L'Emmerdeur
TVA Films

Réalisateur: Francis Veber
Année: 2008
Classification: PG
Durée: 85 minutes
Ratio: 1.78:1
Anamorphique: Oui
Langue: Français (DD51, DDST)
Sous-titres: Anglais
Nombre de chapitres: 16
Nombre de disques: 1 (DVD-9)
Code barres (CUP): 824255005357

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
4 août 2009

Francis Veber réadapte pour une énième fois "L'emmerdeur" qui a fait la joie au théâtre et au cinéma. Mauvaise idée. Son film, pénible et insupportable, ne fait pratiquement jamais rire. Parfois, il faut évoluer plutôt que de rester accroché au passé.

Francis Veber a longtemps été le maître de la comédie française. C'est lui qui a réalisé quelques classiques indémodables, dont Le jouet, La chèvre, Les compères, Les fugitifs et Le dîner de con. Ses scénarios, interchangeables, sont presque tous basés sur des personnages antagonistes: le petit fatigant qui dérange le grand qui aspire à un peu de quiétude. Un de ses scénarios les plus populaires, Le contrat, a donné naissance à un jouissif L'emmerdeur d'Edouard Molinaro en 1973 qui mettait en vedette les truculents Lino Ventura et Jacques Brel, ainsi qu'à quelques adaptations théâtrales (dont une toute récente au Québec). La dernière en liste a parcouru la France pendant deux années, remportant un vif succès partout sur son passage. Pour son retour derrière la caméra, le scénariste de Le grand blond avec une chaussure noire a décidé de réunir son duo de choc (Richard Berry et Patrick Timsit) qui a provoqué tant de rires.

La prémisse n'a pratiquement pas changée. Le principal témoin (Michel Aumont) d'un important procès est attendu de pied ferme. Du haut de sa chambre d'hôtel, le méticuleux Ralph Milan (Berry) est prêt, l'œil à son objectif, pour l'abattre. Tout va bien jusqu'au moment où son voisin rate sa tentative de suicide. Il n'en faut pas plus à François Pignon (Timsit), dépressif et récemment largué par sa femme (Virginie Ledoyen) au profit d'un médecin véreux (Pascal Elbe), d'envahir l'existence de Milan. Deux heures en sa compagnie et rien sera plus comme avant.

Depuis plus de dix ans que la carrière de Francis Veber est sur le déclin. Chaque nouveau long-métrage fait regretter l'age d'or des années 1980. Le placard soutirait quelques rires, Tais-toi de nombreux sourires en coin et La doublure comportait un ou deux flashs humoristiques. Il vient de toucher le fond avec "L'emmerdeur", 85 minutes de stupides et inutiles fantaisies où le gag se répète inlassablement. Les scènes, qui s'étirent encore et toujours, ne comportent aucune idée, aucune vision qui peut sauver le récit du désastre. La mise en scène à peine fonctionnelle semble être sortie d'une autre époque, et le rythme rapide n'arrive jamais à palier le principal problème de l'entreprise: il n'y a rien de très drôle là-dedans.

Comparer cette version avec celle de Molinaro est un sacrilège qu'il ne faut surtout pas faire. Plusieurs décennies se sont écoulées et le passage du temps est parfois injuste. En plus de 30 ans, comment l'humour a évolué? Avec un Michel Aumont caricaturé à l'excès qui ne fait que vomir sur ses acolytes. Pourtant, à une autre époque, il était capable de faire réagir un radis. Il y a aussi tous les sous-entendus homosexuels qui saturent la progression. Ne pas faire rire est une chose, insulter l'intelligence et la patience en est une autre.

Ramener le tandem de la pièce originale n'était peut-être pas une bonne idée. Les précédents ouvrages de Veber mettaient en scène des acteurs accomplis comme Pierre Richard, Gérard Depardieu, Lino Ventura, Jacques Villeret, Daniel Auteuil, Thierry Lhermite, Jean Reno, etc. Là, il y a deux comédiens qui sont beaucoup plus à l'aise dans le drame que dans le burlesque. Patrick Timsit irrite dès qu'il ouvre la bouche. Ses excès et son manque de prestance lui permettent d'offrir le François Pignon le moins intéressant depuis sa création, dépassant même le piètre Gad Elmaleh de La doublure. Cela va déjà un peu mieux du côté de Richards Berry. Ses mimiques sont cependant beaucoup trop présentes, et la chimie semble inexistante avec son partenaire de jeu. Son collège de Les insoumis, Pascal Elbé, est le seul à offrir une performance délirante. Dommage que les stéréotypes prennent toute la place et que la superficialité ne permet pas à la distribution secondaire de prendre son envol.

Les images sont cependant soignées, avec ce bon niveau de détails, ces jolies couleurs et ces contrastes plus que corrects. Tout se regarde aisément et ce, même s'il n'y a rien de très éclatant là-dedans. La musique instrumentale utilisée n'importe où est loin de faire du bien aux oreilles. Tout le contraire des pistes sonores francophones qui n'utilisent pratiquement pas les enceintes situées sur le côté. Les voix, claires et distinctes, peuvent être secondées de très visibles sous-titres blancs en anglais.

La pochette épurée montre les deux protagonistes séparés d'un tronçon rouge. Le menu principal du DVD épouse cette idée en la complétant de textes qui défilent et d'une légère mélodie. Les suppléments, beaucoup plus intéressants que le produit final (mais tout de même très superficiels), regroupent une bande-annonce, un documentaire sur le tournage (sympathique, celui-ci permet d'en savoir davantage sur les thèmes, la façon dont travaille le réalisateur, le passage de la scène au grand écran, etc.) et six segments plus ou moins pertinents (des scènes ratées, des répliques mordantes de Pignon, une exploration des cascades et des effets spéciaux, le climat de franche camaraderie entre les interprètes, et alouette) qui sentent la valeur ajoutée.

Retourner dans le passé peut être une heureuse idée pour dire les choses autrement. Il faut seulement que ça serve à quelque chose. Ce n'est pas le cas avec le second film "L'emmerdeur" qui fait amèrement regretter la version originale, et surtout l'époque où Francis Veber pouvait accoucher de petites comédies sans prétention où il ne pensait qu'à dilater la rate.


Cotes

Film3
Présentation5
Suppléments6
Vidéo7
Audio6