Après avoir frayé avec une histoire très personnelle en recourant à une multitude de stars avec son précédent et très bon Un secret, le réputé cinéaste Claude Miller s'adjoint l'aide de son fils Nathan en signant "Je suis heureux que ma mère soit vivante", un déstabilisant récit intimiste inspiré d'un article du romancier Emmanuel Carrère. Dérangeant et nécessaire.
Thomas (Vincent Rottiers) et son jeune frère ont été adoptés en bas âge. Repoussant l'amour et les conseils de ses parents adoptifs (Christine Citti et Yves Verhoeven), il a longtemps cherché sa mère naturelle (Sophie Cattani). Un jour il la retrouve, essayant graduellement d'entrer dans sa vie, découvrant une femme brisée qui élève seule son fils. Difficile de prédire si les morceaux du passé peuvent être enfin recollés, et à quel coût.
Le tandem Miller/Carrère avait déjà porté fruit, accouchant de l'aussi déroutant et hypnotisant "La classe de neige". Voilà que les deux esprits se rencontrent à nouveau pour une nouvelle histoire vraie qui ne s'oubliera pas de sitôt. Grâce au brio de ses comédiens inconnus (Vincent Rottiers et Sophie Cattani y sont particulièrement mémorables), le sujet touche le spectateur au plus haut point, lui qui s'implique tout entier dans cette quête de la figure maternelle. Sauf que rien n'est simple chez le créateur de La petite Lili. Les dialogues qu'il a concoctés en compagnie de son fils Nathan se veulent mordants, renvoyant à son obsession de la famille trouble, source de bien et de mal. Cette progression vers la lumière et la rédemption rencontrera de nombreux obstacles, dont une séquence mémorable vers la toute fin qui changera presque complètement la trajectoire du récit.
Servie par une mise en scène experte qui mise favorablement sur les intelligentes ellipses temporelles, la photographie ne manque pas de séduire. Les images aux couleurs précises et aux teintes détaillées sont suffisamment riches pour faire abstraction de ce blocage et de ces contrastes imparfaits. La piste sonore francophone en Dolby Digital 5.1 n'oublie pas de recourir aux différentes enceintes, y faisant ressortir des bruits d'oiseaux, de sirènes, d'eau et de bourrasques de vent. Les voix audibles, mais un peu faibles peuvent être accompagnées d'honnêtes sous-titres jaunes en anglais. La musique lente et progressive possède un je-ne-sais-quoi de stressant avec ses cordes qui peuvent s'affoler soudainement.
La pochette bleue dévoile le visage du jeune protagoniste. Le menu principal du DVD reprend ce plan statique, l'accompagnant d'une fragile mélodie. En plus de la bande-annonce originale et d'une série de publicités, les suppléments offrent la chance de regarder un carnet de tournage. Ce document de 37 minutes, en apparence superficiel et un peu longuet, prend son temps pour entrer dans le vif du sujet, dévoilant deux cinéastes discuter et préparer des plans, quelques auditions qui permettent aux acteurs de mieux cerner les enjeux et l'élaboration de moments importants. Il y a même les ingrédients d'une recette qui semble succulente!
Présenté par le grand Jacques Audiard (rien de moins!), "Je suis heureux que ma mère soit vivante" est une œuvre profonde et grave qui s'apprécie au fil des visionnements. Rien n'est immédiat dans cet univers de tristesse et de mélancolie où une bombe à retardement risque d'éclater à tout moment. Grâce à une réalisation attentionnée et à une interprétation de haut niveau, le film se laisse regarder avec beaucoup d'intérêt. Décidément, Claude Miller se construit une filmographie de plus en plus impressionnante, et ce nouveau tour de force est à rajouter à ses précédents efforts qui méritent presque tous le détour.
| Film | 7 |
| Présentation | 5 |
| Suppléments | 5 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 7 |