Né à Haifa deux ans seulement après la création de l'État d'Israël, Amos Gitai suivra les traces de son père en poursuivant des études en architecture, interrompues par la guerre du Yom Kippour en 1973. Alors qu'il participe à une opération de sauvetage au dessus de la Syrie, l'hélicoptère à bord duquel il se trouve s'écrase, tuant tous ses occupants sauf lui. Cette tragédie changera sa vie et l'incitera à poursuivre une carrière comme réalisateur. Il passera rapidement du documentaire au film de fiction, avec toujours la même détermination d'explorer des sujets difficiles, en particulier les tensions au Moyen-Orient. On lui doit, entre autres, Berlin Jerusalem (1989), prix de la critique au Festival de Venise, Kippur (2000), basé sur les événements qui ont marqué son changement de cap, et le segment intitulé "Israel " du drame épisodique 11'09"01 (2002), qui s'attardait aux effets dévastateurs des attentats du 11 septembre aux États-Unis. C'est en 2005 qu'il réalise "Free Zone", une exploration du conflit Israélo-Palestinien sous forme de "road trip", mettant en scène une Américaine, une Israélienne et une Palestinienne.
Rebecca (Natalie Portman), une Américaine qui vit depuis quelques mois à Jérusalem, vient de rompre avec son fiancé d'origine hispano-israélienne. Elle monte dans le taxi de Hanna (Hanna Laslo), une Israélienne, mais celle-ci doit aller dans la "Free Zone", en Jordanie, récupérer une grosse somme d'argent que "l'Américain" doit à son mari. Rebecca la convainc de l'amener avec elle, mais à leur arrivée, Leila (Hiam Abbass), une Palestinienne, leur explique que l'Américain n'est pas là et qu'elle ne sait pas où se trouve l'argent.
"Free Zone" s'ouvre sur un gros plan interminable (plus de huit minutes!) du visage de Rebecca qui pleure à chaudes larmes, assise sur la banquette arrière de la voiture. Son angoisse et son désespoir sont accompagnés par la comptine juive pour enfants "Had Gadia", dont les paroles (heureusement sous-titrées) sont lourdes de sens. Lorsqu'elle finira par ouvrir la fenêtre de la voiture, on aperçoit brièvement le Mur des Lamentations et le sens de cette allégorie devient limpide: ses larmes et sa souffrance représentent celles des protagonistes d'un conflit qui perdure depuis des décennies. Le spectateur qui, à ce moment, n'aura pas su décoder les intentions du réalisateur et s'en tiendra à une interprétation au premier degré de la trame narrative, décrochera rapidement. En ce qui me concerne, le résultat n'est pas très convaincant, malgré l'excellente interprétation des trois actrices principales.
Rebecca, dont le père est juif, mais qui n'est pas particulièrement religieuse ou fière de son héritage, représente l'aliénation et la quête d'identité. La façon dont elle réagit aux paysages et aux gens qu'elle rencontre symbolise la perception du peuple américain envers le Moyen-Orient, un mélange de curiosité et d'ignorance. Hannah, déterminée et intransigeante, représente l'identité nationale israélienne, avec toutes ses peurs, ses rêves et sa force. Quant à Leila, déchirée entre la loyauté envers sa famille et ses obligations envers Hannah, elle symbolise la mince ligne entre le salut et la damnation des Palestiniens. Ces trois femmes représentent donc trois peuples, mais leurs quêtes personnelles transcendent la notion d'identité et d'intérêts nationaux. Malheureusement, le choix du réalisateur de se distancier du sujet pour souligner les enjeux plus importants nous donne des personnages stéréotypés, des dialogues souvent banals et une mise en scène inégale, remplie d'excès stylistiques. En ramenant à hauteur d'homme (de femmes!) une thématique remplie de nuances et de complexité et en refusant de s'investir pleinement dans ses personnages, Amos Gitai ne réussit qu'à nous offrir une vision simpliste et réductrice du conflit Israélo-Palestinien.
Le transfert, que je soupçonne provenir d'une source encodée en format PAL, demeure tout de même agréable. L'image est claire et propre, bien qu'un peu douce, et les couleurs sont naturelles. On dénote parfois une certaine granularité, mais c'est probablement voulu par le réalisateur. Les problèmes dus à la compression sont minimes et une légère accentuation des contours apparaît lors de certains gros plans. Le niveau des contrastes et des détails est adéquat. Côté audio, l'activité provient surtout des enceintes avant, mais plusieurs effets ambiophoniques se font entendre lors de certaines séquences. Les dialogues sont clairs et sans distorsion. La piste originale anglaise offre par contre un mixage plus équilibré que celle en français, où les dialogues sont un peu trop mis de l'avant. La présentation est standard et le boîtier simple ne contient pas d'encart. Les menus sont statiques et accompagnés de musique, l'image ornant le menu principal reproduisant celle du boîtier. Parmi les suppléments, on retrouve une présentation du film par Amos Gitai qui, curieusement, passe son temps au téléphone avec un interlocuteur non identifié au lieu de s'adresser au spectateur directement. On retrouve également un segment sur la préparation du tournage de la scène d'ouverture, qui nous permet de nous familiariser avec la façon de travailler du réalisateur, des entrevues avec les trois actrices, qui abordent leurs motivations professionnelles, le travail avec leurs partenaires et le film lui-même, ainsi que quelques bandes-annonces.
"Free Zone" explore de façon sincère, mais inégale, l'incompréhension et l'impossibilité de communiquer de gens dont la raison est depuis longtemps prisonnière d'un conflit qui n'en finit plus. Malheureusement, les excellentes prestations des trois protagonistes principales ne parviennent pas à sauver la mise de cette métaphore qui, au final, tombe à plat.
| Film | 6 |
| Présentation | 4 |
| Suppléments | 5 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 7 |