Il semble que le cinéaste Amos Gitaï ne peut faire un film sans aborder la question juive. Après son intéressant quoique trop mélodramatique Free Zone, le voilà qu'il analyse les répercussions de la Shoah en adaptant le roman de Jérôme Clément, "Plus tard tu comprendras".
En 1987 à Paris, pendant le procès de Klaus Barbie, Victor (Hippolyte Girardot) aimerait en savoir davantage sur ses racines familiales, surtout pendant la Seconde Guerre mondiale. Sa femme (Emmanuelle Devos) et sa sœur (Dominique Blanc) le laissent aller avec craintes, alors que sa mère (Jeanne Moreau) ne semble pas toujours intéressée à allumer sa chandelle.
Ce nouveau long-métrage d'un des réalisateurs israéliens les plus fascinants de sa génération comporte ce qu'il y a de mieux et de moins intéressant dans la filmographie d'Amos Gitaï. Il y a tout d'abord une brillante mise en scène d'une étonnante complexité, de multiples plans fixes et en mouvements qui amènent énormément au récit et de superbes ellipses chronologiques qui apparaissent subtilement. Il y a surtout une adroite direction de comédiens chevronnés qui donnent leur meilleur dans le feu de l'action. Malheureusement trop peu connu de ce côté de l'Atlantique, Hippolyte Girardot livre une performance intense et habitée, façon Charles Berling, mais sans sa facette animale.
Il y a toutefois ce côté maniéré et inutilement verbeux qui ressort du scénario, à priori universel, mais peu original, surtout à côté d'œuvres mieux définies comme Un secret de Claude Miller et La question humaine de Nicolas Klotz. Le symbolisme latent sert un discours didactique sur l'état des choses, dont le rôle de la religion juive dans la société de tous les jours. Une façon de procéder qui s'adresse aux cours scolaires théoriques, mais qui ne sert pas toujours bien la fiction et le cinéma. Surtout que le manque flagrant d'émotions et la froideur de l'ensemble amènent une distanciation entre le spectateur et les protagonistes.
La musique obsédante de Louis Sclavis est un des fils conducteurs les plus efficaces, hantant par ses leitmotivs de cuivres. Les pistes sonores francophones, à peine développées au niveau des différentes enceintes (il y a néanmoins des bruits de sirènes, de dactylo, de tirs, etc.), sont au service des dialogues, toujours claires et distincts, qui peuvent être soutenus par d'agréables sous-titres blancs en anglais. Les images aux couleurs peu éclatantes sont à la merci de teintes sombres, de contrastes pas toujours au point et de grain envahissant. Des imperfections qui, bizarrement, cadrent avec le côté vieillot de la production.
La pochette n'incite pas nécessairement le visionnement. Il y a un plan rapproché de Jeanne Moreau qui regarde le visage d'Hippolyte Girardot. Rien de très excitant là-dedans. Le menu principal du DVD reprend ce concept en demeurant statique et sans musique. Hormis une galerie de publicités diverses et l'honnête bande-annonce originale, aucun supplément n'est au rendez-vous. C'est bien entendu dommage, surtout pour une œuvre qui soulève tant de questions.
"Plus tard tu comprendras" est un film lustré, intelligemment développé et habité par des acteurs au talent indéniable, qui s'avère cependant trop froid et étudié pour ravir complètement. Peut-être qu'un peu de vent frais ne ferait pas de mal à cette thématique éprouvée, car derrière cette noble démarche qui fuit le divertissement comme la peste se trouve d'excellentes idées (la quête intérieure de soi et des autres, la filiation salvatrice, l'importance des souvenirs...) qui restent trop souvent en surface. De quoi jeter son dévolu sur le bouquin de Jérôme Clément.
| Film | 6 |
| Présentation | 2 |
| Suppléments | 1 |
| Vidéo | 5 |
| Audio | 6 |