"Une des plus belles atrocités jamais couchées sur pellicule", aie-je lu à propos de "In a Glass Cage (Tras El Cristal)" d'Augustin Villaronga. En effet, traiter d'un sujet aussi difficile que l'abus physique et psychologique envers les enfants, quelles que soient les qualités techniques d'un film ne peut qu'occasionner des déchirements chez le spectateur. Pas étonnant que le film de Villaronga soit demeuré dans une obscurité relative, sauf pour les fanas de films cultes, depuis sa parution en 1986. Au niveau des références, on peut penser à Salo de Pasolini ou plus récemment à Irréversible de Gaspar Noé. Ça cogne, ça repousse les limites du tolérable et on ne s'en débarrasse pas facilement après le visionnement. Pour "In a Glass Cage", la séquence d'ouverture suffira à départager ceux pour qui la beauté envoûtante du film l'emportera sur le profond dégoût qu'ils ressentiront, de ceux pour qui l'expérience sera insupportable.
Klaus (Gunter Meisner), un ex-officier Nazi qui abusait de jeunes garçons dans un camp de concentration pendant la guerre, n'a pas perdu, 40 ans plus tard, son penchant pour la pédophilie et la torture. Exilé en Espagne où il vit dans un manoir avec sa femme Griselda (Marisa Paredes) et sa fille Rena (Gisela Echevarria), il s'adonne à sa "passion" sur des enfants qu'il attire chez lui. Lors d'un bref moment de lucidité, dégoûté de lui-même, il tente de se suicider, mais demeure invalide. À l'horizontale, emprisonné jusqu'au cou dans un poumon d'acier ("the glass cage"), il devient un fardeau pour sa femme qui, désespérée, cherchera de l'aide pour lui prodiguer les soins constants dont il a besoin. Arrive Angelo (David Sust), un jeune homme mystérieux qui réussira à convaincre Klaus de le prendre comme infirmier. S'établit alors une relation troublante entre les deux hommes. Angelo, qui avait mis la main sur le journal de guerre personnel de Klaus, est fasciné par sa perversité. Les deux hommes se livrent alors à un duel psychologique teinté de violence et d'homosexualité où Angelo fera revivre son passé à Klaus en commettant devant lui les mêmes atrocités que celui-ci faisait subir à ses victimes. Mais qui est vraiment Angelo?
Côté technique, le transfert non-anamorphique du distributeur Cult Epics est adéquat. Les couleurs sont passablement nettes et précises, mais les scènes plus sombres auraient bénéficié d'un meilleur rendu des noirs. Le film est tout en tons de gris et de bleus ce qui contribue à accentuer l'atmosphère dense et claustrophobique du film. La piste sonore mono en espagnol est claire et la musique et les dialogues sont facilement audibles. Les menus animés accompagnés de musique sont simples et faciles à naviguer et rendent bien l'aspect trouble du film.
Pour les suppléments, on a droit a une entrevue avec Villaronga, qui nous parle du "look" du film et du sujet délicat qu'il a choisi d'aborder, et d'un essai fort intéressant de deux pages sur le film sur l'encart à l'intérieur du boîtier du DVD. Pour une soi-disante édition spéciale, c'est plutôt mince comme contenu.
"In a Glass Cage" est un film extrêmement bien conçu, joué, photographié et réalisé. Par contre, le sujet abordé est subversif et choquant et la ligne entre l'horreur et l'exploitation pure est très mince. Au spectateur de juger si le périple en vaut la peine.
| Film | 8 |
| Menu | 7 |
| Suppléments | 4 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 7 |