Jindabyne
Sony Pictures Home Entertainment

Réalisateur: Ray Lawrence
Année: 2006
Classification: 14A
Durée: 123 minutes
Ratio: 2.35:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais (DD51)
Sous-titres: Français, Espagnol
Nombre de chapitres: 18
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
27 septembre 2007

Le réalisateur de l'excellent Lantana, Jay Lawrence, retourne en Australie pour montrer comment les relations entre les hommes et les femmes peuvent être extrêmement difficiles. Porté par les magnifiques performances de Gabriel Byrne et de Laura Linney, "Jindabyne" dresse un lent et subtil portrait de la déroute humaine face aux imprévues de la vie.

La petite ville de Jindabyne en Australie est secouée par une nouvelle morbide. Lors d'une excursion de pêche, Stewart (Byrne) et trois de ses amis découvrent le corps d'une jeune aborigène. Au lieu d'aller prévenir immédiatement les autorités, les hommes décident de vaquer à leurs occupations, profitant de ce week-end loin des femmes. C'est seulement à la fin de leur périple qu'ils décident de contacter la police. De retour chez eux, ils se font pointer du doigt par la population locale. La femme de Stewart, Claire (Linney), le harcèle de questions, prenant même son courage à deux mains pour s'excuser à la famille de la défunte. Alors qu'un tueur court toujours dans la région, des couples vont se remettre en question et des disputes risquent d'éclater.

En 2007, le rare cinéma australien qui arrive à se faire une niche sur les écrans québécois traite principalement du sort des aborigènes. Le joli 10 Canoes de Rolf de Heer retourne littéralement dans le temps pour montrer les modes de vie de quelques tribus. Pour sa part, "Jindabyne" reste dans le présent, abordant plutôt de face (et même de côté) le racisme latent qui peut survenir entre les individus. Ce constat devient de plus en plus équivoque dans la deuxième partie, où les protagonistes - et principalement Linney - cherchent à racheter les erreurs des hommes. Pour aboutir à une conclusion un peu décevante ponctuée de chants, ramenant le sacré à l'ordre du jour qui prend toute son importance dans la symbiose entre le corps et l'esprit.

Avant d'en arriver là, le drame est puissant et il hante presque chaque recoin. Le film propose des pistes de réflexion sans jamais répondre aux questions. Ainsi, il sera difficile de comprendre avec exactitude la motivation des quatre hommes. Tant mieux, les interrogations restent gravées en tête longtemps après la fin du générique. Le suspense, pas toujours perceptible, revient activement à l'ordre du jour dans des scènes particulièrement effrayantes... pour mieux s'effacer par la suite. Ici, tout est question de confrontations et de rhétoriques. Ce qui arrive dans le présent ouvre des plaies du passé et ce mal non cicatrisé risque d'influencer les choix futurs. À ce chapitre, ce n'est pas surprenant que l'intrigue s'intéresse à des personnages secondaires et même à des enfants. La culpabilité est partout, baignant à outrance le thème de l'eau, rongeant les interprètes de l'intérieur. Par son jeu introspectif, Gabriel Byrne peut être touchant et méchant dans la même scène. Face à lui, Laura Linney se désagrège, éclatant par morceaux, une colère et une incompréhension qui ne laisse pas indifférent.

La musique fantomatique recrée une ambiance de morts qui glace le sang. Ces airs inquiétants, rapidement étouffants, lacèrent les sens, les rendant plus souples. Ce climat d'étrangeté est maximisé par des haut-parleurs qui laissent souvent échapper des bruits d'eau qui s'écoule, de vent qui souffle et d'animaux qui hurlent. Malgré le coin de pays, les accents utilisés ne sont pas trop problématiques et en cas de besoin, il y a d'excellents sous-titres jaunes en français et en espagnol. Le seul petit hic se situe au niveau de l'intensité des voix, un peu trop faible. Les paysages sauvages amènent une rigidité à l'intrigue. Les couleurs, plus réalistes qu'éclatantes, sont de belle facture. De leurs côtés, les contrastes ne sont pas aussi inattaquables. Une certaine blancheur (d'âme à la dérive?) semble présente dans l'air le jour et le soir, du grain peut apparaître au sein des profondeurs de la nuit.

La pochette, dans des tons de bleu (la couleur dominante du long-métrage), montre différents visages, ayant en son centre de l'eau et des rochers. Le menu principal du DVD, encore plus ordinaire, est à l'effigie de quelques protagonistes. Si la navigation se veut aisée, elle est également terne, sans mouvement ni mélodie. Les suppléments forment un triptyque un peu inégal. Il y tout d'abord une douzaine de bandes-annonces de productions de Sony Pictures. Il y a ensuite trois scènes retranchées. Ces séquences, généralement intéressantes, ont été enlevées pour des bonnes raisons : elles ne rajoutent rien au résultat final et, surtout, elles auraient alourdi davantage le rythme de l'intrigue, qui est tout de même plus proche de la tortue que du lièvre. La seule cerise réellement nutritive est ce documentaire de trente minutes sur le tournage. Il est possible de voir l'équipe technique en train de tourner et les comédiens expliquent pourquoi ils ont participé à ce projet. Le cinéaste parle du sujet, ce qui l'a motivé et comment il a pu vendre cette idée. Pour une fois, presque aucun détail n'a été négligé.

Lent et un peu long, "Jindabyne" fait parti de ces drames de mœurs où il faut s'investir pour ne pas être largué après la première lame de fond. En apparence, il ne s'y passe strictement rien. Pourtant, les combats verbaux et psychologiques entre les êtres sont nombreux. Le film mérite le détour uniquement pour les affrontements destructeurs entre Laura Linney et Gabriel Byrne, des beaux personnages en trois dimensions comme il s'en fait si peu.


Cotes

Film7
Présentation3
Suppléments4
Vidéo7
Audio7