Film pessimiste et réaliste sur la Chine qui évoque le magnifique travail du cinéaste Jia Zhang Ke, le langoureux "Luxury Car" de Wang Chao dévoile lentement mais sûrement les maux qui grugent une famille et, en parallèle, la société dans laquelle elle se trouve.
Un instituteur (Wu You Cai) débarque dans la ville de Wuhan pour prévenir son fils de la maladie de sa mère. Bien qu'il ne le trouve pas, il finit par se rapprocher de sa fille (Tian Yuan), une jeune femme qui travaille comme escorte. Elle avec un client dangereux (Huang He), lui avec un vieux policier (Li Yi Quing), ils cherchent désespérément à retrouver cet homme qui n'a plus donné de nouvelles depuis déjà trop de mois.
Ancien assistant du renommé Chen Kaige, Wang Chao a volé des ses propres ailes, terminant même une trilogie sur les mutations de la Chine contemporaine. Si les deux premiers tomes sont difficiles à trouver au Québec, le troisième, "Luxury Car", après quelques détours remarqués dans des festivals (il a notamment remporté le prix Un Certain Regard au Festival de Cannes en 2006), arrive finalement en édition DVD. Ce drame lent et puissant mérite l'attention et l'investissement du spectateur.
Les enjeux sont intrinsèques, latents, se devinant par les propos sous-jacents et les situations difficiles qui ne sont jamais inutilement appuyées. La sensibilité des corps et la poésie des âmes contrastent avec un milieu plutôt dur et violent, désespérant par son espoir qui se fait parfois attendre au sein de ces classes sociales défavorisées. Vibrant d'intériorité, les acteurs campent des personnages aux multiples couches, plus grises que noires ou blanches. Le visage de Wu You Cai véhicule énormément d'émotions, les mimiques de Li Yi Quing s'avèrent irrésistibles et la performance vibrante de Tian Yuan fait oublier son précédent travail parfois trop léger et inconséquent.
Les images précises aux détails fins sont bercées par des contrastes parfois trop sombres, quelques instants de blocage et des couleurs sans éclat qui étonnent cependant lorsque les teintes et les éclairages stylisés font leur entrée. La photographie demeure à bien des égards admirables. La piste sonore en mandarin bénéficie de très visibles sous-titres blancs en anglais afin de déchiffrer les nombreux dialogues. La rare musique s'appuie sur quelques chansons variées qui apparaissent directement à l'écran. L'exploitation des enceintes, plutôt limitées, fait toutefois ressortir des bruits de sirènes, de voitures et de wagons.
La superbe pochette est à l'effigie de la très jolie héroïne. Beaucoup plus quelconque est le menu principal du DVD, pratiquement statique et sans musique, montrant une photo de l'ouvrage avec une carte géographique identifiant la Chine... Les rares suppléments donnent de l'information sur la compagnie First Run Features et Global Film Initiative, tout en regroupant quelques sorties de longs métrages chez Global Lens Collection et même une bande-annonce. C'est peu. Surtout que ce n'est pas toujours pratique d'insérer le DVD dans l'ordinateur pour seulement récupérer quelques biographies des artisans et une entrevue avec le réalisateur.
Rappelant par moments l'exquis Je vais bien ne t'en fais pas de Philippe Lioret, "Luxury Car" est un portrait touchant et hantant d'une unité familiale en plein changement qui se révèle enfin à chacun de ses membres. Une œuvre authentique qui donne réellement le goût de voir Memory of Love, le tout dernier projet de Wang Chao.
| Film | 7 |
| Présentation | 4 |
| Suppléments | 2 |
| Vidéo | 6 |
| Audio | 6 |