qui campe un rôle secondaire. Sans nécessairement prendre parti pour les Postiches, la construction dramatique est loin d'être neutre, alors que la progression dans la violence laisse peu de place aux surprises.
La musique variée reprend plusieurs tubes des années 70 et 80 sans nécessairement déployer de thèmes majeurs. La piste sonore francophone alimente convenablement les enceintes (les bruits vont des cris de canards à la pluie qui tombe en passant par ses clips d'appareils photos) en prenant soin de toujours rendre audible les nombreux dialogues qui, en cas de besoin, peuvent être accompagnés de très jolis sous-titres jaunes en anglais. Les images, étonnamment rugueuses, n'offrent pas des couleurs très variées (c'est sans doute un choix volontaire d'utiliser à profusion le bleu, le banc, le noir et le gris) et les contrastes manquent singulièrement d'attraits. Cela s'améliore cependant au fil du visionnement, et l'utilisation d'archives est la bienvenue.
La pochette grise maculée de sang est à l'effigie des têtes d'affiche. Le menu principal du DVD demeure dans cette optique en reprenant des ombres et une ville. C'est statique et le thème musical ne casse rien. En plus de la bande-annonce originale, il y a un instructif documentaire sur le tournage. Pendant 26 minutes, il est possible d'entendre les commentaires d'André Bellaïche, celui-là même qui a inspiré le personnage de Simon. Le cinéaste parle également des similarités et des différences avec la réalité, alors que le reste de la distribution revient sur l'époque et la précision de leur jeu.
"Le dernier gang" est un film très inégal. Pour une très bonne première partie et une parfaite distribution secondaire, il y a un second segment qui traîne en longueur et un protagoniste qui manque de prestance. Il y a surtout un sujet qui ne fait que recycler ce qui se fait déjà au lieu de proposer quelque chose de nouveau. Lorsque le genre ressemble à n'importe quel polar américain, il y a un problème.
| Film | 5 |
| Présentation | 4 |
| Suppléments | 3 |
| Vidéo | 6 |
| Audio | 7 |