Après le film d'espionnage d'action (The Bourne Identity) et celui comique (Mr. and Mrs. Smith), le "spécialiste" du genre Doug Liman s'attaque au dramatique avec "Fair Game". Grâce aux brios de Naomi Watts, de Sean Penn et de son captivant sujet, l'essai risque même de plaire aux gens qui ne comprennent rien aux enjeux politiques.
Exercer un métier secret mérite des sacrifices énormes. Pour l'espionne de la CIA Valerie Plame (Naomi Watts), elle doit performer au travail, tout en maintenant l'équilibre auprès de sa famille et de son groupe d'amis. Son mari Joe Wilson (Sean Penn) est conscient de sa profession, la soutenant du mieux qu'il le peut, notamment auprès de leurs enfants. Lorsque les États-Unis déclarent la guerre à l'Irak, s'en est trop. Au fait de la situation sur le terrain par son emploi et son expérience d'ancien ambassadeur, Joe écrit un texte extrêmement critique dans un journal d'importance. Ce geste contestataire aura des répercussions terribles, notamment sur le futur de son épouse.
Le titre n'indiquait rien qui vaille. Avec un nom comme "Fair Game", le cinéphile tremblait, croyant à un remake de l'horrible navet de 1995 qui mettait en vedette Cindy Crawford et William Baldwin. Il s'agit plutôt d'une transposition d'un fait réel qui est survenu il y a quelques années. À partir de deux livres, les scénaristes Jez et John-Henry Butterworth ont soutiré une inspirante matière première, qui fracasse les sphères privées et publiques pour ne former qu'une seule entité.
En apparence le récit se veut frontal, une sorte de Green Zone verbomoteur qui va sur le terrain pour montrer les différents jeux de pouvoir, la préséance de l'État sur l'individu. C'est effectivement le cas. C'est cependant lorsque l'action revient au bercail que l'effort prend finalement son envol. Dans ce portrait d'une femme qui voit son existence éclater en 1000 morceaux, plusieurs interrogations éthiques apparaissent, dont la nécessité de protéger sa famille à tout prix, le devoir d'être honnête envers son employeur et avec ses convictions. Il n'est donc plus question du combat entre le Bien et le Mal, mais de faire des choix qui risquent d'altérer le quotidien des autres.
Dommage que la démonstration se heurte à la réalisation pas toujours inspirée de Doug Liman. Son introduction manque de nerfs, se perdant dans trop de présentation au lieu d'aller aux coeurs des enjeux. L'intérêt tarde donc à arriver, et lorsqu'elle se fait enfin ressentir, quelques détours moins convaincants la font dévier. Notamment cette décision d'aller directement sur le terrain en Irak, ce qui donne un côté davantage humain, mais qui n'existe pas sans une certaine manipulation de l'émotion. Un constat qui réapparaît lors du discours final, endiablé quoique sans grande subtilité.
La principale arme (de destruction massive) de l'ouvrage est de compter sur un excellent duo de comédiens. Naomi Watts est capable de se métamorphoser complètement (impossible d'oublier le chef-d'oeuvre Mulholland Drive) et elle convainc totalement en femme qui cherche à ne pas trop se désagréger. À ses côtés Sean Penn trouve un personnage qu'il connaît parfaitement, soit le gentil à la grande gueule qui serait capable de soulever les montages par ses mots. Travaillant ensemble pour la troisième fois (après l'exquis 21 Grams et l'intriguant The Assassination of Richard Nixon), une chimie bien particulière ne tarde pas à s'établir entre ces deux acteurs. Le reste de la distribution demeure solide sans étonner outre mesure, et il est toujours regrettable de voir un grand interprète de la trempe de Sam Shepard n'apparaître que dans une seule scène (celle où l'héroïne attend son soutien pour réorienter son destin, ce qui renvoie à la séquence en prison entre Ben Affleck et Chris Cooper dans The Town).
L'image est volontairement sobre, sans éclat, renvoyant au métier du personnage principal où rien ne doit sortir du cadre. En dépit de cette palette de couleurs un peu terne, la qualité des contrastes étonne. Quelques archives sont utilisées afin de renforcer le réalisme des situations. La musique subtile est agrémentée d'un jeu sonore afin de faire ressortir de nombreux bruits ambiants. Les convenables pistes audio en Dolby Digital 5.1 agrémentent les enceintes d'applaudissements, de balles et d'explosions. Les voix sont suffisamment fortes et les dialogues constamment audibles. Puisque le doublage français laisse parfois à désirer, il est presque recommandé d'y aller avec la version originale. Dommage que les assez visibles sous-titres blancs sont disponibles uniquement en anglais.
La pochette est assez classique, découpée en différents rectangles où les deux protagonistes apparaissent aux côtés de lieux importants. Tout aussi ordinaire est le menu principal du DVD qui fait alterner des photographies sur une mélodie de circonstance. L'unique supplément en est un de poids. Il s'agit d'une instructive piste de commentaires narrée par les vrais Valerie Plame et Joe Wilson qui parlent du long-métrage et des répercussions de ces évènements sur leurs existences. Des propos qui sont encore plus fascinants que le produit final.
Divertissement intelligent portant sur les mensonges d'une nation envers ses citoyens, "Fair Game" se veut d'abord et avant tout une plongée imparfaite mais néanmoins intéressante du sacrifice d'une femme qui tente de survivre dans une société qui l'a trahie. Pour y arriver il faut de la dignité et, surtout, de l'espoir. Très recommandable.
| Film | 7 |
| Présentation | 5 |
| Suppléments | 6 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 7 |