Réalisatrice germanique qui se plaît à parler du désir et d'amours entre femmes, Monika Treut continue d'écouter ses pulsions avec "Ghosted", un drame complexe et intrigant qui laisse cependant un peu sur sa faim.
Quelque part entre l'Allemagne et Taïwan se trouve l'artiste Sophie (Inga Busch) qui noue une relation intime avec Ai-ling (Ke Huang-hu) qu'elle vient récemment de rencontrer. Lorsque celle-ci perd la vie dans des circonstances nébuleuses, l'Occidentale est inconsolable. Un jour, la journaliste Mei-li (Ting Ting-Hu) vient la voir, lui posant des questions sur ce douloureux passé qui est encore frais en sa mémoire.
Poursuivant dans la veine de ses précédents Seduction: The Cruel Women et Virgin Machine, la cinéaste se lance cette fois dans une entreprise mélancolique où il est peut-être question d'un fantôme, mais surtout d'une disparition tragique et des ressentiments. L'intrigue sobre et classique est agrémentée d'un montage singulier parsemé de ruptures chronologiques, déconstruisant le temps pour mieux perdre le spectateur et faire apparaître l'émotion.
Ce procédé inutilement touffu est cependant appuyé par des interprètes au jeu sensible et enveloppant. Le trio d'actrices est juste, devenant des pôles parfois opaques de l'histoire, guidant des êtres dont les motivations ne sont pas toujours claires. Le récit qui avance à la vitesse d'un escargot ne possède toutefois pas suffisamment d'élans dramatiques et de consistance pour convaincre jusqu'à la fin. Cet intérêt qui se distille lentement, mais sûrement empêche l'objet d'arpenter des chemins nouveaux, se sentant plus confortable à emprunter à nouveau cette idée du suspense conventionnel plutôt que d'y greffer de véritables surprises. Cela donne au final un essai articulé et bien mis en scène, mais conventionnel et sans grand attrait.
Les nombreuses séquences tournées à Taïwan donnent toutefois le goût de visiter cet endroit du monde pendant quelques semaines. La jolie photographie ne reçoit pas toujours un traitement à la hauteur, avec ces images granuleuses parsemées de grain, de couleurs souvent fades et de contrastes qui manquent d'intensité. Le soin apporté aux mélodies (douces et émotives, plus exotiques ou jazzées) rachète en partie ces inconvénients. La piste sonore qui alterne l'anglais, l'allemand et le mandarin est correcte, laissant échapper des bruits d'animaux, de voitures, de sirènes et de feux d'artifices. Bien que les voix s'entendent habituellement sans soucis et que les sous-titres blancs anglophones se déchiffrent aisément, il est parfois difficile de bien comprendre lorsque les protagonistes s'expriment dans les mots de Shakespeare et que rien n'est traduit à l'écran!
La pochette blanche et simple montre deux des héroïnes dans un lit. Le menu principal du DVD reprend ce fantasme masculin (et non, le long-métrage est plutôt candide de ce côté!), demeurant statique et sans musique. Deux suppléments apparaissent à l'horizon. Il y a une courte biographie de Monika Treut. Malheureusement, l'écriture lilliputienne donne rapidement mal aux yeux. Il y a également un fascinant et excellent documentaire que la réalisatrice a tourné en 2005. D'une durée de 56 minutes, "Tigerwomen Grow Wings" s'intéresse à la mutation de Taïwan par le regard de trois artistes féminines. Des portraits touchants d'une société qui mute, et pas toujours pour le mieux.
"Ghosted" reprend le schéma attendu de l'âme en peine en transposant le tout selon la vision de quelques femmes. Ingénieusement construit et habilement campé par des comédiennes dévouées, l'ensemble tient la route sans toutefois bouleverser les mœurs, jouant la carte de l'introspection en oubliant parfois de surprendre. Il y a néanmoins un pertinent segment en bonus qui mérite autant – sinon plus – l'attention que le programme principal.
| Film | 6 |
| Présentation | 3 |
| Suppléments | 6 |
| Vidéo | 5 |
| Audio | 6 |