Il y a des films touchés par la grâce qui ensoleillent le quotidien en s'inscrivant parmi les meilleurs longs-métrages de n'importe quelle année. "Lumière silencieuse" fait parti de cette rare catégorie et ce n'est pas un hasard si l'œuvre mexicaine a remporté le Prix du Jury (ex-æquo avec l'excellent Persepolis) au Festival de Cannes en 2007.
Un peu comme les Amish, les Mennonites sont marqués par la tradition et le refus d'adhérer aux progrès technologiques. Au contraire, il n'y a rien de mieux que les valeurs familiales, l'essence de la terre et l'éducation rigide des bambins. Un de ses membres, Johan (Cornelio Wall Fehr), voit cependant son existence voler en éclat. Même s'il est en couple avec Esther (Miriam Toews) et qu'il est le père de beaux enfants, son cœur commence à battre pour une certaine Marianne (Maria Pankratz). Ce sentiment nouveau est en pleine confrontation avec son mode de vie et les conséquences risquent d'être tragiques.
Carlos Reygadas est un jeune cinéaste qui sort de l'ordinaire. Chez lui, le regard anthropologique a presque autant d'importance que l'histoire et son style transcende la plupart des réalisateurs de sa génération. En 2003, le magnifique Japon attirait tous les regards par son intransigeance intrinsèque. Après le plus sexuel et dérangeant La bataille dans le ciel, voilà qu'il offre son ouvrage le plus accompli avec le grandiose "Lumière silencieuse".
Comme à son habitude, le metteur en scène mexicain ne déroge pas à ses obsessions. Il a de nouveau fait appel à des acteurs non professionnels qui sont criants de vérité. Les protagonistes sont authentiques et leurs émotions en sont ainsi décuplées. Car l'opus interroge les fondations de l'être humain, confrontant la raison aux sentiments, la routine à une parenthèse enchantée. Même si l'ouvrage fait connaître une communauté qui fait rarement la manchette (les Mennonites), son propos demeure universel, bouleversant la plupart du temps tout en laissant pantois lors de cette finale sacrée en forme de métaphore qui n'est jamais trop appuyée.
Reygadas n'est cependant pas un cinéaste à prendre à la légère. Au contraire, il est extrêmement exigeant et il faut souvent avoir des munitions pour le suivre jusqu'à la fin. Son rythme est incroyablement lent, laissant toute la latitude nécessaire à l'introspection, à la contemplation et à l'hypnose. Le spectateur entre donc en état de transe devant ces plans lents qui s'étirent et ces séquences de la vie de tous les jours qui font osciller la production à plus de 140 minutes. Pour une fois que le voyage sort de l'ordinaire et qu'il propose des thématiques à la fois touchantes et intelligentes.
La magnifique photographie d'Alexis Zabé est à couper le souffle. Chaque plan a été soigné à la perfection, principalement ces levers (ou couchers) de soleil, cette neige éclairante et cette eau salvatrice. Si les séquences intérieures peuvent paraître un peu rudes et sombres, celles à l'extérieur en mettent plein la vue. Les reflets et la luminosité surprennent en de nombreux endroits, tout comme les contrastes étonnamment souples et homogènes.
Le soin apporté au son est tout aussi perceptible. Les pistes sonores demeurent à la fois très développées et subtiles. Sans tambour ni trompette, l'atmosphère des grands espaces prend vie, mélangeant allègrement cigales, criquets, crapauds, airs radiophoniques et bribes de voix. Puisque les dialogues alternent l'espagnol et le plautdietsch (un dialecte germanique ayant des racines flamandes et néerlandaises), il est tout à fait légitime d'insérer de très beaux sous-titres blancs en français ou en anglais. La musique apparaît généralement directement à l'écran et elle se veut discrète, si ce n'est ce classique de Jacques Brel qui captivera l'attention de tous les personnages.
La jolie pochette montre une femme ornant une très belle robe qui est sur le point d'ouvrir une porte blanche. Cette image représente une scène clé du long-métrage. Le menu principal, beaucoup moins imaginatif, est à l'effigie d'un paysage lumineux. Malheureusement, tout est statique et il n'y a aucune musique. Outre l'intéressante bande-annonce originale, les suppléments se limitent à une galerie de publicités du très ordinaire L'âge d'homme... maintenant ou jamais, du plus délicat Emotional Arithmetic, de l'incroyablement charmant La visite de la fanfare et du mésestimé Angel de François Ozon.
"Lumière silencieuse" n'est pas l'opus le plus facile à aimer. Sa structure même échappe à l'uniformité des productions courantes et son rythme lent pourra faire décrocher un public moins averti. Le visionnement est cependant nécessaire. En 2008 (ou peu importe l'année), rarement un film aura touché autant de cordes sensibles. Non seulement les yeux ne savent plus où regarder devant tant de beautés, mais l'âme virevolte au sein de situations drôles et dramatiques, relevant la complexité de l'existence et, surtout, de l'être humain. C'est ce qu'on appelle une œuvre d'art.
| Film | 8 |
| Présentation | 3 |
| Suppléments | 1 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 8 |