Décidément, la France s'est donnée comme mission de nous offrir des petits bijoux cinématographiques aussi irrésistibles qu'audacieux une si ce n'est plusieurs fois par année. Cette fois-ci, la chance retombe à nouveau entre les mains de Jacques Gamblin qui, après avoir interprété le patriarche du clan dysfonctionnel, mais attachant de la famille du magnifique Le premier jour du reste de ta vie, a le bonheur de souscrire aux charmes uniques de Sara Forestier.
Film qui évoque, témoigne et représente parfaitement bien son époque en multipliant les fantaisies, "Le nom des gens" se permet également, à mi-chemin entre la critique satyrique et politique, de tisser une justesse et une profondeur qui repose sur le réalisme de ses personnages qui semblent à priori plus grands que nature.
Ce qu'il y a de mieux par contre, c'est que le film n'oublie jamais qu'un personnage est dû à plusieurs autres ce qui implique que chacun des deux protagonistes trouvent autour de soi ceux qui ont fait ce qu'ils sont devenus aujourd'hui. Il y a donc Arthur Martin et Bahia Benmahoud, issus d'univers complètement différents, mais unis dans un seul et même pays qui les amènera à succomber à l'un et l'autre, ce, même si tout les séparera.
Loin d'être fataliste, le long-métrage de Michel Leclerc charme par la sincérité que son oeuvre laisse entendre. Les textes qu'il a co-écrit avec Baya Kasmi ont une saveur qui semble parfaitement personnelle et évoque dans le plus profond des tranches de vie, une série de faits qui ne doivent certainement pas tenir fruit du hasard. Du coup, des monologues à la lumineuse introduction, grâce au rythme trépidant, très rapide (trop même!) qui nous surprend à chacun de ses détours par la spontanéité d'ensemble, on se laisse avoir et on ne cesse d'avoir les yeux qui pétillent face aux nombreux moments de bravoure et d'ingéniosité.
Puisque voilà, on traite ici de sujets qui pourraient servir de fond assez important à des drames très lourds, des noirs secrets du passé à la quête identitaire des descendances, en mentionnant d'un côté autant le déni que le fait de se remémorer ou de simplement ignorer ce qui semble important, le film étale avec brio des attitudes que les grands fléaux d'hier force les gens d'aujourd'hui à adopter. Cette réflexion sur la démultiplication des origines et son écho face à l'ultime pureté trouvant ici des résonnances tout simplement admirables.
Du coup, outre nos deux protagonistes admirablement interprétés et d'une fraîcheur qu'on adopte dès leur première apparition, chapeau aux personnages des parents qui n'ont pas à pâlir compte tenu de la distribution choisie qui les interprète. Effacés dans le détachement et le silence, Jacques Boudet et Michèle Moretti s'avèrent adorables dans le rôle des Martin, alors que, dans la peau des Benmahmoud, Carole Franck, qu'on avait trouvé aux côtés de Forestier dans le génial L'esquive d'Abdellatif Kechiche qui a fait découvrir cette jeune dernière, explose de prestance comme elle en a l'habitude, tout en contraste avec le réservé, mais crève-coeur Zinedine Soualem, dans un rôle trop bien écrit pour être vrai.
Armé de trouvailles qui se multiplient à vue d'oeil, vif et moderne, le film semble réinventer la comédie romantique en allant au-delà de l'amour et se voulant plus profond que la simple farce politique qu'il semble prédominer sous ses premiers attraits. Foncièrement vivant et véritablement vivifiant, impossible de ne pas être séduit et touché alors que s'alternent les tons avec bonheur.
Mieux, on se fait également plaisir d'un point de vue technique en multipliant les effets lors des flashbacks et en se permettant plusieurs libertés comme dans l'incorporation des divers personnages multi-époques. Parfaitement dans l'esprit qu'on mène de l'avant, l'image, particulièrement claire, charme rapidement le visage et séduit par la justesse des éclairages qui savent circonscrire à la France allumée qu'on veuille mettre de l'avant, tout en parallèle de celles plus monochrome et limitée qu'on critique. Du point de vue sonore, on ne perd pas une parole qui ne cesse de nous lancer des répliques aussi cinglantes que réfléchies, alors qu'ils se marient à la judicieuse et délicieuse trame sonore, tantôt mignonne, tantôt féérique, tantôt dramatique, concoctée par Jérôme Bensoussan et David Euverte, avec ce même amour particulier qui semble envahir tout le long-métrage et sa création.
La présentation a opté pour la maturité et la simplicité. Aucun supplément, mais la pochette égaye rapidement le regard, comment ne pas être attiré par ce poster subtil, mais aguichant, usant, comme dans le film, des charmes naturels de Forestier. Le menu DVD fixe reprend l'image et garde en fond de façon subtile un extrait de la trame sonore. Les mentions élogieuses tapissent la pochette DVD qui inclus des photos du film qui ressortent surtout le côté "bizarre", alors que sur le dessus, on apprend que le film a remporté les césars mérités du meilleur scénario et de la meilleure actrice en France. À noter également que malgré quelques similitudes, le synopsis français et celui anglais diffèrent un peu l'un de l'autre.
Enfin, "Le nom des gens" est un immanquable pour tous ceux amoureux de films uniques en leur genre, brillants et charmants. Représentant important de son époque, Leclerc, après un J'invente rien! peu mémorable, revient en force de manière inattendue et, avec ses comparses trouvent une façon admirable d'aborder notre époque et ses multiples fardeaux en marquant les esprits par des moments forts qui divertissent autant qu'ils font rire. Un film réussi sur tous les fronts qui mérite une attention particulière. Un bijou, un vrai, qu'il ne faut rater sous aucun prétexte.
| Film | 9 |
| Présentation | 7 |
| Suppléments | - |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 8 |