La Duchesse de Langeais
Les Films Séville Pictures / ICF Films / Maximum Films

Réalisateur: Jacques Rivette
Année: 2007
Classification: PG
Durée: 138 minutes
Ratio: 1.78:1
Anamorphique: Oui
Langue: Français (DD20)
Sous-titres: Anglais
Nombre de chapitres: 16
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
13 août 2008

Réalisateur émérite trop peu connu, Jacques Rivette se lance à l'adaptation d'un roman de Balzac. Si le titre français original de son dernier film répond au nom vibrant de "Ne touchez pas à la hache", la traduction québécoise reprend le sobriquet plus classique "La duchesse de Langeais".

Au début du 19e siècle, un homme et une femme s'attirent pour mieux se repousser. La duchesse de Langeais (Jeanne Balibar) est une bourgeoise qui n'a pas froid aux yeux et elle se plaît à manipuler son entourage. C'est ce qu'elle fait avec le général Armand de Montriveau (Guillaume Depardieu), un prétendant insistant et follement amoureux d'elle. Pourtant, au fil du temps et des rencontres, le sablier se renverse et c'est la jeune femme qui fera tout pour revoir cet homme qui a plus d'un tour dans son sac pour venger son honneur...

"La duchesse de Langeais" est une des plus belles adaptations de livres de la dernière décennie. Il faut cependant être avisé que la transposition respecte tellement les écrits originaux que le visionnement ne risque pas d'être de tout repos. Il y a souvent des séparations noires pour camper les lieux et les personnages, le rythme extrêmement lent permet une plongée au sein de la psyché des âmes, la mise en scène théâtrale fait fi de beaux plans séquences pour arrêter de longs moments la caméra et le langage utilisé est plus soigné que la normale. Rajoutez à cela des séquences qui semblent se répéter et plus de deux heures de récit et vous obtenez une œuvre exemplaire qui mérite temps et investissement.

Il ne faut cependant pas être rebuté à un tel exercice qui modifie considérablement le rythme du visionnement. Les dialogues sont nombreux et ils surprennent par leur vivacité. Le ton alterne entre la farce et le tragique, devenant peu à peu prenant et touchant. Les thèmes abordés demeurent essentiels, arpentant le long chemin du désir qui est continuellement en rupture avec la raison. Surtout qu'avec deux comédiens au sommet de leur art, l'attachement se fait presque immédiatement. Tout d'abord envers Guillaume Depardieu qui n'a jamais autant ressemblé à son père. Le comédien s'affranchit heureusement de son modèle pour camper un être tourmenté et profond. Peu à peu, c'est Jeanne Balibar qui abandonne son masque, devenant plus humaine, se permettant même de pousser la chanson... écho à la carrière de chanteuse de l'actrice. Autour de ces piliers se retrouvent le toujours charmant Michel Piccoli et un certain Barbet Schroeder.

La reconstitution d'époque est magnifiquement épurée, souvent réduite à d'amples scènes intérieures, à quelques excursions extérieures et à une pléiade de jolies robes. En revanche, la qualité de l'image n'est pas toujours à la hauteur avec cette abondance de grains, des couleurs peu éclatantes et des contrastes beaucoup trop hétérogènes. Il est cependant aisé de s'habituer à ce rendu historico réaliste. La piste sonore francophone demeure sobre, n'utilisant que quelques sons (de l'orgue, du feu, des mouettes) pour titiller les différentes enceintes. L'accent est mis sur les voix claires et précises qui peuvent bénéficier d'assez visibles sous-titres anglophones blancs. La musique de Pierre Allio suit un tracé classique pour s'en évader en quelques occasions, surtout lors de ces séances de danse.

La pochette montre les protagonistes s'embrasser dans une pose qui est loin d'être romantique. Après quelques publicités, le menu principal du DVD s'ouvre sur un extrait du long-métrage et une mélodie ample qui campe rapidement l'atmosphère. Avec un opus d'une telle qualité, il est toujours dommage de constater que les suppléments ne sont pas toujours à la hauteur. Surtout qu'ici, il n'y a rien du tout!

"La duchesse de Langeais" est un opus lent et maîtrisé, dominé par deux formidables comédiens qui ne peuvent que s'affronter et se déchirer. L'ensemble, à la fois théâtral et littéraire, asservit le médium du cinéma pour offrir de nouvelles perspectives peuplées de transitions analytiques et de dialogues sarcastiques. Sans doute faut-il être préparé avant de le recevoir, mais avec un peu d'effort, la surprise n'est que plus éclatante.


Cotes

Film8
Présentation6
Suppléments-
Vidéo6
Audio6