Avec dix films lors des huit dernières années, le prolifique Kim Ki-duk est à la fois l'un des plus intéressants et des plus controversés réalisateurs contemporains à émerger de la Corée du Sud. Acclamés dans les festivals, mais boudés par le grand public, ses films tendent à polariser autant les auditoires que la critique. Certains l'encensent, alors que d'autres ne voient en lui qu'un provocateur au talent limité qui, à l'occasion, est capable d'éclairs de génie. Le fait qu'il mette souvent en scène des personnages tordus et violents et qu'il utilise une approche teintée de symbolisme n'aide pas à rendre son oeuvre très accessible. Mais Kim n'en a cure puisqu'il aurait déclaré: "Il m'est égal que le spectateur aille voir, comprenne, ou aime mes films". Le réalisateur ne compromet pas sa pensée en essayant de plaire à l'auditoire, mais il a tout de même changé de cap en 2003 avec Spring, Summer, Fall, Winter, and... Spring, un film d'une grande beauté et d'une simplicité désarmante, qui nous faisait suivre le parcours initiatique d'un jeune moine bouddhiste. Il tourna par la suite "Samaritan Girl" (ou "Samaria" le titre original), un film qui évite encore une fois les excès, même s'il aborde un sujet délicat.
Deux jeunes adolescentes qui rêvent de faire un voyage en Europe s'adonnent à la prostitution pour se procurer l'argent nécessaire. L'insouciante et toujours souriante Jae-young vend son corps, alors que Yoe-jin prend les rendez-vous et lui sert en quelque sorte de proxénète. Lorsque Jae-young meurt lors d'une descente de police qui tourne mal, Yoe-jin est rongée par les remords et décide de retracer tous les anciens clients, de coucher avec eux, et de leur rendre leur argent. Mais son père, détective de police, dévasté et fou de rage après avoir découvert par hasard les activités secrètes de sa fille, se met à traquer et à confronter les clients. Le père et la fille partiront plus tard en voyage en espérant trouver l'absolution et la rédemption. Le film est divisé en trois chapitres: "Vasumitra", qui explore les liens entre Jae-young et Yoe-jin, "Samaria", qui s'attarde aux agissements de Yoe-jin après la mort de son amie et à ceux de son père, et "Sonata", qui sert de conclusion.
Utilisant la prostitution juvénile et les relations pères-filles comme toile de fond, Kim Ki-duk nous offre une fable sur le péché, la culpabilité, la perte de l'innocence et la rédemption.
Teinté de métaphores sur le bouddhisme et le christianisme ("Vasumitra", prostituée dont les clients deviennent des bouddhistes dévoués et "Samaria", qui fait référence à la samaritaine de la bible), "Samaritan Girl" ne nous martèle pas de messages religieux, mais utilise ces éléments pour introduire des ambiguïtés dans la structure narrative, qui nous apparaît simple et transparente au départ, et nous inciter à la réflexion. Cependant, puisqu'il est difficile de comprendre et d'accepter les motivations des deux jeunes adolescentes, le film fonctionne davantage du point de vue symbolique que sur le plan dramatique. La scène finale, qui se prête à diverses interprétations, le démontre parfaitement. Délaissant le sensationnalisme de ses débuts (The Isle, Bad Guy), Kim Ki-duk (Ours d'Argent du meilleur réalisateur au festival de Berlin) emploie des compositions visuelles simples et précises pour nous offrir une oeuvre d'une rigueur formelle considérable. Il faut également souligner l'excellente prestation de Kwak Ji-min (Yeo-jin), dont c'était la première apparition à l'écran.
La présentation visuelle est de bonne qualité, malgré quelques taches et égratignures et une image assez granuleuse. Puisque ce dernier aspect se retrouve également sur le DVD coréen, on pourrait penser qu'il s'agit là d'un choix délibéré, plutôt que d'un défaut du transfert. Les couleurs sont naturelles et le niveau des contrastes et des détails est adéquat. Le film a vraisemblablement été tourné à la caméra à l'épaule puisque l'on peut noter un certain sautillement de l'image. Un minimum d'accentuation des contours est également présent lors de certaines scènes. L'activité sonore est concentrée dans les enceintes avant, mais les arrières s'activent aux moments voulus pour souligner les bruits d'ambiance et la trame musicale. Simple et efficace. Les dialogues sont clairs et facilement audibles, et les sous-titres sont de lecture aisée. Malheureusement, les seuls suppléments offerts sont une galerie photo et quelques bandes-annonces qui, étrangement, n'incluent pas celle du film. Les menus sont animés par quelques extraits du film et accompagnés de musique. Le boîtier simple utilise la très belle, et controversée, affiche du film et contient un encart de quatre pages qui nous propose quelques photos ainsi que le chapitrage.
Génie ou fumiste? Kim Ki-duk va continuer à polariser les critiques et les auditoires, mais personnellement j'ai toujours aimé ce réalisateur qui a toujours refusé les compromis et qui n'a jamais eu peur d'aborder des sujets difficiles. Il démontre ici qu'il continue d'évoluer, et qu'il possède maintenant la maturité nécessaire pour naviguer en eaux trouble tout en évitant les excès. "Samaritan Girl", qui plaira davantage aux amateurs de films de répertoire qu'aux amateurs de blockbusters, est un film à voir. Son film suivant, l'excellent 3-Iron ("Locataires" en français) vient d'ailleurs tout juste de prendre l'affiche sur nos écrans.
| Film | 8 |
| Présentation | 6 |
| Suppléments | 1 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 7 |