Adaptation minutieuse et réussie d'un roman d'Anna Gavalda, "Je l'aimais" parle de sentiment amoureux et de lâcheté. Des thèmes universels qui tiennent parfaitement la route grâce à la performance des comédiens et au soin apporté à la mise en scène.
Chloé (Florence Loiret Caille) vient d'être larguée par son compagnon. Afin de la consoler, son beau-père Pierre (Daniel Auteuil) lui confie un pan de son histoire. Il a déjà été amoureux fou de Mathilde (Marie-Josée Croze), une jeune femme rencontrée à Hong Kong. Sauf qu'il a toujours hésité à se séparer de sa femme et de sa famille pour aller la rejoindre plus que quelques journées. Peut-être que demain sera le bon jour et qu'il arrivera à écouter davantage son cœur que sa raison...
Voilà une histoire en apparence toute simple, claire et limpide, qui avait toutefois besoin d'une réalisation à la hauteur pour se rendre justice tant les ellipses chronologiques sont nombreuses. C'est ce qu'est parvenue à faire la cinéaste Zabou Breitman qui, après son très étudié et symbolique L'homme de sa vie, revient à quelque chose de plus intuitif. Sans jamais perdre le spectateur (et ce malgré quelques choix plus abrupts), transposant à l'écran 90% du livre (dommage que la relation entre le héros et sa secrétaire ne soit pas plus conforme aux écrits), elle arrive à recréer le sentiment amoureux, celui qui fait battre le cœur plus rapidement. Le tout passe par une succession de regards, d'intentions voilées... et d'acteurs formidables. Même s'il est parfois difficile de croire au couple principal (la différence d'âge y est pour quelque chose), Daniel Auteuil en impose avec son charisme naturel, et Marie-Josée Croze apparaît au firmament de sa beauté et de son talent. Ensemble, ils font des flammèches, transformant le quotidien en quelque chose d'extraordinaire, de nécessaire.
La musique fortement inspirée de celle du grandiose In the Mood for Love y est également pour beaucoup. La clarinette et le violoncelle se mélangent, créant une symbiose extrêmement mélodique. Les pistes sonores francophones alimentent sans cesse les différentes enceintes de bruits multiples, dont de la pluie, du vent et des échos de la télévision. Les voix compréhensibles auraient pu être un poil plus élevées, quoiqu'il y a de très potables sous-titres jaunes en anglais en cas de besoin. Les images au demeurant quelconques (les couleurs manquent parfois d'éclat et les contrastes s'avèrent imparfaits) finissent par surprendre, notamment grâce aux soins apportés aux teintes et aux détails. À tel point que très rapidement, les défauts s'éclipsent devant les qualités, alors que les recoins nettement plus stylisés et imagés s'accaparent la part du lion.
La belle pochette représentative montre deux êtres qui s'enlacent et s'embrassent. Le menu principal du DVD opte plutôt pour un agréable montage de scènes sur une mélodie extrêmement émotive. En dehors de la bande-annonce originale et d'une série de publicités, les suppléments se dressent en deux pôles. Il y a un pertinent documentaire sur le tournage où la metteure en scène parle de son intérêt pour cette intrigue et des nombreux défis rencontrés, laissant notamment de la latitude aux répétitions et à la distribution pour s'exprimer (Marie-Josée Croze discute de son apport avec les langues étrangères). Il y a également une longue entrevue avec Daniel Auteuil qui revient sur les thèmes abordés, l'attrait de son personnage et sa résonance avec son propre vécu. Intéressant à défaut d'avoir accès à une piste de commentaires.
Pas besoin d'avoir lu le bouquin pour apprécier "Je l'aimais", un film maîtrisé et lancinant qui fait côtoyer les plus belles promesses de l'amour aux abysses infernales de la solitude. Coquin et émouvant, rafraîchissant sans être kitch comme la plupart des récits du même genre. Un exploit par les temps qui courent, et un très bon complément à l'excellent Mademoiselle Chambon qui prendra bientôt l'affiche.
| Film | 7 |
| Présentation | 6 |
| Suppléments | 6 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 7 |