Drame familial où de lourds secrets y sont révélés, "Mères et filles" de Julie Lopes-Curval est un hommage aux femmes qui est porté par trois actrices d'exception. Principalement pour elle, mais également pour lui.
Trois générations de mères et de filles n'auront aucun autre choix que de s'ouvrir une envers l'autre. Afin de mieux connaître la femme (Catherine Deneuve) qui l'a mise au monde, Audrey (Marina Hands) décide d'enquêter sur sa grand-mère (Marie-Josée Croze) qui a disparu sans prévenir personne.
Le destin n'est jamais coulé dans le béton. Après avoir remporté la Caméra d'Or en 2002 avec son séduisant Bord de mer, la réalisatrice et scénariste Julie Lopes-Curval obtenait une première prise avec son banal Toi et Moi. Au lieu de se décourager, elle a pris son courage à deux mains en travaillant plusieurs années sur "Mères et filles".
Aux premiers abords cela ne paraît guère. La prémisse n'est pas particulièrement nouvelle, quelques scènes semblent empruntées à gauche et à droite (la supposée romance avec le photographe fait écho au beaucoup plus puissant Everlasting Moments) et la révélation finale se devine longtemps en avance. Pourtant, c'est en laissant de côté l'histoire qu'il est possible de se concentrer sur ce qui est réellement essentiel.
Les thèmes en place traitent de famille divisée, de culpabilité et de la peur de refaire continuellement les mêmes erreurs avec beaucoup de sensibilité et de justesse, rappelant par la bande les luttes féministes qui se tiennent à toutes les époques. La mise en scène joue intelligemment des ellipses, obligeant le passé à répondre au passé et vice-versa. Et il y a les dialogues, efficaces et ravageurs, qui peuvent parfois rappeler le ton utilisé chez Arnaud Desplechin.
Surtout que l'interprétation se démarque rapidement de l'anecdote. Marina Hands guide le récit avec maestria, posant des questions tout en se dévoilant, ce qui renforce du coup l'impact de son personnage. Toujours aussi féroce qu'impériale, Catherine Deneuve ressemble à ce félin fatigué qui aimerait panser ses blessures. Dans un rôle plus ingrat, car beaucoup moins développé, Marie-Josée Croze incarne avec tendresse cette figure insaisissable de la mère fantôme qui hante ses proches par ses mystères.
Les images sont solides sans être éblouissantes, ce qui permet notamment aux couleurs d'être justes et aux contrastes de faire une bouchée du blocage qui peut apparaître ici et là. Les agréables airs instrumentaux surgissent des différentes enceintes, tout comme le bruit des véhicules et des vagues. La piste sonore francophone en Dolby Digital 5.1 se concentre toutefois sur les voix, claires et audibles. De très visibles sous-titres jaunes en anglais sont également disponibles.
La pochette manque un peu de piquant, présentant simplement les trois comédiennes. Le menu principal du DVD reprend ce concept statique en y rajoutant une agréable mélodie. Les suppléments sont pauvres: il faut se contenter de la bande-annonce et d'une série de publicités.
Collaboration entre la France et le Québec (la trame sonore est de Patrick Watson, Romano Orzari apparaît furtivement à l'écran, et l'héroïne habite Toronto comme dans la chanson de Vincent Delerm), "Mères et filles" distille un charme certain, qui s'exprime dans sa façon de traiter un sujet aussi éprouvé. Un petit tour de passe-passe qui est notamment possible grâce au brio de ses actrices. À voir en famille... pour ainsi débuter une conversation sur le passé!
| Film | 7 |
| Présentation | 4 |
| Suppléments | 1 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 7 |