Porté par ses excellents comédiens, "Les regrets" de Cédric Kahn arrive à renouveler un sujet aussi banal que la passion amoureuse. Une belle histoire amère qui tend cependant à s'égarer à la toute fin.
L'amour, toujours l'amour. Personne n'y échappe. Il ne vient pas toujours au bon moment et sa propension à tout chambouler est notoire. C'est ce qui arrive à Mathieu (Yvan Attal) qui recroise par hasard une ancienne flamme. Même s'il est marié et amoureux avec Lisa (Arly Jover) et que Maya (Valéria Bruni-Tedeschi) se sent heureuse auprès de son copain (Philippe Katerine) et de sa fille, ils ne peuvent que rattraper le temps perdu. Après 25 ans, est-ce que le bonheur est encore possible et envisageable l'un auprès de l'autre?
Il s'en est fallu de peu. Voilà un constat qui sied bien à la filmographie de Cédric Kahn. Il avait laissé le cinéphile sur sa faim avec le beaucoup trop sucré et mélo L'avion. C'était en 2005. Depuis, plus rien. Où était le cinéaste qui titillait admirablement les sens sur L'ennui, Roberto Succo et Feux rouges? Le voilà de retour avec un projet personnel - enfin le réalisateur se met à nu en traitant - qui n'aurait pas déplu à François Truffaut (et dont l'ensemble pourrait s'apparenter à un hommage à son superbe La femme d'à côté).
La prémisse est universelle et d'une simplicité désarmante. Le Grand amour cogne à la porte et il n'est pas aisé de le laisser entrer. Irrémédiablement un des deux êtres aime plus que l'autre, et ce dernier prend la poudre d'escampette. Pour éviter de souffrir et de trop s'accrocher si jamais le sort en décide autrement. Rien de nouveau sous le soleil si ce n'est une mise en scène alerte. Kahn filme le désarroi amoureux comme un suspense, épousant ce cœur qui bat la chamade, ces émotions à fleur de peau et ces corps qui veulent enfin se retrouver et se mélanger. L'amour et le sexe ne font plus qu'un, ce que vient souligner subtilement l'évocatrice musique de Philip Glass.
Ce coup de foudre qui tourne presque à l'obsession (le dernier acte est moins fort que les précédents) est enraciné dans un scénario solide qui tarde à prendre son envol. En faisant revenir le protagoniste dans la demeure de son enfance, le cinéaste confronte passé, présent et futur, coupant définitivement le cordon familial, donnant des munitions au bon fils architecte (donc raisonné) d'écouter un peu ses pulsions. Au sein de séquences un peu répétitives ("je t'aime beaucoup, pas du tout, mais que sais-je vraiment?") émanent un ton distinct, une démarche singulière et une conclusion ouverte à interprétation.
C'est toutefois la qualité de l'interprétation qui mérite principalement le détour. Les personnages féminins ne sont ni victimes ni agaces, mais présentés en trois dimensions, ce qui fait changement. Valéria Bruni-Tedeschi semble touchée par la grâce tant son jeu laisse transparaître beaucoup de fragilité et de sensibilité. Dans un rôle un peu ingrat, Arly Jover affiche également une forte présence. Le récit suit le regard d'Yvan Attal (parfait dans un contre-emploi) qui apparaît - ironiquement - comme l'individu le moins sympathique du lot. Il cherche à créer la plus succulente des recettes sans casser aucun oeuf, une attitude qui plongera rapidement son univers dans le chaos. Surtout que son passé et ses explications ne sont expliqués qu'en bribes, des ellipses savamment agencées qui pourraient laisser en rade plus d'un spectateur.
Les très jolies mélodies en cascades évoquent souvent la fuite, ou tout au moins l'action par le mouvement. La piste sonore francophone en Dolby Digital 2.0 est subtile dans sa façon de faire ressortir des haut-parleurs des bruits de voitures et de bruits. Les voix sont généralement claires et compréhensibles. Il n'y a cependant pas de sous-titre, ce qui aurait permis de rejoindre un public encore plus large. Les images un peu ternes demeurent correctes. Bien que les contrastes soient un peu sombres, le niveau des détails est acceptable, alors que les couleurs neutres s'avèrent dans le ton. La pochette noire montre un couple qui s'embrasse tendrement. Le menu principal du DVD réutilise ce cliché, statique et sans air musical. En omettant les quelques publicités qui apparaissent une fois l'insertion du disque dans le lecteur, il n'y a aucun supplément au rendez-vous.
Sans doute moins prenant que le majestueux Mademoiselle Chambon de Stéphane Brizé (et ce même si les lieux communs comme les aux revoirs sur la gare d'un train sont également détournés), "Les regrets" n'en demeure pas moins une œuvre intelligente et pertinente, qui se devine peut-être à l'avance, mais qui se suit avec intérêt.
| Film | 7 |
| Présentation | 3 |
| Suppléments | - |
| Vidéo | 6 |
| Audio | 6 |