Suspense prenant élégamment écrit et interprété, "Mort d'un pourri" rappelle qu'Alain Delon est à son meilleur lorsqu'il est au service d'une histoire solide et que le scénariste Michel Audiard est un des dialoguistes les plus remarquables du cinéma français.
En voulant aider un ami haut placé qui a commis un meurtre, Xavier Maréchal (Alain Delon) met la main sur une liste où sont inscrits les scandales impliquant les principaux hommes politiques de la France. Du jour au lendemain, des gens le suivent dans la rue, d'autres cherchent à l'assassiner et les personnes qu'il aime meurent soudainement. Entre la police et les truands, la marge semble parfois bien mince.
La corruption est un sujet qui fascine. Surtout celle qui survient dans le domaine policier. C'est justement le cœur de ce très bon long-métrage efficacement mis en scène par le vieux routier Georges Lautner. Comme c'était souvent le cas, ce réalisateur malheureusement oublié a fait appel au prolifique Michel Audiard pour transposer ce roman de Raf Vallet. Le scénario, brillant et judicieusement récompensé aux César, tient en haleine malgré quelques baisses de régime dans la seconde moitié. Les dialogues sont caustiques à souhait et la progression alterne favorablement les séquences de réflexions et les scènes d'action.
Ce film noir ne brille peut-être pas par son originalité, mais ses thèmes matures, complexes et même avant-gardistes (la mondialisation du crime et le capitalisme à tout prix sont au premier plan) captivent aisément. Tout comme sa distribution en tout point impeccable. Il y a bien entendu Alain Delon qui n'abuse pas de son magnétisme légendaire. Habillement dirigé, il s'avère implacable comme le roc, prêt à tout pour arriver à ses fins. Autour de lui se trouve un Michel Aumond en pleine forme, un Jean Bouise qui se plaît à réciter ses superbes répliques et un Klaus Kinski qui n'apparaît malheureusement pas assez souvent.
Les qualités techniques de ce titre laissent grandement à désirer. Les images sont ternes, vautrées dans le grain, les égratignures et les traces de changements de bobines. Les couleurs, intéressantes, manquent d'éclat, tout comme les contrastes qui laissent toutefois une belle part aux ombres. La somptueuse musique de Philippe Sarde ne fait pas oublier cette élémentaire piste sonore francophone qui s'intéresse seulement aux enceintes avant. Les voix semblent parfois provenir de loin et les nombreux dialogues généralement audibles ne peuvent être nullement appuyés de sous-titres.
L'intrigante pochette montre une liste de suspects et un homme pris pour cible. Le menu principal du DVD, statique et sans intérêt, fige une photographie d'Alain Delon qui est accompagnée d'une belle mélodie au saxophone. Encore une fois, il faudra sans aucun doute se tourner vers une édition provenant de France pour obtenir le moindre supplément.
"Mort d'un pourri" est une œuvre intelligente et captivante. Le scénario est béton, les citations cultes sont nombreuses et le jeu des comédiens s'avère inébranlable. Même Alain Delon, qui prend généralement beaucoup d'espace, sait être à sa place lorsque le moment le mérite. À tel point qu'il a même reçu le César du meilleur acteur pour cette prestation sobre et nuancée. Cette fois, le film ne porte pas uniquement sur ses épaules, et c'est tant mieux. Dès que l'intrigue est sur le point de s'essouffler, la distribution secondaire revigore efficacement l'entreprise. À redécouvrir.
| Film | 7 |
| Présentation | 3 |
| Suppléments | - |
| Vidéo | 4 |
| Audio | 5 |