RAPT
Métropole Films Distribution / Mongrel Media

Réalisateur: Lucas Belvaux
Année: 2009
Classification: 14A
Durée: 125 minutes
Ratio: 2.35:1
Anamorphique: Oui
Langue: Français (DD20)
Sous-titres: Anglais
Nombre de chapitres: 16
Nombre de disques: 1 (DVD-9)
Code barres (CUP): 629159044101

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
8 octobre 2010

"Rapt" n'aurait pu qu'être un honnête suspense porté par le jeu habité d'Yvan Attal. Mais grâce au brio du cinéaste Lucas Belvaux qui enracine le propos dans des connotations sociales, le film a beaucoup plus à offrir que le simple divertissement coutumier.

Stanislas Graff (Yvan Attal) est un influent président d'une importante industrie. Lorsqu'il est kidnappé, les problèmes ne font que commencer. Le conseil d'administration hésite à débloquer les fonds nécessaires pour la rançon, sa femme (Anne Consigny) préfère faire appel avec un avocat plutôt qu'avec les forces de l'ordre et la police passe toujours à deux cheveux de tout faire rater. Depuis que la presse a révélé des détails de la vie privée de Graff, son capital de sympathie semble s'être envolé, ce qui n'est jamais une bonne nouvelle pour le retrouver sain et sauf...

Cette histoire inspirée de faits véridiques (le cas Édouard Empain s'est déroulé en 1978) transposée trois décennies plus tard n'aurait pu qu'être qu'une variation sur des thèmes connus, comme pouvait l'être le satisfaisant Ransom qui mettait en vedette Mel Gibson. Comme son titre l'indique, il y aura effectivement un rapt, et ce sont ces scènes qui permettent à l'acteur principal de se surpasser, perdant 20 livres pour le rôle, jouant avec sa vie lors de moments sombres où la violence, la brutalité et l'incompréhension sont au rendez-vous. Surtout qu'à mi-chemin, une intéressante lutte s'instaure entre la victime et un de ses bourreaux, plus gentil et nuancé que les précédents, qui est interprété avec brio par le trop rare Gérard Meylan.

Le scénariste et réalisateur Lucas Belvaux va cependant beaucoup plus loin que de rétablir mécaniquement ces codes. Continuant sa réflexion sur les mécanismes de pouvoir qui régissent la société, il pourfend à nouveau la bourgeoisie, confirmant qu'il est un riche héritier de Claude Chabrol. Les plus nantis ne sont plus en sécurité, et personne ne vient les sauver au moment opportun. L'homme n'est plus homme, mais problèmes en puissance. Les actionnaires hésitent à sacrifier leur argent pour sauver un des leurs, les médias déforment la réalité et hop, c'est la famille qui en paye trop souvent le prix.

Pas surprenant que la dernière ligne droite soit la plus passionnante du récit. La souffrance est transposée, n'étant plus physique, mais psychologique et sociale. Les sphères privées et publiques ont implosées, laissant un homme tout juste sorti de l'enfer affronter seul ses défauts. Difficile de savoir s'il s'en sortira indemne tant la conclusion laisse à interprétation.

D'ici là, celui à qui l'on doit la très pertinente trilogie Un couple épatant, Cavale et Après la vie ne juge jamais ses personnages, prenant soin d'explorer en détail la psychologie de chacun. Outre Attal qui reçoit le traitement royal, Anne Consigny continue d'exceller avec son visage abîmé. Belvaux a surtout eu le mérite de réunir des comédiens peu connus qui ont tous la tête de l'emploi, renforçant ce sentiment de réalité.

La délicate partition musicale intensifie le suspense et le drame en place. Bien que limitée, la piste sonore francophone en Dolby Digital 2.0 fait ressortir des bruits de sirènes, de voitures, de vagues et de sonneries de téléphone des différentes enceintes. Les dialogues s'entendent plutôt bien, et de convenables sous-titres blancs sont présents pour un public anglophone. Les images à priori sans éclat et aux contrastes un peu trop sombres prennent peu à peu de l'expansion, finissant par surprendre par son niveau de détails et la pertinence de ses teintes.

La pochette noire, blanche et rouge campe rapidement l'atmosphère, montrant un Yvan Attal dans une mauvaise posture. Le menu principal du DVD reprend cette pose du héros captif. Le tout est peut-être statique, mais une agréable mélodie au piano se fait entendre. Hormis quelques publicités qui apparaissent une fois l'insertion du disque dans le lecteur, aucun supplément n'est disponible, ce qui est évidemment décevant.

Mis en scène avec soin et précision (l'ensemble est d'un très bel esthétisme), ne cédant jamais le pas à l'action et ce même si certaines occasions tiennent en haleine, "Rapt" se veut un film à la fois d'auteur et populaire, qui a tout le potentiel pour intéresser le public allergique aux longs-métrages de l'Hexagone tout en attirant l'attention du cinéphile plus exigeant. Le résultat n'est sans doute pas du même calibre que La raison du plus faible, le précédent et meilleur opus du créateur, sauf qu'il est une autre preuve de la forte vitalité du cinéma français qui arrive encore trop difficilement à se faire une place au Québec.


Cotes

Film7
Présentation5
Suppléments-
Vidéo7
Audio6