Décidément, le cinéma de l'errance a trouvé son écho. Alors que d'autres profitent de la récession pour exprimer un cri du coeur aussi pertinent que nécessaire comme The Company Men, Sofia Coppola elle trouve l'audace à l'opposé d'illustrer sans concession la réalité monocorde des "superstars" dans son magnifique Somewhere. Bien sûr, cette dernière se livre à cet exercice de cinéma depuis un moment, mais ce style, simple, touchant, et aux abords de plusieurs genres qui peuvent certainement être rassembleurs est certainement un bon point de départ pour un premier film.
On devine donc que c'est ce qui a mis Dan Rush sur la voie en décidant d'adapter la nouvelle "Why Don't You Dance" de Raymond Carver en long-métrage. Seulement voilà, s'il bénéficie de plusieurs éléments particulièrement intéressants, il se montre encore trop fragile pour pleinement convaincre, en plus d'être loin d'affiché une signature mémorable ou particulière, étant à la fois impersonnel et loin de faire de son "Everything Must Go" un immanquable et un surprenant début comme on le dit souvent des cinéastes qui présentent leur premier effort.
Bien sûr, la réalisation maîtrise bien la technique et filme avec une certaine attention la parenthèse lente et réfléchie d'un homme au bord du gouffre de son existence qu'il croyait bien rangée alors qu'il perd son emploi et sa femme dans la même journée, retrouvant tous ses biens matériels sur le devant de sa maison. Dans l'attente, face à une période de questionnement qui s'impose, il trouve réconfort auprès de ses souvenirs qu'il consulte d'heure en heure et de jour en jour dans une sorte d'inventaire provoqué, en plus de bénéficier d'une amitié inattendue avec un jeune qui n'a également rien de mieux à faire et sa nouvelle voisine mariée, mais délaissée, agréablement campée par la toujours radieuse Rebecca Hall.
On trouve alors certains bons rires auprès des situations et un ton plus réfléchi au fur et à mesure que le tout avance, parvenant à y déceler des moments charmants grâce à la luminosité d'ensemble qui aborde un sujet aussi grave avec sagesse, en plus de la sympathique et douce trame sonore de David Torn qui se fait entendre. Cependant, Will Ferrell qui nous a pourtant déjà prouvé être en mesure de jouer des rôles plus terre-à-terre et dramatique, parvient ici moins bien à tenir le film sur ses épaules que comme dans un certain Stranger Than Fiction par exemple, brillant film par ailleurs. Est-ce parce que le sujet est trop près de la réalité pour une fois? Peut-être, mais on sent encore chez ses tiques de jeu une trop grande volonté d'exprimer comme à l'habitude une overdose d'exagération comme il le fait si souvent, comme quoi la retenue de jeu, s'il elle n'implique pas un contraste aussi absurde que réussi avec un autre acteur aussi exagéré que Mark Wahlberg comme c'était le cas dans l'hilarant The Other Guys, n'arrive pas à convenir à un acteur du genre de Ferrell.
Face donc à un personnage qui manque un peu de développement, on aurait peut-être préféré que le tout soit mieux approfondi, alors qu'on n'arrive jamais à pleinement justifier l'intérêt d'avoir fait quelque chose d'aussi long avec un matériel d'origine aussi court, ce, même si on y voit le potentiel.
Comme dit précédemment donc, l'image est juste, claire et trouve une teinte aussi réaliste que chaleureuse pour bien accompagner cette tranche de vie, au même titre de la bande son, qui rend bien compte des dialogues qui ont certainement une part de mordant et de la trame sonore, sympathique. La présentation est plus agréable du côté du menu DVD qui se la joue beaucoup plus "indie" dans un style scrapbook, alors que la couverture attire quand même l'attention avec une bonne capture de la situation: un Will Ferrell désemparé en plein milieu de la rue. La teinte aux couleurs chaudes attire également le regard tout en lui offrant un certain confort comme le fait le slogan bien pensé "Lost Is A Good Place To Find Yourself". L'arrière, plus classique, est plus ironique avec cette photo de lui qui urine dans sa piscine à poisson accompagné de la citation "Will Ferrell Shines".
Pour ce qui est des suppléments, rien de majeur même s'il y en a un nombre respectable. La revuette "In Character With Will Ferrell" encense ce dernier pendant pratiquement dix minutes expliquant comment il est agréable et dévoué dans des rôles diversifiés, alors que la revuette "Behind the Scenes" vante le film et son réalisateur débutant. Une piste de commentaire audio du réalisateur/scénariste accompagné de l'acteur Michael Peña qui n'y interprète qu'un rôle secondaire apporte quelques sympathiques anecdotes, mais est loi d'être essentielle, tout comme les trois scènes enlevées et la scène allongée qui n'ajoutent rien au film qui traîne déjà quelques longueurs. Également, comme ils le font toujours, on retrouve un grand nombre de bandes-annonces prometteuses de tout plein d'autres films également distribués par Lionsgate.
Enfin, s'il avait pu être un autre de ces "films qui a fait craquer Sundance" parce que c'est définitivement ce à quoi il semble vouloir aspirer, "Everything Must Go" n'y arrive pas tant. Non seulement parce qu'il manque un peu de définition et ne transcende pas la prémisse légèrement farfelue qu'il avance dès le départ, mais aussi parce que sa distribution est inégale, Will Ferrell le premier dans le rôle-titre. Parce qu'il évoque beaucoup Happythankyoumoreplease dans un film qui veut mêler reconsidération de soi, romance, amitiés inattendues et film sympathique et chaleureux, on préfèrera donc réécouter la proposition irrésistible de Josh Radnor, à défaut d'avoir face à soi une écoute raisonnable avec le film de Rush.
| Film | 5 |
| Présentation | 6 |
| Suppléments | 5 |
| Vidéo | 6 |
| Audio | 6 |