Comédie noire dans la vague des meilleurs films des frères Coen, "Louise-Michel" ne fait aucune concession en s'attaquant au délicieux monde du travail. De quoi mourir de rire... littéralement!
Le cinéma franco-belge n'est pas sain. Pendant que les drames des frères Dardenne font frissonner tant ils s'inscrivent dans la difficile réalité, les comédies bizarres dérangent par leur traitement incongru. Après Eldorado et ses grands espaces à la Kaurismäki et en attendant le très particulier La merditude des choses, place à "Louise-Michel" du tandem Gustave Kervern et Benoît Delépine qui offre les rires les plus acidulés des dernières années.
Quoi faire lorsque l'usine ferme ses portes et qu'elle déménage ses pénates à l'extérieur du pays en cette époque où la mondialisation est reine? Pourquoi ne pas se débarrasser du patron? C'est la conclusion qu'optent les employés nouvellement au chômage. Cette idée est issue de l'énigmatique et peu loquace Louise (Yolande Moreau), et c'est le tueur à gages incompétent Michel (Bouli Lanners) qui doit s'acquitter du contrat...
Les limites. C'est ce que cherchent de plus en plus à repousser les réalisateurs lorsqu'ils font de l'humour. Que ce soit par le mauvais goût ou la mignonnerie, tous les moyens sont bons pour surprendre l'auditoire. Le nouveau long-métrage des réalisateurs d'Avida et Aaltra utilisent plutôt l'ironie et le sarcasme afin d'arriver à leurs fins. Et leur traitement, sardonique à souhait, ravira au plus haut point les amateurs du genre qui n'ont pas froid aux yeux.
Un peu à la façon de Le couperet de Costa-Gavras, c'est la tête dirigeante des compagnies - donc de la société civile - qui est prise pour cible. Par des gens de la plèbe, idiots et profondément stupides, qui ont plus d'un tour dans leur sac pour se faire valoir. Cette prémisse, engagée et pas toujours subtile, nage sur un océan de surprises. Rien n'est réellement ce qu'il semble paraître, et la réalité est encore plus troublante que les illusions. Surtout lorsque les cadavres s'accumulent et qu'il est difficile de trouver qui est réellement responsable de cette fermeture brutale et inhumaine.
Par souci de vérité, la mise en scène épouse parfois celle du documentaire. Il y a peu de plans, et ces derniers demeurent longs et statiques. Tout pour recréer un malaise, un sentiment de vulnérabilité où le spectateur ne sait pas toujours s'il doit rire aux larmes ou se cacher sous son siège. Une sensation tout à fait normale qui se dissipe graduellement à mesure que l'absurdité prend toute la place.
Si éloignée de sa magnifique Séraphine, Yolande Moreau campe toujours à la perfection la voisine troublante et sans manière. Son duo fonctionne parfaitement avec un hilarant Bouli Lanners qui offre un jeu d'un pathétisme assumé. À leurs côtés se trouvent de nombreux personnages colorés qui sont notamment interprétés par Benoît Poelvoorde, Mathieu Kassovitz, Philippe Katerine et Albert Dupontel. De quoi rester jusqu'à la fin du générique où les gags incommensurables ne semblent jamais vouloir se terminer.
Les mélodies tout à fait appropriées de Gaétan Roussel (de Louise Attaque et Tarmac) campent une atmosphère aussi chargée qu'étonnante. Quelques titres anglophones s'échappent de ce brouhaha, tout comme un succès de Katerine. La piste sonore francophone, assez immersive dans sa façon de faire ressortir des différentes enceintes de bruits de balles, de rires, d'explosions et d'alarmes, n'empiète pas trop sur les voix qui demeurent généralement compréhensibles. L'absence de sous-titre empêchera toutefois un public anglophone de bien saisir la subtilité des dialogues. La qualité de l'image est plus que correcte. Même si du grain, des égratignures et du blocage se font parfois ressentir, les contrastes demeurent nuancés, tout comme les couleurs de plus en plus éclatantes et des teintes qui finissent par surprendre positivement.
La pochette représente les deux héros qui semblent contents de faire la peau à une troisième personne. Plus banal est le menu principal du disque, statique et sans musique, qui représente uniquement les deux protagonistes. Hormis quelques bandes-annonces qui apparaissent une fois l'insertion du DVD, aucun supplément n'est disponible.
Ce n'est pas tout le monde qui rira devant "Louise-Michel" et c'est tant mieux ainsi. Loin de vouloir faire consensus, cette brillante et intelligente gifle envers le monde du travail s'adresse aux esprits les plus noirs et les plus tordus, ceux qui souhaitent secrètement prendre les armes pour réparer les injustices. Par son déroulement d'une profonde originalité et son impressionnante distribution, il s'agit sans aucun doute d'une des comédies les plus mordantes des derniers temps. À consommer sans modération.
| Film | 8 |
| Présentation | 3 |
| Suppléments | - |
| Vidéo | 6 |
| Audio | 7 |