The Secret in Their Eyes [Blu-ray]
Sony Pictures Home Entertainment

Réalisateur: Juan José Campanella
Année: 2009
Classification: 14A
Durée: 129 minutes
Ratio: 2.35:1
Codec: 1080p (AVC)
Langue: Espagnol (DTSHDMA51), Français (DD51)
Sous-titres: Anglais, Français
Nombre de chapitres: 30
Nombre de disques: 1 (BD-50)
Code barres (CUP): 043396357884

Ce disque Blu-ray est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
1er octobre 2010

Après en avoir surpris plus d'un en mettant la main sur l'Oscar du meilleur film étranger, le long-métrage argentin "Secreto de Sus Ojos" ("Dans ses yeux" en version française et "The Secret in Their Eyes" en version anglaise) de Juan José Campanella débarque en format Blu-ray précédé de fortes attentes. Sans nécessairement être à la hauteur de ses principaux poursuivants, cette œuvre délicate et sensible sur le destin et le temps n'a aucune difficulté à toucher des cordes sensibles et à émouvoir au plus haut point.

Chaque année, c'est la même chose. Les cinéphiles misent sur leurs favoris et ils se font coiffer, parfois injustement, à la ligne d'arrivée. Suite à la victoire de Departures sur les nettement supérieurs Valse avec Bachir et Entre les murs, il s'est passé la même chose à la dernière cérémonie des Oscars. Difficile de ne pas favoriser Le ruban blanc et Un prophète, deux opus d'exception comme il s'en fait presque plus. Et les comparer à "Dans ses yeux" serait injuste pour cette dernière production, beaucoup moins ambitieuse et spectaculaire. Mais est-ce que le résultat est vraiment surprenant? Le titre de Michael Haneke est un classique opaque, lent et dénué d'émotion, alors que la pépite d'or de Jacques Audiard reste presque toujours confinée dans les mêmes lieux en abordant de front un monde exclusivement réservé aux hommes. Au contraire, celui de Juan José Campanella est possiblement le plus humain, comportant le plus d'atouts pour séduire l'académie, avec son mélange tout à fait réussi de suspense, de mélo et de drame.

Un homme à la retraite (Ricardo Darin) se replonge dans ses souvenirs afin d'écrire un roman. Il repense à sa collègue qu'il a toujours aimée (Soledad Villamil), à son meilleur ami qui abusait parfois de l'alcool (Guillermo Francella) et à cette enquête non résolue où une jeune femme fut retrouvée violée et tuée. Beaucoup d'eau s'est écoulée sous les ponts ces 25 dernières années, et il n'est peut-être pas trop tard pour rattraper le temps perdu et éclaircir quelques détails qui sont demeurés dans l'ombre.

Difficile de ne pas établir de parallèle avec 2046, la grandiose réussite de Wong Kar-wai tant les thèmes sont semblables et qu'ils se recoupent. Il y a constamment des allers-retours entre hier et aujourd'hui, les personnages sont incapables de s'extirper de leur condition et les désirs non assouvis auront des répercussions sur leur existence. À partir d'un astucieux jeu de miroir où les mises en abyme sont nombreuses, le récit développe une intrigue complexe, mais pas touffue, parsemée de rebondissements vraisemblables qui viennent interroger le sentiment de perte et le désir de vengeance. Cette logique est sans cesse ramenée vers l'humain qui cherche à se donner les moyens d'être réellement, trop effrayé à avoir passé leur vie à survivre et non à vivre.

Cette réflexion sur l'écoulement du sablier ne veut pas se confiner dans un genre, lorgnant autant vers le suspense (par cette enquête qui tient en haleine) que l'essai politique (la seconde partie des années 1970 qui explore subtilement la situation argentine). Deux dominantes en ressortent toutefois. L'effort de souvent pimenter les dialogues de touches d'humour irrésistibles afin d'alléger la tension. Et celui de filtrer l'émotion par la mélancolie, ce qui développe d'intenses histoires d'amour qui ne plairont guère au public qui déteste la romance.

Sans vouloir en mettre plein la vue (quoiqu'un spectaculaire plan-séquence se déroulant pendant un match de football coupe littéralement le souffle), la mise en scène attentive sert habilement les personnages, qui peuvent évoluer et se développer sans nécessairement suivre uniquement le fil conducteur (retrouver l'assassin). Ces êtres attachants et charismatiques, qui n'évitent pas une certaine schématisation plus classique, sont dominés par la performance truculente de Ricardo Darin, et celle tout aussi nuancée de Soledad Villamil, qui peuvent compter sur l'apport de comédiens toujours crédibles.

La superbe musique mélodique joue pour beaucoup dans l'apparition de larmes avant la tombée du générique. Les pistes sonores espagnoles et francophones, de qualité supérieure, rendent toujours audibles les dialogues même si les enceintes regorgent de bruits divers tels des applaudissements et des élans musicaux. Puisque le doublage dans la langue de Molière laisse un peu à désirer (les voix ne sont pas toujours bien choisies), il faut à tout prix opter pour les mots originaux et insérer de très visibles sous-titres blancs en français ou en anglais. Encore plus hallucinante est la qualité vidéo. Les images sont splendides sans être tape-à-l'œil. Le niveau de détails rive la rétine à l'écran, devant ces couleurs riches et ces teintes parfois stylisées. À cet effet, l'introduction lance rapidement le bail, jouant habilement avec les contours des formes pour créer des monuments parfois abscons. Les contrastes, primordiaux dans cette exploration des zones d'ombre des individus, se développent progressivement, luttant sans cesse contre la lumière.

La pochette simple, mais efficace montre un homme plongé dans la pénombre. Une femme postée devant une porte ouverte le regarde, laissant entrer avec elle un flux lumineux. Encore plus fignolé est le menu principal du Blu-ray qui superpose différents montages sur un délicat air au piano. Le seul bémol s'avère possiblement les suppléments. Ni le trop court documentaire sur le tournage (où les protagonistes parlent de leurs rôles et des thèmes) ni les essais avec les comédiens ne laissent de souvenirs impérissables. Il en va de même de la bande-annonce, d'une série de publicités et de l'onglet BD-Live qui est bien peu fourni en informations essentielles. Heureusement, il y a une fascinante piste de commentaires. Verbomoteur à ses heures, le cinéaste ne se prive pas d'éclairer sur sa façon de travailler et de ses moyens d'arriver à ses fins, ce qui donne une jolie leçon de cinéma.

Pour apprécier "Dans ses yeux" à sa juste valeur, il faut oublier qu'il a remporté l'Oscar du meilleur film devant des longs-métrages de plus grande qualité. En reléguant la comparaison aux oubliettes, le cinéphile se retrouve tout de même avec une œuvre exemplaire, très bien campée et réalisée, dont les thèmes franchissent les frontières, demeurant universels. Ce serait triste de s'en priver.


Cotes

Film8
Présentation7
Suppléments6
Vidéo9
Audio8