Le cinéma allemand se fait de plus en plus ressentir sur le territoire québécois. Après l'excellent La vie des autres, l'oscarisé Les faussaires et le grandiose De l'autre côté, c'est au tour de "Quatre minutes" ("Vier Minuten" en version originale) de trouver un chemin jusque dans les salles et, ultimement, en format DVD.
La Seconde Guerre mondiale est toujours traitée en filigrane dans ce drame où l'émotion coule à flot. Mais au premier plan se trouve une confrontation de tous les instants entre deux femmes diamétralement opposées. Au 21e siècle, Traude (Monica Bleibtreu) enseigne le piano depuis plus de 60 ans et son attitude austère ne facilite pas nécessairement les rapprochements. Elle décide pourtant de s'occuper de Jenny (Hannah Herzsprung), une jeune fille incarcérée qui a de graves problèmes de comportement. Peut-être que leur façon de communiquer passera par le piano, un instrument qui rappelle de nombreux cauchemars aux deux principales intéressées...
Même si "Quatre minutes" traite d'un génie maudit et qu'il met en scène l'instrument de Beethoven, les filiations ne se font pas nécessairement avec Shine ou The Piano, mais plutôt vers une version édulcorée de La pianiste de Michael Haneke. La relation entre la maîtresse et l'élève est tordue et ces deux personnages se livreront continuellement à une lutte de pouvoir. Cette quête de domination représente également les plus beaux moments de ce long-métrage. Les interprètes féminines livrent des performances flamboyantes et il n'est pas toujours évident de prendra parti tant Traude et Jenny inspirent sympathie et dégoût. Face à une Hannah Herzsprung qui opte pour un jeu physique proéminent, Monica Bleibtreu se veut beaucoup plus introspective, avec son visage qui est capable de véhiculer toutes les émotions possibles et inimaginables.
Le récit n'évite pas les faux pas, les clichés et les excès de mélo. La réalisation demeure classique et quelques longueurs - et lourdeurs - rendent le récit inégal. Le propos n'est également pas fondamentalement original, mais le scénario de Klaus tend à faire des détours plus ingénieux, dont un inscrivant l'œuvre dans les répercussions de la Deuxième Guerre mondiale. Il y a également la finale, plutôt imprévisible, qui rivera le spectateur à sa chaise par la nature de son montage vif et de sa charge dramatique certaine.
La musique est le principal personnage de l'histoire et les airs choisis ravissent l'ouïe. Les pistes sonores en allemand et en français mettent l'emphase sur les dialogues sans jamais oublier de soigner les enceintes (des explosions, des cris d'oiseaux et des tintements de cloches s'échappent souvent des haut-parleurs situés sur le côté). Si la traduction dans la langue de Molière s'avère une réussite, de nombreuses personnes voudront plutôt insérer de très visibles sous-titres blancs afin de se délecter des délicieux accents germaniques.
Le rendu vidéo laisse malheureusement un peu à désirer. Les images sont rugueuses et le grain se veut un peu trop présent. Les couleurs manquent d'éclat, alors que les contrastes se veulent imparfaits. En revanche, le souci du réalisme est constant, et quelques éclairages plus stylisés (en bleu, en vert, etc.) donnent une ambiance glaciale à l'ensemble.
La pochette sombre dans des tons de noirs laisse figurer une femme, menottée, qui tente de jouer du piano. Cette pose sera reprise dans le terne menu principal qui n'offre aucun mouvement ni mélodie. Le constat est le même au niveau des suppléments. En fait, il n'y a absolument rien, ce qui est toujours un peu triste.
Destins de femmes égratignées par le passé qui réussissent à communiquer grâce à l'amour de la musique, "Quatre minutes" mérite principalement l'attention grâce aux confrontations entre les deux principales actrices. Elles sont tellement convaincantes qu'elles éclipsent littéralement le reste de l'entreprise qui n'est pas toujours du même calibre. Pour les amateurs de piano et de relations interpersonnelles qui sortent légèrement de l'ordinaire.
| Film | 6 |
| Présentation | 2 |
| Suppléments | - |
| Vidéo | 6 |
| Audio | 7 |