Pour des raisons historiques obscures, les scénaristes de la télévision britannique ont toujours eu un respect et un pouvoir que leur envient leurs collègues du cinéma. Ayant leur nom cité plus régulièrement que celui de leurs amis réalisateurs sur les publicités pour telle ou telle émission ou telle ou telle série, il n'est pas rare de retrouver des stars aussi connues que les acteurs de ce milieu. L ‘écrivain Andrew Davies fait indéniablement partie de ce groupe des vedettes de la plume. Responsable de nombreuses adaptations de romans historiques tels Pride and Prejudice de Jane Austen mais aussi d'œuvres modernes comme Le journal de Bridget Jones d'Helen Fielding, sa réputation de grand "dépoussiéreur" d'œuvres parfois prudes n'est plus à faire.
C'est pourquoi lorsqu'il s'attaqua à "Fanny Hill or the Memoirs of a Woman of Pleasure" de John Cleland, LE classique de la littérature érotique britannique du 18e siècle, les esprits coquins se mirent à espérer. Roman-choc qui bouleversa les mœurs puritaines de son époque en osant décrire la vie d'une jeune fille qui doit s'adonner à la prostitution pour survivre, et qui finit par y prendre plaisir, le livre de Cleland connut plusieurs adaptations plus ou moins réussies et toujours trop timides par rapport au manuscrit original qui est lui fort explicite. Or, là où on se serait attendu à une œuvre ludique et crue de la part de Davies, on nous sert une autre adaptation plutôt réservée. Il est vrai que l'aspect joyeux et le ton guilleret du roman ont été préservés, avec une jeune et excellente Rebecca Night dans le rôle de la narratrice nous racontant ses déboires et ses plaisirs, mais l'érotisme qui était certainement un des attraits premiers du livre a été un peu mis de côté. Non pas que l'on ait censuré les scènes de nudités ou d'amour charnel (on est à la télévision après tout), mais on semble avoir évacué toute sensualité lors du tournage et rendu le tout un peu artificiel.
Le téléfilm raconte l'histoire d'une jeune fille naïve de la campagne anglaise, récemment devenue orpheline, qui se joint à une amie pour aller tenter sa chance dans le Londres mystérieux et attrayant de l'époque. Trahie par son amie et vendue à une tenancière de bordel, Fanny se retrouve à devoir payer de son corps les soins de Madame Brown. Après une fugue et une brève histoire d'amour, elle se retrouvera de nouveau sans le sou et devra retourner à la prostitution pour survivre. Jusqu'à ce que sa fortune change...
Alors que la Fanny Hill du roman apprend la vie et l'amour tout en s'élaborant une philosophie grâce à ses malheurs et ses aventures galantes, celle de la minisérie de Davies (réalisée par James Hawes) semble totalement en contrôle de la situation dès le début. Peut-être est-ce aussi une erreur d'avoir voulu garder la construction en retours sur le passé du roman? La série aurait peut-être bénéficié au niveau dramatique si on avait évacué la narration charmeuse de Mme Night pour se plonger carrément dans une suite chronologique des déboires et bonheurs de Fanny? Qui sait...
Il reste tout de même que la minisérie est fort intéressante à plusieurs points de vue. Que ce soit par sa distribution impeccable où l'ensemble des actrices semblent s'amuser dans leurs rôles de filles de joie (ou de Madame comme c'est le cas avec Samantha Bond), par sa direction artistique superbe , tant au niveau des costumes que des décors, ou par son scénario tout de même assez touchant et humoristique. Ce n'est que, malheureusement, cette adaptation ne rend pas pleinement justice au superbe roman érotique dont elle s'inspire.
La qualité de l'image et du son est très bonne. Une chaleur des tons, une forte présence des couleurs se mariant bien avec l'émotion du récit, ainsi qu'une piste audio vivante et complexe, nous permettent de nous régaler au visionnement . L'intimité des séquences plus osées est aussi bien soulignée avec ses teintes de peaux rosées en clairs-obscurs et ses chuchotements de mots d'amour (quand ce ne sont pas des cris!) bien enrobés.
En suppléments on retrouve quelques revuettes sur le tournage, avec des entrevues des acteurs, actrices et des principaux artisans de la production s'exprimant sur divers sujets comme la nudité à l'écran, les difficultés d'adapter des œuvres historiques connues ou les contraintes financières et temporelles de tournages pour BBC4, le parent pauvre de la BBC. On retrouve aussi une biographie écrite du scénariste Andrew Davies ainsi que des bandes-annonces d'autres produits Acorn Media.
| Film | 7 |
| Présentation | 8 |
| Suppléments | 8 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 8 |