La Grande Bouffe
Christal Films

Réalisateur: Marco Ferreri
Année: 1973
Classification:
Durée: 130 minutes
Ratio: 1.85:1
Anamorphique: Oui
Langue: Français (DD20)
Sous-titres:
Nombre de chapitres: 16
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Robert Bélanger
5 décembre 2005

Sauvages, grotesques, drôles, originaux, déroutants. Tous ces termes peuvent être utilisés pour décrire les films du cinéaste Marco Ferreri. Après avoir agi comme assistant sur plusieurs productions italiennes dans les années 1950, il entreprend sa carrière de réalisateur en Espagne en 1958. De retour en Italie au début des années 1960, il tourne Le lit conjugal et Le mari de la femme à barbe, des satires sociales acidulées de la vie contemporaine. Il poursuit en 1969 avec Dillinger est mort, un tour de force expérimental et surréaliste sur l'aliénation de l'homme dans la société moderne. Puis, en 1973, il tourne "La grande bouffe", une tragédie comique excessive et anarchique qui explore la décadence de la bourgeoisie et met en scène quatre des plus grands acteurs européens de l'époque.

Philippe (Philippe Noiret), un juge d'instruction, invite trois de ses amis pour un week-end gastronomique à sa résidence secondaire en banlieue de Paris. Michel (Michel Piccoli), un producteur de télévision, Marcello (Marcello Mastroianni), un pilote de ligne et Ugo (Ugo Tognazzi), un chef cuisinier, se joignent donc à Philippe alors que des camionnettes remplies de victuailles viennent livrer leur contenu. Le festin commence et on apprendra que les quatre compères ont décidé de se suicider... en bouffant! Mais, puisque Marcello ne peut continuer sans sexe, nos amis embauchent trois prostituées et invitent également une institutrice (Andréa Ferréol) en apparence réservée qui se révélera être aussi dépravée qu'eux. Alors, les quatre hommes mangent, baisent, mangent, sont malades, regardent de vieilles photos érotiques "artistiques" et mangent encore jusqu'à ce que...

Coproduction France-Italie, "La grande bouffe" est parsemé de références à la philosophie, à l'histoire et à la littérature, et son intrigue est confinée, de façon Bunuelesque, au seul décor d'un manoir en semi-décrépitude. Mais, puisque nos quatre comparses désabusés ont depuis longtemps évacué tous les débats idéologiques stériles de leurs vies, ils en sont réduits aux besoins physiologiques essentiels. Ils vont donc manger à en mourir, avec moult flatulences et toilettes bloquées qui explosent en prime. Ferreri traite tous ces excès parfois avec retenue, en alternant de longs plans fixes denses et peu éclairés où l'on a peine à distinguer les protagonistes parmi tout le bric-à-brac qui meuble les lieux, et à d'autres moments de façon très crue, avec de gros plans qui exposent sans compassion toute l'extravagance de cette farce nihiliste. Évidemment, le film nous propose une allégorie, mais sur quoi? Il est difficile de cerner ce à quoi Ferreri s'attaque. La déchéance de la bourgeoisie? Le déclin de la masculinité et de la société patriarcale (seuls les hommes meurent)? Le capitalisme et la corruption (le juge, le producteur télé, la référence à Don Corleone)? Probablement un mélange de tout cela que l'on pourrait résumer par "étude sur la décadence". Le film, qui fait plus de deux heures, est cependant trop long et ces infinies variations sur les thèmes du sexe et de la bouffe finissent par devenir redondantes, mais les performances de ces quatre grands acteurs (qui ont donné leur prénom à leur personnage) qui n'hésitent pas à ramper dans une rivière de merde et certaines compositions d'images qui font penser à des parodies grotesques de tableaux de la Renaissance valent à elles seules le détour.

Côté technique, le film comporte le même avertissement que Z et L'Aveu, mais le transfert anamorphosé est de bonne qualité. L'image est claire et passablement propre bien qu'elle soit un peu granuleuse. Le niveau des contrastes est adéquat, mais on note un manque de définition et une perte de détails dans l'environnement sombre du manoir. La piste sonore en Dolby Digital stéréo fait le travail bien que l'activité soit concentrée dans les enceintes avant. Les dialogues sont cependant clairs et sans distorsion apparente. La présentation est standard, le boîtier simple ne contient pas d'encart et les menus, animés de scènes du film et accompagnés de musique ne proposent que deux options: Film et Scènes. Aucun supplément n'est offert sur cette édition.

À la fois bizarre, dégoûtant, drôle et déprimant, "La grande bouffe" est une gigantesque farce teintée de symbolisme et de métaphores dont les excès de bouffe, de sexe et d'évacuations corporelles ne se digèrent pas facilement. À déguster à vos risques, en tenant le Pepto-Bismol pas trop loin.


Cotes

Film7
Présentation4
Suppléments-
Vidéo7
Audio7