Sion Sono est un des réalisateurs japonais les plus fascinants de la dernière décennie. Tout ce qu'il touche se transforme en objet de culte, que son apport dérangeant soit essentiel (Suicide Club, Strange Circus) ou plus oubliable Exte: Hair Extensions). Le voilà qu'il change encore de registre avec "Hazard", une œuvre influencée par la vague réaliste des films américains des années 1970.
Shin (Joe Odagiri) est un étudiant qui en a marre de son Japon natal. Voilà pourquoi il décide de déménager à New York. Après quelques mauvaises expériences et ignorant presque tout de la langue anglaise, il finit par se lier d'amitié avec Lee (Jai West) et Takeda (Motoki Fukami), deux jeunes marginaux qui passent leur temps à se mettre dans le pétrin.
Habitué au bizarre, au plan qui dérange et à l'hémoglobine bien à l'avant-plan, Sion Sono a décidé de s'attaquer au drame. Même si ce récit qui a pris l'affiche dans les festivals spécialisés en 2005 multiplie les hommages sentis (dont plusieurs au superbe Midnight Cowboy), le résultat ne manque pas de sincérité. Sa mise en scène, entre poésie momentanée et coup de poing au plexus, s'intéresse à des concepts universels – la quête de liberté, l'anarchie devant les règlements en place, la désillusion face au rêve américain - en ayant recours à de délicieuses métaphores. Sa vision, tranchante et personnelle, continuellement mâtinée d'humour noir, s'avère profondément revendicatrice, surtout en égard de ce Japon sans âme et aseptisé qui ne semble pas toujours plaire au cinéaste.
Par son scénario éparpillé aux enjeux pas toujours établis, son rythme indolent, ses quelques répétitions et ses dialogues à l'emporte-pièce, "Hazard" n'est pas toujours un long-métrage aisé à aimer. Il s'agit toutefois d'une expérience unique marquée par un désir constant de s'éloigner des conventions. Surtout que le soin apporté aux personnages n'est pas négligeable. Que les individus soient des anges ou des démons, le réalisateur n'a que faire du manichéisme d'usage, et l'interprétation énergique de la distribution secondaire contraste avec le jeu plus introspectif du convaincant Joe Odagiri.
La musique un peu trop présente alterne entre des airs destructeurs, du jazz au piano et de mélodiques envolées à la guitare sèche. La piste sonore japonaise, relevée par des bruits de sirènes et d'avions, demeure tout de même limitée. Afin de bien saisir les voix, il est recommandé d'insérer de visibles et souvent hilarants sous-titres jaunes en anglais ou en français. Les images stylisées, presque constamment envahies par le grain, offrent rarement des couleurs éclatantes et des contrastes au point. Tout y est plutôt sombre, avec du blocage qui peut ressortir à quelques endroits. Ce singulier aspect visuel donne toutefois une personnalité trouble et volontairement imparfaite à l'ouvrage.
Le disque vient avec un instructif livret comportant un regard critique sur l'œuvre et une entrevue avec le metteur en scène. La pochette, jaune et orangée, représente un homme qui regarde devant lui. Le menu principal du DVD reprend cette pose statique qui fait réagir par les nombreux cris diffus. Les suppléments généralement recommandables regroupent un long documentaire sur le tournage (avec des photos, des scènes ratées, des acteurs qui attendent leur moment de jouer.... le tout n'est cependant pas sous-titré, mais ce n'est vraiment pas la fin du monde) et un entretien avec le cinéaste qui explique sa démarche et son parcours, éclairant sur son discours, le choix des lieux et des comédiens, etc.
"Hazard" est loin d'être le meilleur film de Sion Sono. Il est facile de lui préférer Strange Circus, Suicide Club et l'extraordinaire Love Exposure qui a été présenté à l'édition 2009 de Fantasia. Cependant, il s'agit d'un de ses récits les plus personnels, et un véritable électrochoc de société, où ses personnages n'auront pas le choix d'évoluer pour s'extirper de leur condition. Une relation d'amour et de haine peu banale qui fascine et rebute tout à la fois.
| Film | 6 |
| Présentation | 6 |
| Suppléments | 5 |
| Vidéo | 5 |
| Audio | 6 |