Des hommes et des dieux
Métropole Films Distribution / Mongrel Media

Réalisateur: Xavier Beauvois
Année: 2010
Classification: 14A
Durée: 122 minutes
Ratio: 2.35:1
Anamorphique: Oui
Langue: Français/Arabe (DDST)
Sous-titres: Anglais, Français
Nombre de chapitres: 16
Nombre de disques: 1 (DVD-9)
Code barres (CUP): 629159046662

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Jimmy Chartrand
22 novembre 2011

La religion a repris d'assaut le grand écran et "Des hommes et des dieux", oeuvre grandement encensée (trois César et un prix à Cannes notamment) et qui en a fasciné plus d'un, ravira les plus puristes en ayant surprenamment opté pour la pureté et une épuration totale d'une mise en scène forte. Choix par ailleurs détonnant puisque d'un sujet aussi percutant que la prise d'otage d'un groupe de moines qui ont décidé de faire résistance dans les montagnes du Maghreb, on aurait facilement pu tomber dans d'autres eaux, du suspense au film d'action, en passant par le mélodrame le plus appuyé.

Au contraire, Xavier Beauvois, épaulé d'une citation biblique en ouverture et de chants grégoriens tout au long de son récit, a préféré y aller d'oppositions, entre violence et nature, humanité et incompréhensions. Alors que tous s'attendent à la terrible montée qu'on nous a promis, le cinéaste cadre, si ce n'est braque, sa caméra sur ses personnages en élaborant une étude de personnages de ces hommes de foi qui la perdent peu à peu au fur et à mesure que la gravité de la situation augmente. Si l'on ne prêche pas toujours pas subtilité avec ces dialogues poétiques et ces personnages un peu trop accentué (chaque moine ne semble déterminé que par un trait précis qu'on développe, le gourmand, le cabotin, le sceptique, le pensif, etc.), on doit admettre que c'est finalement le meilleur traitement qui a été opté pour satisfaire un tel récit.

Bien sûr, ce rythme pensif, méditatif, relativement lent et plutôt axé sur l'attente que l'action ne sera pas pour tous. De plus, impuissant face à un événement qui dépasse toutes croyances ou tout imaginaire, Beauvois ne se montrera aucunement en mesure de porter un jugement ou même d'expliquer quoique ce soit, nous laissant dans un état de grâce castré dans sa propre ignorance. N'empêche, il y aura matière à débat et à discussion qui fait encore écho aujourd'hui, alors que la foi et la loi ne semblent que résonner dans le chaos.

Par contre, les athées pourront s'abstenir puisque le film est religieux jusqu'à l'étouffement. Les chants qui résonnent dans la piste audio se mêlent à la composition des cadres et de la lumière qui tentent toujours de laisser pénétrer ce symbole d'espoir, donnant au film un sentiment de prière et d'expiation face à l'inconnu et l'indescriptible. Le point culminant sera d'ailleurs en cette scène que beaucoup ont qualifié d'emblématique, sorte de clin d'oeil à la Cène, avec une célèbre pièce du Lac des cygnes de Tchaïkovsky en guise de réconfort. Moment qui sera d'ailleurs tremblotant, maladroit et d'une fragilité notable, sorte de calme avant la tempête, dans tous les sens du terme.

On se laissera donc envoûter par le charme mystique du film, bordé par les somptueux paysages bien mis en lumière qui savent confronter l'être à l'infiniment grand, alors qu'à plus d'un moment on laisse la beauté du paysage l'emporter sur le reste. La palette de couleurs du film est d'ailleurs des plus intéressante, de jour comme de nuit, faisant grand usage de teintes passant du vert au bleu, du jaune au brun, tout comme de par le blanc, ultimement. On se laisse également mener par les interprétations impeccables de la distribution qui compte sur des acteurs de haut calibre tel Lambert Wilson et Michael Lonsdale plus dévoués que jamais.

Du côté de la présentation, extrême sobriété alors que la pochette montre au-devant tous les moines autour d'une table et au dos un moine en train de prier, savamment éclairé d'un jet céleste de lumière. La pochette est aussi insérée dans une élégante pochette de carton qui reprend les mêmes dispositions d'images et d'écriture. Le menu animé est hanté des chants grégoriens et d'images provenant du film.

Du côté des suppléments, rien de notable, si ce n'est des bandes-annonces française et nord-américaine qui ne valent que pour la curiosité, ou d'une galerie de photos qui ne consiste qu'en un montage de deux minutes où défilent les photos sans musique dans un montage très simpliste.

En somme, un film soigné dans son traitement qui ne cherche pas l'ultime esthétique comme plusieurs artisans savent opter, si ce n'est de mentionner Terrence Malick et son The Tree of Life, mais qui marque par son calme et sa douceur condamnée. Mieux, prisonnier de ce cruel vide en guise de fin, on restera franchement hanté par ce plan final des plus mystiques. Pour le reste, on restera un peu sur nos torts, ayant peut-être trop voulu quelque chose de plus récompensant et d'un peu moins religieux, encore un peu sonné par cette méditation qui demandera l'effort de s'y abandonner entièrement.


Cotes

Film7
Présentation7
Suppléments1
Vidéo8
Audio8