Très réputée série britannique, la trilogie "Red Riding" (la traduction française s'intitule cependant "Meutres du Yorkshire") arrive en DVD de ce côté de l'Atlantique. Place à des intrigues absorbantes inspirées de faits réels véridiques.
Ces adaptations des livres du romancier David Peace sont séparées en trois volets. Le premier se déroule en 1974 et il suit le quotidien d'un jeune journaliste (Andrew Garfield qui sera le prochain Spider-Man) qui cherche à faire la lumière autour d'une série de meurtres survenus au Royaume-Uni. Plus il pose des questions et plus il mettra le pied dans un engrenage qui risque de mettre sa santé à rude épreuve. Davantage qu'un suspense haletant, ce drame de mœurs lève plutôt le voile sur les travers d'une société en déclin, où la plupart de ses pouvoirs (la police, les journaux, les hommes politiques) sont corrompus par des plus hautes instances. Porté par le jeu convaincu de tous ses interprètes et la mise en scène inspirée de Julian Jarrold, l'ensemble pique aisément la curiosité.
Le second volume qui se situe en 1980 est au moins tout aussi intéressant que le précédent, et peut-être même plus. Cette fois un policier extérieur (Paddy Considine) est envoyé pour ajouter un éclairage nouveau à cette sombre affaire. En tentant de travailler librement, il met à jour un complot touffu où des preuves sont dissimulées au lieu d'être analysées par les gens en place. Moins sexuel, mais plus morbide que l'effort précédent, l'essai de James Marsh (celui à qui l'on doit l'excellent documentaire Man on Wire) en est un d'épuration, alors qu'il s'attaque à des thématiques fortes qui, d'en d'autres mains, pourraient sentir la redite. Encore une fois, le jeu des comédiens est de tout premier ordre.
1983 d'Anand Tucker conclut le tout d'une brillante façon, jouant allègrement avec les époques, éclaircissant des évènements survenus en 1974. Toujours aussi ambitieux, le scénario de Tony Grisoni navigue entre les personnages, s'intéressant maintenant au quotidien d'un avocat (Mark Addy) qui cherche à libérer un innocent, et d'un policier (David Morrissey) prisonnier de ses cas de conscience. Si la finale extrêmement émotive montre enfin un peu d'espoir, la morale laisse un goût amer en bouche, rappelant que les plus forts ont souvent les derniers mots, et que les institutions qui sont censées protéger les gens ne lésinent pas sur les moyens violents pour arriver à leurs fins.
Les images imitent l'esthétisme des différents films de cette époque. Les couleurs deviennent de plus en plus éclatantes, et ce, même si le côté téléfilm demeure indéniable. Cela n'empêche pas le niveau de détails d'étonner, passant outre les contrastes un peu trop sombres et le grain proéminent (qui est voulu ainsi). 1983 rompt un peu avec cette tendance, cherchant moins à en mettre plein la vue. Dans tous les cas, la qualité de la photographie est exemplaire. Les pistes sonores en Dolby Digital 5.1 s'avèrent timides, se limitant à faire ressortir des multiples enceintes quelques bruits de pluie, de sirènes et de verre brisé. La musique enveloppante et tout à fait de circonstance ne prenne jamais le dessus sur les dialogues, nombreux et importants. Bien que la traduction francophone soit tout à fait respectable, il n'y a rien de mieux que les accents britanniques. En cas de besoin, de très visibles sous-titres blancs en anglais sont disponibles.
Les pochettes optent pour la sobriété, faisant apparaître une tache rouge (de sang?) sur un fond noir. Les menus principaux des DVD font succéder un montage rapide de scènes sur une mélodie atmosphérique. Quelques bonus sont au rendez-vous. En 1974, il est possible d'accéder à une bande-annonce, quelques séquences retranchées qui apportent peu au résultat final et une entrevue simple, mais efficace en compagnie de Julian Jarrold qui aborde sa fascination pour les faits en place. Une publicité figure sur 1980, tout comme une série de segments retranchés qui rajoutent quelques détails évocateurs, ainsi qu'un documentaire de 19 minutes ponctué de révélations de l'équipe en place et de la préparation de quelques scènes importantes. 1983 termine le tout sans éclat, offrant plusieurs bandes-annonces, de nouvelles scènes un peu inutiles, un "making of" peu exhaustif sur les acteurs et un court récapitulatif du triptyque avec des entrevues extrêmement superficielles avec le scénariste, un producteur et deux cinéastes.
Sans autant marquer les esprits que le Zodiac de David Fincher, la trilogie "Red Riding" captive en un rien de temps, questionnant avec beaucoup d'acuité le laxisme et la perte des idéaux de la société anglaise des années 1970 et 1980. À voir avant que le remake réalisé par Ridley Scott ne prenne l'affiche d'ici quelques années.
| Film | 7 |
| Présentation | 6 |
| Suppléments | 3 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 6 |