Deux jours à tuer
Les Films Séville Pictures

Réalisateur: Jean Becker
Année: 2008
Classification: 14A
Durée: 85 minutes
Ratio: 1.85:1
Anamorphique: Oui
Langue: Français (DD51, DD20)
Sous-titres: Anglais
Nombre de chapitres: 16
Nombre de disques: 1 (DVD-9)
Code barres (CUP): 774212000553

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
20 janvier 2009

Une année à peine après son nostalgique Dialogue avec mon jardinier, le réalisateur Jean Becker revient en grande forme avec "Deux jours à tuer", probablement son meilleur film depuis L'été meurtrier sorti en 1983. Ce scénario simple et douloureux d'un homme qui décide de dire ce qu'il pense réellement à son entourage se veut imbibé d'un vitriol abrasif.

Il y a des journées comme cela. Pour Antoine (Albert Dupontel), cela arrive aujourd'hui. En l'espace de quelques heures, il décide de quitter sa femme (Marie-Josée Croze) et ses enfants. Lors d'un souper d'anniversaire, l'homme qui travaille dans la publicité se permet de dire les quatre vérités à ses amis. De quoi faire souffrir et rendre perplexe les gens autour de lui. Le lendemain, il disparaît sans laisser de trace, revenant à la demeure familiale pour essayer de mieux comprendre son père (Pierre Vaneck) dont il s'est toujours senti si étranger.

De Les enfants du marais à Effroyables jardins en passant par Un crime au paradis et Dialogue avec mon jardinier, Jean Becker a souvent aimé confronter la méchante ville à la joyeuse campagne. Il rompt légèrement avec cet état d'esprit en pondant un récit engagé qui n'est pas si simpliste. Au départ, son antihéros semble sorti de 99 francs. Il travaille dans la publicité et ses maux d'âme le font réagir. L'argent mène le monde et il cherche à se rebeller.

Afin de vivre une meilleure existence, Antoine se permet finalement de réagir. Tout d'abord face à la famille, ce qui donne des scènes déchirantes. Albert Dupontel, joliment instable, décide d'asservir une bouleversante Marie-Josée Croze. Il critique les dessins et les cadeaux de ses enfants, rendant ces séquences assez inquiétantes. Dans les meilleurs moments de l'essai, il vilipende ses camarades et ses proches lors d'un mémorable repas. Sans atteindre l'intensité de 7 morts sur ordonnance de Jacques Rouffio, le traitement cynique et ironique ne laisse pas indifférent. Antoine est un volcan qui se réveille et il risque d'éclabousser tout le monde.

Après cette première heure plus que réussie, le long-métrage perd un peu de son mordant. Surtout lorsque le personnage principal décide de s'isoler (à la campagne...). Sur son chemin, il aide un auto-stoppeur, forçant un peu cette réflexion entre les classes. L'intérêt revient par l'entremise de Pierre Vaneck, beau-frère du réalisateur et comédien d'exception qui n'est presque plus présent au cinéma français. La confrontation entre les deux hommes, plus subtile que libératrice, se résout pratiquement à la pêche, un peu de la même façon que les protagonistes de Dialogue avec mon jardinier. De quoi terminer le tout dans le drame un peu collant sur fond musical de l'ersatz de Jacques Brel, Serge Regianni.

Si la photographie est magnifique, le rendu vidéo laisse à désirer. Les couleurs manquent d'éclat, les images demeurent sombres, les contrastes ne sont pas parfaits et du blocage peut survenir à l'occasion. Ces intempéries tendent cependant à être moins éclatantes à mesure que l'histoire se développe. Les pistes sonores francophones titillent les enceintes (de bruits d'automobiles, d'applaudissements, du brouhaha de la ville) pour mettre l'emphase sur les dialogues. Ces derniers s'entendent aisément et il y a de très visibles sous-titres blancs en anglais afin qu'un plus large public puisse se joindre à la danse. Les chansons alternent entre des tubes populaires et des mélodies plus tristes et mélodiques en se gardant bien de ne pas distiller trop d'émotions manipulatrices.

La pochette dans des tons de vert est à l'effigie d'un homme qui se tient dans l'herbe, près d'un cours d'eau. C'est à la fois simple et serein. Le menu principal du DVD reprend exactement cette pose statique et sans musique. Les suppléments se résument à l'honnête bande-annonce originale, une publicité de Le cœur des hommes 2 et un documentaire sur le tournage. Pendant 21 minutes, le spectateur va derrière le décor pour voir comment le réalisateur prépare ses scènes et ses dialogues. Les interprètes secondaires discutent du personnage joué par Albert Dupontel tout en analysant la façon de travailler et les sautes d'humeur de Jean Becker. Ce dernier renvoie la balle en traitant des séquences de pêche et en parlant de sa relation avec son père.

Même s'il comporte un rebondissement final attendu, "Deux jours à tuer" épouse le drame et non le suspense. Les beaux personnages interagissent dans un univers parfois injuste et il faut souvent de bonnes raisons pour nager à contre-courant. Malgré une seconde partie beaucoup moins efficace, le dernier Jean Becker se veut son œuvre la plus accomplie depuis des décennies. En voilà un qui vieillit décidément bien.


Cotes

Film7
Présentation3
Suppléments3
Vidéo6
Audio6