L'autodestruction a toujours été un sujet préféré de certains poètes, écrivains et artistes en général. Certains l'ont réellement vécu et s'en sont servis comme d'un catalyseur pour leur œuvre, qu'on pense à Gainsbourg, Janis Joplin ou Philippe Léotard et d'autres s'en sont servi simplement pour alimenter la polémique ou pour s'inspirer de la vie tragique de certains membres de leur entourage. Le champion toutes catégories du poète maudit et ivrogne hors pair est sans contredit le romancier américain Charles Bukowski. Vénéré par une classe d'intellectuels et d'étudiants se régalant de son cynisme et de son ton désabusé et caustique autant que de sa philosophie de vie hédoniste et sans respect pour rien, cet auteur assez prolifique aura su vivre de son art en exposant sa vie pathétique crûment. L'homme avait un talent certain avec les mots, mais le ton et l'univers sordide de la plupart de ses nouvelles ou romans devient rapidement redondant si on pousse un peu l'étude de son œuvre.
Le réalisateur italien Marco Ferreri, lui-même reconnu pour son style cinématographique unique et pour son goût parfois discutable (on pense à La Grande Bouffe) ne pouvait qu'être séduit par les recueils de nouvelles de Bukowski et par son univers crado. Il a donc choisi en 1981 d'adapter un des livres de l'écrivain, Contes de la folie ordinaire (dont le titre anglais est plus explicite: Erections, Ejaculations, Exhibitions and General Tales of Ordinary Madness) avec Ben Gazzara dans le rôle autobiographique de Charles Serking, l'écrivain alcoolique et autodestructeur et Ornella Muti dans celui de la prostituée dépressive et s'adonnant à l'automutilation.
Le résultat est par contre assez peu concluant. Non pas que le film soit infidèle par rapport au roman, mais de voir ces vies à la dérive et ce monde dur d'une Los Angeles peuplée de paumés et de ratés en tout genre en vient rapidement à lasser le téléspectateur. Là où le roman possédait une certaine verve presque fleurie rendant cette description de la misère de l'âme (ou des âmes) acceptable, le scénario du film est trop réaliste et le rythme trop volontairement lent pour nous laisser la chance d'apercevoir quelque lumière que ce soit au bout de tunnels qui finissent par être inaccessibles. On en vient même assez rapidement à vouloir que tout ça s'arrête et que le personnage se tire une balle dans la tête ou boive jusqu'à la crise de delirium. Toutes ses rencontres n'ajoutent qu'au désarroi du personnage et du spectateur. Prostituées suicidaires, nymphomanes alcooliques, proxénètes violents, âmes solitaires tristes à mourir défilent sans arrêt du début du film à sa toute fin. La seule séquence passablement réjouissante est lorsque Serking se retrouve à New York invité par un éditeur intéressé à publier son œuvre, et encore là la voix interne du poète (et par le fait même celle du réalisateur) tourne tout en dérision jusqu'à ce que la bouée de sauvetage coule avec lui.
Bref un film complètement déprimant, quoique sincère, à voir seulement pour ceux et celles qui aiment les ambiances glauques des bas-fonds humains ou l'univers sordide de Bukowski. Les autres pourront trouver plus de plaisir à lire le roman qui nous laisse au moins la possibilité d'imaginer une vie meilleure s'insérant entre les chapitres.
Au niveau de la qualité vidéo, le film étant assez vieux, on se retrouve avec quelques petits problèmes techniques qui auraient pu être réglés avec meilleur travail de nettoyage. Des couleurs parfois délavées, quelques rayures et une image somme toute terne n'aident en rien ce scénario déprimant. La bande son aurait aussi eu besoin de modernisation pour ramener les niveaux dialogues-bruits à de meilleures proportions et aussi mieux balancer les aigues et les basses. L'absence quasi totale de musique enlève aussi de la dentelle qui aurait été nécessaire dans ce cas-ci pour aider à améliorer la trame sonore et masquer certaines failles. Il n'y a aucun supplément sur ce DVD.
| Film | 6 |
| Présentation | 4 |
| Suppléments | - |
| Vidéo | 6 |
| Audio | 6 |