Mango Yellow
First Run Features/ The Global Film Initiative

Réalisateur: Cláudio Assis
Année: 2002
Classification: NR
Durée: 100 minutes
Ratio: 2.35:1
Anamorphique: Non
Langue: Portugais (DDST)
Sous-titres: Anglais (brulé dans l'image)
Nombre de chapitres: 12
Nombre de disques: 1 (DVD-5)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon François Langevin
25 mars 2005

Les racines du cinéma brésilien remontent aux environs de 1908 et il connut un incroyable essor pendant la décennie qui allait suivre. En 1941, la compagnie "Atlantida" fut fondée permettant à de jeunes cinéastes locaux de présenter un cinéma d'auteur original et indépendant mélangeant la comédie, les intrigues policières et l'atmosphère carnavalesque de ce pays. L'onde de choc causée par la nouvelle vague du cinéma français frappa le Brésil de plein fouet à la fin des années 1950 amenant une nouvelle structure cinématographique appelée "Cinema Novo". Les années 1970 s'annonçaient prometteuses et quelques films connurent même un succès sur la scène internationale, mais le chaos économique et politique qui plongea le Brésil dans une profonde crise au début des années 1980, étouffa le phénomène. Ce n'est qu'en 1998, avec le film Central Station, que le cinéma brésilien obtint de nouveau une visibilité internationale et le film Cidade De Deus allait confirmer la très grande vitalité et dynamisme de ce cinéma quelques années plus tard. Tout dernièrement, le film "Mango Yellow" connut à son tour un succès international et la compagnie First Run Features, qui se spécialise dans les films d'auteur à l'échelle planétaire, le rend disponible le 22 mars à notre plus grand bonheur.

"Mango Yellow" est un surprenant regard sur la société brésilienne vue à travers quelques individus vivant dans une favela de la ville côtière de Recife. Parmi ceux-ci, il y a Daisy, la pétillante gérante d'un bistro qui ne porte jamais de sous-vêtement, qui aime aguicher les clients et qui se cherche désespérément un homme qui la mériterait. Isaac, surnommé l'Allemand, est un type bizarre qui pratique un passe-temps assez dérangeant impliquant des cadavres. Wellington est un homme viril qui travaille dans un abattoir et il est marié à Kika, femme très réservée qui s'implique beaucoup dans un mouvement religieux. Puis il y a Dunga, homosexuel affirmé qui travaille dans un petit hôtel miteux et qui a Wellington dans le collimateur. Tous ces destins s'entrecroiseront, l'espace d'une journée, provoquant une onde de choc qui écrasera la mangue jaune qui réside en nous, libérant ainsi le fruit de la passion, celui de la frustration et surtout celui de la désillusion.

On ne se douterait jamais qu'une verte recrue est à la tête de ce film. En effet, Claudio Assis signe ici une première réalisation en faisant preuve d'une étonnante maturité créant ainsi un message enrobé dans la subtilité et dans la métaphore. Cette mangue qu'il nous sert n'a rien d'un jaune soleil, mais donne plutôt dans le jaune hépatite, malaise que les protagonistes de la distribution expriment avec brio. Il nous propose quelques variations sur le désespoir qui par extension représentent les fléaux qui font pourrir cette belle et grande mangue qu'est le Brésil.

La cinématographie est l'œuvre du grand maître qu'est Walter Carvalho (Central Station) et les plans de caméra qu'il nous offre sont simplement saisissants. Ses longs plans d'intérieurs, spécialement celui sur lequel s'ouvre le film et qui nous fait visiter les appartements attenants à un bistro est d'une facture unique et terriblement efficace. Le transfert que nous offre First Run Features nous rend bien le travail accompli par le directeur de la photographie. De très belles couleurs bien saturées et très naturelles jaillissent sur une pellicule exempte d'impuretés et qui ne semble pas cacher d'artefact de compression. Le volet audio est aussi de bonne qualité et propose une œuvre principalement axée sur les dialogues qui sollicite exclusivement les enceintes avant du cinéma maison. Une musique très efficace et bien adaptée au contexte social se fusionne bien à la trame sonore et notons que des sous-titres anglais sont gravés à même l'image. Il serait bien que First Run Features envisage un jour de les mettre facultatifs.

Quelques suppléments ornent cette édition DVD. Une entrevue avec Richard Pena, un expert en cinéma brésilien, nous parle de ce genre de cinéma et de la difficulté qu'il connut dans les années 1980 suite au chaos économique et politique du pays. "Film in Context" nous explique, de façon textuelle, le contexte social et économique entourant le film et la très grande disparité entre les castes du Brésil. De plus, nous pouvons visionner une biographie écrite du réalisateur et une présentation du concept "Global Lens" qui propose une série de dix films d'auteur annuellement provenant de pays émergeants des quatre coins du monde. Un montage d'extraits des films présentés sous cette appellation en 2005 complète les suppléments. Un menu statique, simpliste et sans support musical nous accueille.

"Mango Yellow" est un regard caustique sur la pauvreté et la désolation qui guettent chaque habitant des favelas ainsi que l'étonnante adaptation du genre humain face à un présent sans futur. À souligner, l'édition très propre que nous livre First Run Features sous l'appellation "Global Lens Series". Amateurs de films de répertoire, je vous recommande chaudement de mettre la main sur cette tranche de vie brésilienne.


Cotes

Film8
Menu4
Suppléments4
Vidéo8
Audio7