Magnifique documentaire qui fait presque objet de testament, "Les plages d'Agnès" est un mémento à chérir qui en dit long sur la femme et l'artiste qui a sans cesse bouleversée le septième art.
Agnès Varda est une cinéaste émérite qui a marqué de son sceau indélibile le cinéma par ses opus de fiction et de documentaire. Déjà présente lors de l'influente Nouvelle Vague française, elle s'est laissée guidée par ses envies, offrant quelques chefs-d'œuvre en puissance, dont Cléo de 5 à 7 et Sans toit ni loi. Au 21e siècle, elle n'a toujours pas dit son dernier mot, se faisant remarquer par son excellent effort Les glaneurs et la glaneuse.
Pour son nouveau "Les plages d'Agnès" qui a obtenu le César du meilleur documentaire en 2009, elle revient sur son enfance et sa vie, sa carrière et ses amours avec l'illustre réalisateur Jacques Demy. Âgée de plus de 80 ans, elle n'a rien perdu dans sa façon d'exploiter son médium, utilisant de fabuleux jeux de miroirs et de sidérantes mises en abyme pour parler de son art. Elle reconstitue ses souvenirs, élaborant une réflexion sur le jeu et la mise en scène, saupoudrant le tout de flashs surréalistes.
Le résultat s'avère impressionnant. Cette femme inaccessible livre une grande parcelle de sa personne sur un ton humaniste et intimiste, recourant aux plages qui l'ont marquées, donnant beaucoup d'espace à ses enfants et aux êtres qui lui sont importants. Ce portrait autobiographique est doublé d'une réflexion sur le changement, sur les lieux et sur l'histoire, à la fois sur celle des individus que des rouages de Méliès, dont l'odyssée de la vie ne peut que changer les êtres, les amenant ailleurs, les faisant dériver au gré de la marrée.
Afin de bien mettre en image ses pensées, la metteure en scène n'hésite pas à recourir à une multitude de sources, dont quelques extraits de ses propres films. Ce procédé, nécessaire dans ce genre d'exercice, rend un rendu vidéo parfois imparfait, dont la valeur des teintes et la sobriété des couleurs se heurtent à des contrastes sombres et du blocage. Les pistes sonores francophones valorisent les mots et les échanges entre les individus, délaissant généralement la grande majorité des enceintes, qui sont parfois baignées par des vagues ou embrassées par des bourrasques de vent. De potables sous-titres jaunes en anglais sont disponibles en cas de besoin. La musique, variée et bien choisie, va d'airs classiques à des tubes de Brassens en passant par des morceaux beaucoup plus actuels.
La pochette enjôleuse montre une plage, des personnes habillées en blanc et l'héroïne au milieu, en noir, qui regarde devant elle. Le menu principal du DVD, statique et sans mélodie, ressemble à une bande dessinée, avec cet être représentant la protagoniste. Bien que l'ouvrage demeure un joyau, il n'y a aucun réel supplément, si ce sont ces deux bandes-annonces et une galerie de productions diverses.
"Les plages d'Agnès" permet d'accéder aux souvenirs et aux émotions de la vénérable Agnès Varda, monument de la cinématographie internationale, à travers un documentaire exemplaire, intelligent et sensible, dont les rouages techniques servent à illustrer les vision d'une femme d'exception. Un des meilleurs documentaires des dernières années, en compagnie de La vie moderne de Raymond Depardon.
| Film | 8 |
| Présentation | 5 |
| Suppléments | 1 |
| Vidéo | 6 |
| Audio | 6 |