Réalisatrice des excellents Nettoyage à sec et Entre ses mains, Anne Fontaine se perd quelque peu dans "La fille de Monaco", un amalgame de genres qui ne convainc qu'à moitié. Il y a cependant de très bons acteurs pour faire avaler la pilule.
Lors d'un important procès dans la ville de Monaco, maître Bertrand Beauvois (Fabrice Luchini) reçoit la protection du garde du corps Christophe (Roschdy Zem). Tout se déroulerait normalement si la jeune arriviste et prosaïque Audrey (Louise Bourgoin) n'était pas dans le portrait pour séduire l'avocat et le manipuler à sa guise. Difficile de travailler lorsque l'esprit est occupé ailleurs.
Ce nouveau film d'Anne Fontaine aborde à nouveau ses thèmes fétiches: luttes de classes sociales, relations parfois houleuses entre les hommes et les femmes, des amitiés douloureuses, la montée du désir, la séduction à tout prix, etc. Il est même question de trahison, de sacrifice et de rapports particuliers impliquant un dominant et un dominé. Le tout est servi dans un enrobage peu orthodoxe, à mi-chemin entre le drame et le suspense, prenant comme témoin ce procès qui s'avère l'idéale mise en abyme des troubles relationnels des individus.
Devant autant de ruptures de ton, il faut prendre l'entreprise au second degré, comme une énorme comédie décalée dont les répliques font beaucoup rire. Cela permet de mieux accepter ces quelques invraisemblances et ces situations qui dépassent l'entendement. Les dialogues, incisifs, sont portés par la verve habituelle d'un Fabrice Luchini en grande forme. Après l'inégal Paris de Cédric Klapisch, il est toujours surprenant de constater que de jolies et séduisantes demoiselles extrêmement jeunes s'intéressent à lui presque immédiatement. Dans un rôle flamboyant, Louise Bourgoin finit cependant par énerver, ce qui est tout le contraire de Roschdy Zem dont l'intensité n'en démord pas.
La photographie luxueuse fait habilement ressortir le côté kitch de Monaco. Les images parfois trop sombres sont baignées par d'agréables couleurs, une juste définition des contours et des contrastes généralement dans le ton. Du blocage se fait toutefois remarquer sur quelques textures. Les pistes sonores francophones relèvent quelques éléments des multiples enceintes (du bruit de discothèque, de la pluie, des cris, etc.) en prenant toujours soin de ne jamais entraver les voix. D'assez visibles sous-titres blancs en anglais sont présents afin de rejoindre un public encore plus large. La légère partition musicale de Philippe Rombi est accompagnée de quelques tubes plus dansants.
La pochette ludique met l'emphase sur le corps de la femme fatale, ce qui est toujours une bonne idée. Le menu principal du DVD reprend cette pose statique en l'accompagnant d'une mignonne mélodie. Outre la bande-annonce originale et un peu de publicités, les suppléments permettent à Louise Bourgoin de parler de son personnage et de faire partager sa première expérience d'actrice. Il y a surtout une hilarante piste de commentaires de Fabrice Luchini et d'Anne Fontaine. Pendant que monsieur aimerait bien revoir tranquillement le long-métrage, madame le relance constamment, ce qui donne une dynamique assez comique parsemée d'anecdotes révélatrices.
Bien que "La fille de Monaco" soit une œuvre mineure chez cette cinéaste qui commence à ressembler de plus en plus à un pendant féminin de Claude Sautet, elle demeure nettement plus divertissante et agréable que le formaté Coco avant Chanel de la même metteure en scène. Il faut seulement ne pas oublier de ne rien prendre au sérieux et de se laisser porter par l'humour qui se révèle mordant et implacable. Pour une rare fois, le deuxième visionnement est meilleur que le premier.
| Film | 6 |
| Présentation | 5 |
| Suppléments | 5 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 7 |