De tous les réalisateurs nippons "trash", Sion Sono est certainement le plus fascinant. Après des œuvres qui ne sont jamais sorties sur le territoire québécois, il a hérité du titre de cinéaste culte avec son déroutant Suicide Club. Suite à cet excitant récit, il revenait à la charge avec l'encore plus déstabilisant - et réussi - Strange Circus. Pour cet homme qui tourne beaucoup, manipuler le spectateur et le hanter dans ses rêves est devenu une évidence. Cette fois, par l'entremise de "Ekusute" ("Exte: Hair Extensions" en traduction anglaise), il change complètement de registre, s'attaquant aux bons vieux films d'horreur japonais qui font le délice des fans depuis plusieurs années.
La terreur attend à la jonction de deux chemins très différents. Employé de la morgue, Yamazaki (Ren Osugi) recueille un inquiétant cadavre qui est capable de contrôler les cheveux à distance! Ce spectre maléfique viendra bientôt s'attaquer à l'existence de Yoko (Chiaki Kuriyama), une jeune coiffeuse qui doit s'occuper de sa nièce battue par sa mère. Lorsque des gens meurent subitement et que la police est incapable de mener à terme son enquête, c'est à la population ordinaire de trouver la solution pour enrayer cette menace destructrice.
Au premier degré, ce nouveau Sono se veut surprenant... et légèrement décevant. Loin de sa marque de commerce, il embrasse un style daté (le long-métrage horrifique) sans chercher à renouveler le genre. Au contraire, tous les clichés sont utilisés, dont ces effets chocs gratuits, cette femme qui désire ardemment se venger et ce rythme en demi-teinte qui transpose les protagonistes dans une spirale de plus en plus intense et inquiétante. De ce côté, il y a peu de surprises à l'horizon.
Cependant, il faut aller plus loin que les apparences. L'opus est une véritable comédie souvent hilarante. Des cheveux meurtriers? Eh oui. La stupidité des récits de même acabit sont gonflés aux stéroïdes, montrant comme ils deviennent souvent ridicules. Ainsi, le rire remplace généralement la peur. Des séquences grotesques (des tissus capillaires sortant de tous les organes) font immédiatement réagir, tout comme l'interprétation inégale des protagonistes. Pendant que Ren Osugi en fait des tonnes en fou furieux, Chiaki Kuriyama (vu dans le premier Kill Bill) se veut beaucoup plus intense et intéressante.
Au passage, il est même possible de découvrir des thèmes sensibles à l'auteur, entre souffrance dans la marginalité et critique de la société de consommation qui valorise le vide de la beauté superficielle. De quoi être déstabilisé devant ce qui ne devait qu'être une honnête série B. Surtout que la psychologie des personnages est nettement plus soignée que tous les One Missed Call (version américaine et japonaise) de la planète. Les thèmes moraux sont nombreux (violence conjugale, routine du quotidien, domination d'une âme sur une autre, filiation négative, etc.) et ils bouleversent les nombreux individus, les asservissant souvent au passage.
La musique douce et mélodique de la jeune fille doit coexister avec les thèmes plus lourds et effrayants du désaxé. Ce combat de tous les instants est alimenté par d'intéressantes trames sonores qui remplissent les différentes enceintes de sons qui ne vont pas nécessairement ensemble (des cheveux qui s'échappent des orbites, un train qui passe, les vagues se brisant sur la plage, etc.). Même s'il est possible d'obtenir les dialogues en anglais, la traduction est loin d'être à la hauteur, et il vaut mieux insérer les très visibles sous-titres jaunes. Les choix esthétiques se font parfois au détriment des images. La photographie est volontairement sombre et vieillie. Les couleurs ne sont donc pas éclatantes, alors que les contrastes auraient pu être plus homogènes. En valorisant le réalisme (relatif, bien entendu) à la saturation, les teintes tendent à s'oublier.
La pochette et la jaquette montrent les cheveux hérissés d'une pauvre fille. La symbiose entre le noir, le blanc et l'orange représentent des auras d'éclairs. Le menu principal du DVD reprend pratiquement cette même pose sans l'agrémenter du moindre mouvement. Une mélodie à la fois douce et inquiétante est toutefois au rendez-vous pour bercer la navigation. Le premier disque comporte la bande-annonce originale et une série de quatre publicités qui sont souvent humoristiques.
Le second DVD continent davantage de suppléments. Il y a tout d'abord un long segment sur le tournage. Ainsi, il est possible d'en apprendre davantage sur la fabrication des costumes, la création des effets spéciaux, le travail des caméramans, le choix des lieux et le soin apporté à l'atmosphère. Si le réalisateur se fait rare, les artisans n'hésitent pas à parleur de leur personnage et de leur expérience. Entre une série de bandes-annonces, un vidéoclip très moyen en forme de karaoké et deux scènes supprimées inutiles, le segment le plus intéressant demeure cette série de questions-réponses provenant du Festival de Fantasia de Montréal. En 2007, le cinéaste est venu présenter son œuvre tout en répondant aux différentes interrogations qui tendent généralement à être plus cocasses que songées.
Sans être le film le plus mémorable de son auteur, "Exte: Hair Extensions" part des conventions pour les dénaturer au passage. Ce qui n'aurait pu qu'être qu'un fade exercice de style se transforme en critique de la société où les gens prennent beaucoup plus d'espace que l'hémoglobine. Plusieurs séquences sont sans doute trop ragoûtantes pour tous les publics et le grotesque des situations en fera décrocher plus d'un, sauf que la charge cinglante et l'originalité de la prémisse sauront rejoindre les amateurs du genre. De quoi vouloir se raser la tête le plus rapidement possible!
| Film | 6 |
| Présentation | 4 |
| Suppléments | 5 |
| Vidéo | 6 |
| Audio | 7 |