Gomorrah
E1 Entertainment / Fandango

Réalisateur: Matteo Garrone
Année: 2008
Classification: 14A
Durée: 135 minutes
Ratio: 2.35:1
Anamorphique: Oui
Langue: Italien (DD51, DD20), Français (DD51, DD20)
Sous-titres: Anglais, Français
Nombre de chapitres:
Nombre de disques: 1 (DVD-9)
Code barres (CUP): 774212000850

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
12 juillet 2009

Œuvre phare et touffue sur les types de mafia qui régissent l'Italie, "Gomorrah" privilégie le réalisme au spectaculaire. Un film choc, complexe et violent dont il est impossible de sortir indemne.

Au Festival de Cannes de 2008, deux longs-métrages italiens ont déchaîné les passions: le drame politique Il Divo de Paolo Sorrentino qui ressemble à du Quentin Tarantino en bien meilleur, et "Gomorrah" de Matteo Garronne qui est l'adaptation cinématographique du célèbre roman de Roberto Saviano. Une histoire vraie qui est loin de la carte postale rêvée par Berlusconi.

La Camorra a la mainmise sur Naples et la Campanie. Pendant que les hommes sont en prison, le Système continue d'alimenter financièrement les familles. Les enfants rêvent de devenir des voyous en gravissant trop rapidement les échelons. En plus du trafic d'armes et de drogue, les activités de l'organisation criminelle la plus importante d'Europe frayent avec la légalité, s'infiltrant un peu partout, que ce soit dans la confection de vêtements ou l'enfouissement de déchets. Lorsque les gangs se déchirent pour une fraction du territoire, le sang ne peut que couler à flot...

La bande-annonce pourrait porter à confusion. Malgré son sujet, "Gomorrah" n'a strictement rien à voir avec le cinéma de Francis Ford Coppola et de Martin Scorsese. Il se trouve plutôt aux antipodes. Au lieu de dorer cet influent milieu où les gens meurent jeunes après avoir acquis la célébrité, l'argent et les femmes, l'ouvrage préfère épouser la triste réalité. Cela explique pourquoi la mise en scène de Garronne est froide, distante et clinique. Les excès de style sont limités à leurs plus simples expressions, et l'ensemble aurait presque pu être réalisé par les frères Dardenne, Mike Leigh, Ken Loach ou John Sayles.

Il ne s'agit pas non plus d'un film choral. Comme dans Le banquet de Sébastien Rose et Paris de Cédric Klapich, il y a beaucoup trop de personnages avec des destins de qualité variable. Sauf qu'ici, ces êtres toujours justes servent une cause commune et implacable: décrire la situation qui prédomine et que rien ni personne ne semble être capable d'arrêter. Même si la fiction ne se prénomme pas documentaire, les thèmes demeurent. Le faste passé est enterré par une jeunesse sans morale qui ne respecte aucune valeur, faisant souffrir leur clan au passage pour mettre la main sur un peu d'argent. Les enfants sont récupérés de plus en plus tôt, ils cherchent ardemment à ressembler à leurs héros hollywoodiens préférés et ils n'hésitent pas à user de la pire violence pour arriver à leur fin. Ces tentacules quasi anthropologiques sont capables d'asservir les gens les plus nobles et pour survivre, il faudra choisir un camp ou prendre la fuite.

Le rendu réaliste explique la présence de ces couleurs sobres et neutres qui peuvent être accompagnées de teintes éclatantes et d'éclairages recherchés. Les contrastes, essentiels dans cet univers où le noir et le blanc se livre une lutte sans merci, sont précis sans être parfaits. Du blocage peut émaner pour disparaître à la vitesse de l'éclair, ce qui n'est pas trop gênant. La rare musique apparaît généralement directement à l'écran et les différentes pistes sonores favorisent une atmosphère de suspense alors qu'une rafale de balles peut survenir à chaque moment des multiples enceintes. Entre une traduction francophone qui laisse à désirer et une version originale en italien, mieux vaut opter pour cette dernière - beaucoup plus juste et musical - en y insérant de très jolis sous-titres blancs.

La pochette noire et rouge laisse émaner six carreaux composés d'images importantes du récit. Le menu principal du DVD reprend ce concept, l'agrémentant d'un agréable montage de scènes et d'une mélodie particulièrement efficace qui tient aisément en haleine. Outre une bande-annonce et une série de publicités variées, il n'y a aucun supplément, ce qui est très dommage, surtout pour une perle aussi riche et précieuse.

Cette fresque extrêmement ambitieuse au rythme lent mérite un réel investissement du spectateur. Après une introduction haute en couleur, la trame narrative survole différents destins sans réellement se poser, prenant son temps au sein de ces 135 minutes qui auraient pu être beaucoup plus longues. À l'instar du Heat de Michael Mann, "Gomorrah" troque l'action pour le drame, le suspense et, ultimement, l'inoubliable tranche de vie. Non, cela ne donne pas le goût de visiter l'Italie, et encore moins de se lancer dans le crime organisé!


Cotes

Film8
Présentation6
Suppléments1
Vidéo7
Audio7