Monstre sacré du théâtre français, Jean-Baptiste Poquelin, mieux connu sous le sobriquet de Molière, n'a pas eu une œuvre aussi souvent adaptée et modernisée que celle de son alter ego anglais William Shakespeare. Là où le barde britannique voit ses pièces portées à l'écran régulièrement, que ce soit pour la télévision ou le grand écran, les textes de Molière tendent à rester confinés aux planches des théâtres pour lesquels ils furent créés. En revanche, la vie personnelle de l'auteur français a quant à elle fait plus jaser que celle de Shakespeare.
Pour preuve trois films biographiques relativement récents portants sur la vie de l'auteur: le légendaire Molière d'Ariane Mnouchkine, Le Roi danse de Gérard Corbiau portant sur la vie et la rivalité à la cour de Molière et du compositeur Jean-Baptiste Lully et le tout dernier "Molière" du réalisateur Laurent Tirard.
Là où les deux autres films se penchaient sur un Molière arrivé au sommet de son art et de sa gloire, celui de M. Tirard se concentre sur les débuts du scribe, sur sa jeunesse jouant les comédies avec sa troupe sur les routes de France. Plus spécifiquement, le scénario parle d'un épisode déclencheur où l'auteur (Romain Duris), suite à une performance remarquable, est engagé chez un riche marchand (Fabrice Luchini) pour l'aider à mettre au point une petite pièce de son cru dont la représentation devrait lui assurer les bonnes grâces d'une jeune marquise (Ludivine Sagnier) et l'accès à son salon et son lit. Hors, les choses ne se déroulent pas comme prévu et l'arrivée dans le décor de la femme de Luchini, jouée par l'Italienne Laura Morante, compliquera grandement la tâche de Monsieur Poquelin.
Truffé de références à l'œuvre théâtrale de Molière et de citations tirées de ses pièces, le film souffre un peu d'un syndrome d'admiration excessive des scénaristes pour leur personnage et d'un manque de recul complet faisant en sorte que des petites banalités sans intérêt nous sont présentées comme des événements importants qui ne méritaient pas tant d'attention. De plus, le film tarde à décoller et souffre de quelques longueurs. La direction d'acteurs aussi est un peu boiteuse et même Romain Duris semble parfois perdu dans son rôle, lui qui est toujours si impeccable. Il en va de même pour Ludivine Sagnier, excellent dans les films de François Ozon, qui semble ici mal à l'aise en Marquise à la langue acérée. Même Édouard Baer un acteur qu'on voit de plus en plus dans les comédies françaises n'arrive pas à bien cerner son personnage.
Le long-métrage est tout de même sympathique et nous permet aussi de faire la lumière sur une période moins connue de la vie de l'auteur, même si cet épisode est grandement romancé. Peut-être l'humour qu'on y a insufflé dérange un peu en comparaison de la gravité des situations décrites. Un peu comme si les scénaristes avaient jugé opportun de glisser quelques éléments de farce "à la Molière" pour dédramatiser le sujet. Mais n'est pas Molière qui veut...
Au niveau visuel, le film et le DVD sont impeccables. Belles couleurs, beaux dégradés, beau transfert. Les éclairages sobres demi-tons des intérieurs de la maison de Fabrice Luchini font bon contraste avec les splendeurs des jardins et des extérieurs. Une lumière bien maîtrisée permet de faire ressortir la splendeur des décors et des costumes de l'époque. Au niveau sonore, un bon travail aussi. Autant les échos des salles de théâtre que les chuchotements des acteurs en pleines messes basses sont bien rendus. La reproduction de l'ambiance d'époque est aussi intéressante surtout pour les séquences extérieures de foule et de prison. La musique supporte bien les scènes sans en voler la vedette. Elle sert en fait beaucoup de transition entre les différents lieux et temps du scénario.
En suppléments, on retrouve une revuette sans grande imagination sur le tournage du film avec les entrevues habituelles des producteurs, acteurs, réalisateurs et scénariste nous expliquant le comment du pourquoi et que c'est donc merveilleux tout ça tralala!
| Film | 7 |
| Présentation | 7 |
| Suppléments | 5 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 8 |