Le mythe et l'opéra de Don Juan revivent par l'entremise du somptueux, mais un peu longuet "Io, Don Giovanni" de Carlos Saura. Un classique qui, étrangement, ne l'est pas tant que ça.
Au début des années 1980, Carlos Saura et Milos Forman étaient au sommet de leur gloire. Alors que le premier venait tout juste de transposer son film le plus célèbre (l'inoubliable "Carmen"), le second préparait son chef-d'œuvre "Amadeus" (mettre un lien vers mon article). Plusieurs décennies se sont écoulées et leurs étoiles ne brillent plus au firmament. Cela n'empêche pas le cinéaste espagnol de s'attaquer à son tour à Mozart (ici incarné par Lino Guanciale) par l'entremise de Lorenzo da Ponte (Lorenzo Balducci). De leurs collaborations sont nées "Les noces de Figaro" et "Don Giovanni".
Voilà un sujet en or pour le réalisateur de Tango. Tout comme son mentor Buñuel, Saura a toujours été fasciné par le surréalisme. Il applique cet esthétisme à l'Histoire, ce qui peut toujours surprendre. Au lieu de s'intéresser et d'interpréter les faits tangibles, il joue avec les notions de vrai et de faux. La biographie devient donc plus romancée, une illumination qui s'échappe des sentiers battus. Non seulement ce moyen donne plus de liberté aux artisans (les figures de Casanova et du musicien Salieri en prennent pour leur rhume), mais il permet de toucher à l'indicible qu'est la création artistique.
Au sein d'une multitude de mises en abyme qui se renforcent sans s'enliser (le protagoniste et Don Giovanni ne font plus qu'un) apparaît un fil d'Ariane étonnamment simple: l'Homme peut changer si l'amour est en jeu. Cette image se superpose à celle de la figure mythique de Dante qui ferait n'importe quoi pour retrouver Béatrice, la fille de ses rêves et de ses fantasmes. Car c'est finalement de quoi il s'agit. Peu importe la rigidité de l'époque (l'Italie du 18e siècle) ou de la nôtre, les mœurs frivoles, la bonne morale ou la censure, l'être humain a toujours le dernier mot sur son destin. D'ici là, sans doute qu'il souffrira et qu'il en bavera un coup, mais ses efforts ne seront jamais vains.
Comme plusieurs créateurs de son époque, les meilleures années de Saura sont derrière lui et "Io, Don Giovanni" ne figure certainement pas parmi ses plus grands crûs (on est loin du drame musical de 1979 de Joseph Losey). L'essai traîne légèrement en longueur, le rythme aurait pu être resserré et l'interprétation s'avère plutôt inégale. Cela n'est pas suffisant pour ne pas être un tant soit peu fasciné par cette représentation étonnamment moderne de Don Juan, où réalisation minutieuse empruntée au théâtre et photographie exquise font ménage. La musique de Mozart donne un souffle presque épique à l'ensemble, l'approchant par moment du divin pour mieux revenir sur le plus ordinaire plancher terrestre.
À ce chapitre la piste sonore italienne en Dolby Digital 2.0 est de belle facture, faisant ressortir des bruits de tonnerre et d'applaudissements des quelques enceintes. Les voix suaves sont secondées de visibles sous-titres blancs en français et en anglais. Les images stylisées aux teintes uniques et colorées profitent de la belle luminosité et des agréables contrastes, ce qui tranche avec le grain qui se veut parfois un peu trop apparent.
La jolie pochette montre un homme et une femme en pleine discussion. Le menu principal du DVD épouse ce concept statique en y insufflant une mélodie classique. Bien que des bandes-annonces variées apparaissent une fois l'insertion du disque dans le lecteur, aucun supplément n'apparaît à l'horizon.
À une époque où l'adaptation de bandes dessinées semble omniprésente, cela fait du bien de voir que le plus grand héros romantique de tous les temps (Don Juan) est encore présent dans quelques esprits. Sans grande vedette et prisonnier de ses sous-titres, le long-métrage ne fera sans doute pas fureur au Québec. Sauf que les gens qui le verront pourront se (re)plonger dans la littérature, l'opéra et la musique classique, trois formes d'arts qui semblent de moins en moins captiver la jeunesse d'aujourd'hui. Qui sait, peut-être que Martin Scorsese voudra en faire un remake un de ces jours...
| Film | 7 |
| Présentation | 4 |
| Suppléments | - |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 6 |