Bien qu'il soit maintenant bien établi comme réalisateur de drames psychologiques d'auteur, le Français Claude Miller a déjà mis en scène des films aux scénarios moins rectilignes (quoique toujours intéressants). L'exemple parfait en est ce "Mortelle Randonnée" réalisé en 1982. Étrange polar mettant en vedette Michel Serrault et Isabelle Adjani (avec de petits rôles pour Sami Frey, Guy Marchand et un Stéphane Audran méconnaissable), ce petit bijou plaît à la fois pour son ambiance glauque parfaitement maîtrisée, pour ses personnages ténébreux et attirants, pour sa musique lugubre et captivante et pour son scénario et ses dialogues savoureux (le roi Michel Audiard et son fils Jacques, maintenant réalisateur capable). La seule ombre au tableau, s'il faut vraiment en trouver une, serait les vêtements et coupes de cheveux des années 80, toujours aussi hideux.
Serrault joue le rôle d'un détective privé, "L'œil", un peu désabusé et vieillissant, qui s'accroche à son profond désir de retrouver un jour sa fille Marie qu'il n'a pas connue puisque la mère de celle-ci l'a brutalement quitté en coupant les ponts alors qu'elle était enceinte. Lorsqu'il se retrouve sur une affaire de disparition et doit suivre une jeune fille (Adjani) ayant l'âge de "sa" Marie, il perd un peu la carte et s'imagine qu'il l'a retrouvée et doit la protéger. Quand il découvre que cette dernière est en fait Catherine Leiris, une jeune délinquante draguant puis tuant des hommes riches pour les voler, il refuse de la faire arrêter et décide de la suivre partout en Europe pour l'épier et en apprendre plus sur sa vie. Même si cela veut dire jouer dans l'ombre et aider à faire disparaître des traces, comme des cadavres de beaux, laissées par la veuve noire parfois imprudente. Il ira même jusqu'au meurtre pour protéger sa supposée proie.
Prodige d'économie de dialogues et de suspense noir, le film de Miller, adapté du roman Eye of the Beholder de Marc Behm (dont incidemment l'Australien Stephen Elliott avait fait une autre adaptation bien moins réussie - et tournée à Montréal!- avec Ewan McGregor et Ashley Judd) captive du début à la surprenante fin. Les monologues de Serrault, amoureux platonique de la criminelle qu'il poursuit, sont à la fois exquis et inquiétants quant à la sanité du personnage. Adjani est plus poseuse et tend à trop jouer des yeux, mais son personnage cruel, sensuel et noir lui va à la perfection. Et puis le couple de maîtres-chanteurs de Guy Marchand et Stéphane Audran fait joyeusement déraper le tout à un moment donné et permet de donner un second souffle à cette mortelle randonnée!
Au niveau de la qualité vidéo, on ne peut pas dire que ce soit aussi mémorable que le film lui-même. Un minimum de soins et de dépenses a été prodigué pour améliorer la copie de transfert et bien qu'il n'y ait pas de défauts majeurs apparents, il reste que le film manque un peu d'éclat. Bien entendu il fallait respecter le choix artistique d'une direction photo sombre et parfois bizarre (qui se marie à la perfection avec l'ambiance générale du long-métrage), mais un petit peu de travail esthétique sur la luminosité des couleurs et sur les détails en général n'aurait pas nuit.
Pour le son, la piste stéréo manque un peu de punch et les monologues de "L'œil" sont un peu trop étouffés, les rendant difficiles à comprendre. D'autant plus que Michel Serrault a toujours eu une diction et une élocution, disons, "très personnelles". Les ambiances sonores sont aussi parfois un peu distantes et auraient bénéficié d'un peu plus de rondeur. Il n'y a pas de suppléments.
| Film | 9 |
| Présentation | 6 |
| Suppléments | - |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 6 |