Politique et délation ne font pas bon ménage dans "Fifty Dead Men Walking", un suspense conventionnel, mais tout de même intéressant retraçant quelques maux récents de la Grande-Bretagne.
En 1989, l'Irlande du Nord est le champ de bataille de confrontations musclées et sanglantes. Le petit malfrat Martin McGartland (Jim Sturgess) est recruté par la police britannique et entraîné par un certain Fergus (Ben Kingsley) afin d'infiltrer l'IRA. Une tâche difficile et considérable, surtout lorsque l'organisation commence à avoir des doutes sur leur nouvel homme de main.
Réalisateur de longs-métrages anonymes, le cinéaste canadien Kari Skogland a possiblement trouvé son sujet le plus inspirant en adaptant librement les écrits véridiques de Martin McGartland. Bien que la thématique ne soit pas nouvelle et que pratiquement rien d'inédit n'en ressort, la mise en scène demeure précise et efficace, alternant entre des séquences explosives et des moments plus intimistes où les protagonistes doivent vivre avec leur conscience. La forte ligne dramaturgique n'étant pas sans faille, ce sont les personnages qui font toute la différence. Sir Ben Kingsley trouve enfin un rôle à sa hauteur, alors que Jim Sturgess s'avère toujours convaincant en portant – encore une fois – le film sur ses épaules.
Les images à la fois réalistes et stylisées sont utilisées avec beaucoup d'imagination grâce à un montage dynamique. Le léger grain rappelle que c'est un "fait vécu", tout comme ces archives en noir et blanc. Les contrastes offrent de beaux noirs et la palette de couleurs surprend par sa vivacité. Les pistes sonores anglophones et francophones utilisent correctement les enceintes, notamment en recourant à tous les haut-parleurs pour faire ressortir des bruits de pluie et d'explosions. Il n'y a heureusement rien pour entraver les voix et les dialogues. Même si la traduction dans la langue de Molière est tout à fait acceptable, cela peut être intéressant d'insérer de très visibles sous-titres jaunes en anglais, en français ou en espagnol. La musique, à mi-chemin entre des tubes populaires et des mélodies plus rigides, laisse finalement peu de souvenirs.
L'ordinaire pochette noire, grise et blanche représente les différents personnages dans des poses significatives. Plus élaboré est le menu principal du DVD. Un discours enflammé sur un air irlandais laisse rapidement sa place à un habile montage de séquences. En plus de la bande-annonce, les suppléments regroupent neuf minutes de moments inédits pas toujours pertinents, un long documentaire de 33 minutes où le créateur prépare la logistique de ses prises de vue, et une piste de commentaires qui permet à Kari Skogland d'expliquer ses choix techniques et de parler de sa façon de diriger ses comédiens.
"Fifty Dead Men Walking" est un suspense qui vaut surtout le détour pour l'apport de sa belle distribution qui comprend également Kevin Zegers, Natalie Press et Rose McGowan. Sinon il s'agit d'un honnête essai qui s'oublie presque instantanément, passant un peu trop rapidement sur l'apport politique et historique pour s'établir autour des troubles moraux des individus et de la difficulté de dissocier les amis des ennemis au sein de cette société si complexe.| Film | 6 |
| Présentation | 6 |
| Suppléments | 6 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 7 |