Bien que beaucoup de vies des grands peintres d'antan aient été portées au grand écran (Van Gogh, Rembrandt, Vermeer, etc.) certains se démarquent du lot par l'originalité du traitement. Le Goya à Bordeaux de Carlos Saura s'inscrivait définitivement dans cette catégorie. C'est pourquoi la redécouverte d'un précédent film (parmi plusieurs autres plutôt ordinaires) sur le peintre espagnol est des plus plaisantes. D'autant plus que cette co-production russo-est allemande de 1971 met le paquet côté visuel et tente de nous faire vivre une période historique importante au travers des yeux de l'artiste.
Tourné sur pellicule 70mm, cette saga entreprend de nous montrer le changement qui s'opéra dans l'attitude du peintre durant la période productive de sa popularité croissante auprès de la royauté espagnole. Vers 1783 Francisco José de Goya y Lucientes fut engagé régulièrement par des membres de l'entourage du roi qui lui commandèrent des portraits. Son succès le mena à être nommé peintre de la cour par Georges III et l'avenir semblait des plus prometteurs. Or avec la Révolution française de 1789 vint le questionnement de tout le pays sur la validité de la monarchie et le pouvoir dur de l'Église inquisitoriale espagnole. Goya commence à fréquenter des intellectuels dangereux et sa peinture prend un tournant plus sombre et politique. Le tribunal de l'Inquisition s'intéresse à lui...
Bien que le film couvre vaguement la période de 1780 à son exil vers Bordeaux en 1824, on ne peut dire que ce soit un portrait complet de cette époque. Mettant l'emphase sur sa vie amoureuse avec la Duchesse d'Alba plus que sur sa vie familiale (seulement une ou deux séquences avec sa femme et sa fille), occultant pratiquement toute référence à son travail nocturne (où il peignait à la lumière de bougies attachées à un chapeau haut-de-forme qu'il portait) pour se consacrer à ses apparitions à la cour et chez ses amis révolutionnaires, "Goya: Or the Hard Way to Enlightenment" de Konrad Wolf nous laisse un peu sur notre faim. On comprend la démarche du réalisateur – et de la machine artistique socialiste derrière cette œuvre – de vouloir se concentrer sur l'éveil politique du peintre dans cette époque de turbulence et de noirceur, mais un peu plus d'attention donnée au personnage et à sa vie de tous les jours aurait certainement donné de la profondeur au scénario. Au lieu de quoi on se retrouve avec un genre de survol des événements marquants dans la vie intellectuelle de Goya, nous rendant le peintre un peu indifférent. On aurait dû ratisser moins large et se concentrer sur une seule période de sa vie, et le faire avec plus de présence et de contenu. Sa relation avec l'Église et l'Inquisition par exemple.
Il n'en reste pas moins que le film est des plus intéressants, avec une excellente interprétation du Lituanien Donatas Banionis (que les amateurs de Tarkovski reconnaîtront de sa prestation dans Solaris) dans le rôle de Goya. La direction artistique est aussi des plus réussies. Seul le fait que le film soit joué en allemand et sous-titré en anglais semble étrange et enlève un peu du plaisir que l'oreille aurait pris à entendre l'espagnol original et plus sensuel des protagonistes. C'est tout de même un bon complément au film de Carlos Saura qui lui se concentrait sur les dernières années du peintre.
Au niveau de la qualité audiovisuelle du DVD, le tout laisse passablement à désirer. Bien qu'on ait voulu redorer le blason de ce film tourné en 70mm, la copie originale utilisée semble avoir été un peu abîmée. Bien qu'on retrouve très peu de poussières ou de déchirures, c'est au niveau des couleurs que ça se gâte. Malgré des efforts évidents pour redonner du lustre, les teintes sont un peu faibles. De plus, on retrouve un problème de variation de couleurs constant, un "pompage", qui irrite vite le spectateur concentré. Le son est un peu mieux. Les voix sont plutôt bien rendues et le paysage sonore est en général bien mixé. Le son des scènes de groupes, lors de fêtes ou de réceptions, aurait eu quant à lui besoin d'être mieux séparé. Il est un peu trop enchevêtré et on sent le mélange entre la prise de son réelle et les ambiances ajoutées. Sinon, à part les quelques accrocs et poussières qui perturbent périodiquement l'écoute, la qualité audio est généralement acceptable. En suppléments on retrouve deux entrevues récentes, une du scénariste Angel Wagenstein et l'autre de l'actrice jouant le rôle de la reine, Tatjana Lolowa.
| Film | 7 |
| Présentation | 7 |
| Suppléments | 7 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 7 |