Brillante réflexion sur les liens qui peuvent unir une mère à son enfant, "Mother" est également un époustouflant moment de cinéma qui exploite pratiquement tous les genres pour mener son spectateur en bateau. Le type de projet qui aurait certainement rendu fier Alfred Hitchcock.
Le simple d'esprit Do-joon (Won Bin) est dans le trouble. Il est accusé d'avoir tué une jeune fille. Sa mère dévouée (Kim Hye-ja) est prête à remuer ciel et terre pour le sortir du pétrin. Plus elle enquête sur cette mystérieuse histoire et plus elle se rend compte qu'il n'y a rien de pire que de se fier aux apparences.
Une prémisse toute simple pour un essai qui est tout sauf conventionnel. En fait, l'ombre du classicisme pointe souvent son nez à l'horizon au gré des révélations, avant d'être balayé du revers de la main. Non, cela ne peut pas être si évident, la logique ne peut pas être si "normale" comme dans les misérables téléfilms Millénium. Au contraire, il faut envisager le tout selon une perspective tordue, un immense casse-tête dont les pièces s'emboîtent parfaitement, avec un rythme qui permet de reprendre son souffle et d'analyser où en est exactement l'héroïne dans sa quête de vérité et, ultimement, de survie.
Car en dehors de l'excuse cinématographique (l'intrigue policière n'est là que pour donner un sens aux personnages) émane une famille brisée, sans père, dont les survivants cherchent à recoller les morceaux. Un fils innocent qui ne ferait pas de mal à une mouche, mais qui se laisse influencer par tout le monde. Et une mère protectrice, autoritaire, qui est prête à se sacrifier pour éviter la souffrance. Deux parcelles d'une même personne dont les liens, parfois discutables, fascinent plus qu'ils ne rebutent, comme Norman Bates et sa mère, mais avec une finale complètement différente. Des pivots que viennent souligner une interprétation de haut niveau, dominée par la présence impériale de Kim Hye-ja.
Possiblement le cinéaste inconnu le plus représentatif de la dernière décennie, le Sud-Coréen Bong Joon-ho vient d'accoucher de son meilleur effort. Sa façon de filmer, de s'attacher aux corps, d'attraper la moindre petite parcelle en apparence futile force l'admiration tant elle semble intrinsèque. Tout comme son utilisation de sa splendide photographie réaliste et de sa trame sonore hyper mélodique qui en fait possiblement l'œuvre de la maîtrise, de la maturité. Comme dans ses précédents Memories of Murder et The Host, il ne manque pas une occasion d'écorcher l'autorité, filmant avec un humour satirique et absurde ces policiers incompétents qui se pressent à arrêter un homme qui n'est pas conforme aux standards de la société, ces journalistes qui ne remettent rien en question, et ces avocats qui ne se soucient guère de la justice. Une charge sociale toujours appréciable, quoique un peu plus en filigrane dans ce cas-ci.
Les images sombres et austères donnent une nouvelle dimension aux ombres et aux paysages. Bien que le blanc semble rapidement dominer la palette des couleurs, la noirceur des contrastes ne tarde pas à prendre sa place. Les reflets soignés finissent par avoir le dessus sur le grain qui peut apparaître en de rares occasions. La piste sonore coréenne en Dolby Digital 5.1 est étonnamment active, regorgeant de bruits de vent, d'éclairs, de pluie, de klaxons, de voix et de verre brisé. Afin de saisir les dialogues, il y a de parfaits sous-titres blancs en anglais et en espagnol qui se lisent sans aucune difficulté.
La superbe pochette montre le personnage principal. Le tout ressemble à une véritable peinture tant les détails sont nombreux et appréciables. Le menu principal du DVD reprend l'ouverture du récit. La protagoniste bouge doucement sur une mélodie inoubliable. Bien que le boîtier n'annonçait aucun supplément, les bonus sont nombreux et très intéressants. Il y a tout d'abord un long documentaire de 29 minutes sur le tournage. Il est possible de voir le réalisateur en action, dirigeant ses comédiens tout en préparant ses scènes. Le tout est complété par des segments incroyablement éclairants sur le rôle de la musique, l'apport des acteurs de soutien, le soin apporté à l'image et à la création de l'atmosphère. Plusieurs artisans défilent à l'écran, développant sur leurs fonctions et le processus de création de Bong Jooh-ho. Un véritable coffre aux trésors, où il manque cependant une ou deux pistes de commentaires. Une série de bandes-annonces vient compléter le tout.
À l'image des meilleurs opus du cinéma sud-coréen des dernières années (dont le filon semble avoir un peu ralenti vers 2006, hormis certaines exceptions notoires, comme le remarquable The Chaser de Na Hong-ji), "Mother" est un drôle de monstre, mi-sérieux mi-comique, dont la tangente du suspense (avec ses règles de base - façon Scream - qui rappellent qu'on tue seulement par amour, pour de l'argent ou par vengeance) ne sert qu'à dissimuler une intense joute psychologique intérieure, celle de vouloir ou non un jour couper le cordon familial. Une décision plus physique qu'intellectuelle dont l'étonnante introduction et la sublime conclusion qui vient refermer la boucle n'éclaircissent presque en rien ce mystère. Soit l'amour que porte une mère à son enfant, coûte que coûte. Aisément une des plus grandes réussites de l'année.
| Film | 9 |
| Présentation | 7 |
| Suppléments | 7 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 8 |