Cela arrive souvent que de très bons comédiens n'arrivent pas à sauver un scénario faiblard et bancal. Dans le cas de "Les deux mondes", c'est exactement le contraire. Une excellente idée ne peut prendre son envol à cause de la performance insupportable de son interprète principal.
Rémy (Benoît Poelvoorde) est arrivé à la croisée des chemins. Il a des créanciers sur le dos, sa femme est sur le point de le quitter et ses enfants ne le comprennent plus. Mais cela pourrait être bien pire. Sans savoir comment et pourquoi, ce petit artisan parisien est capable de s'évader dans un autre univers où il est le monarque absolu. Pourquoi se forcer dans le vrai monde alors qu'il est si facile de diriger lorsqu'on est roi d'une cité parallèle?
Cette idée de mondes connexes n'est pas nouvelle et elle éclaire sur la santé mentale des héros où les rêves, la folie et l'évasion sont parfois plus forts que tout. À ce sujet, difficile de faire mieux que chez David Lynch et Satoshi Kon. Pour son deuxième long-métrage, le réalisateur et comédien Daniel Cohen a fait son possible pour rejoindre toute la famille, saupoudrant ses scènes d'une fantaisie pas toujours au point et de morales un peu lourdes.
Jusque-là, ça pouvait fonctionner. Surtout que le tout est produit par Mathieu Kassovitz et que les effets spéciaux rigolos ne se prennent surtout pas au sérieux. Malheureusement, c'est sans compter sur la présence burlesque, pathétique et si peu subtile de Benoît Poelvoorde. Si l'acteur fascine lorsqu'il est dans le drame, ce n'est pas du tout le cas dans la comédie. Ici, il est encore branché sur le 300 volts comme dans Astérix et Obélix aux Jeux olympiques. Il joue à outrance en passant son temps à crier et à hurler. À tel point qu'il enlève tout le charme et le potentiel de cette production au demeurant plaisante et sympathique.
La déception est grande. Surtout que les images sont souvent superbes. Les couleurs sont dorées, les teintes demeurent éclatantes et les contrastes s'avèrent dans le ton. Tout pour faire oublier ce grain et cette peau pas toujours fidèle. Les choix sonores ne sont également pas négligeables. Les pistes sonores francophones misent sur les enceintes (des bruits d'oiseaux, de chevaux et de vent ressortent des différents haut-parleurs) et les mélodies orchestrales tout en s'arrangeant pour que les voix soient toujours claires et compréhensibles. De très visibles sous-titres anglophones blancs peuvent être insérés pour les cinéphiles qui en ressentent le besoin.
La pochette enfantine montre un des protagonistes de Selon Charlie qui est poursuivi par une armée de guerriers. Le menu principal du DVD reprend pratiquement cette idée en demeurant statique. La musique drôle et mouvementée n'excuse en rien l'absence totale de suppléments.
Sans Benoît Poelvoorde, "Les deux mondes" aurait sans aucun doute été un film très différent. Et certainement meilleur. Là, la révélation de Podium irrite en forçant continuellement la dose. Il y a parfois des limites à abuser des mimiques et de tout faire pour se mettre continuellement en valeur.
| Film | 4 |
| Présentation | 3 |
| Suppléments | - |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 7 |