Amour, amitié et combats violents se tiennent dans la Grosse Pomme. Sans nécessairement éviter les clichés ni jouer la carte de la subtilité, "Fighting" surprend par sa sincérité et ses interprètes charismatiques.
À New York, le jeune Shawn (Channing Tatum) cherche à fuir ses problèmes qui réapparaissent toujours au coin de la rue. Par une suite de hasards, il fait la rencontre de l'influent Harvey (Terrence Howard) qui lui conseille de participer à des combats clandestins. S'il gagne, il remportera beaucoup d'argent. S'il perd, il n'aura absolument rien. Les deux hommes décident de s'allier contre vent et marée, jusqu'au jour où les terribles affrontements poussent Harvey à conseiller à son poulain de se coucher, ce qu'il refuse évidemment.
À peu près personne n'aurait parié sur "Fighting". Déjà, la bande-annonce annonçait le pire, avec cette grosse musique hip-hop, ces nombreux combats, cette romance à l'eau de rose, ce sang qui gicle de partout et ce montage peu excitant qui semblait résumer toute l'histoire. Cela s'apparentait énormément à Rocky avec cette ascension d'un combattant, ces hauts et ses bas permanents dans une existence de misère où l'amour et la rédemption seront peut-être les récompenses suprêmes.
Heureusement, il n'en est presque rien. Le scénario n'est peut-être pas très original et il se devine à l'avance, mais la trame narrative est assurée avec panache par le cinéaste Dito Montiel. Son précédent film, le peu vu A Guide To Recognizing Your Saints, lorgnait vers le Mean Streets de Scorsese en gardant toutefois sa vigueur et son authenticité. Il en va de même de son nouveau long-métrage qui est nettement plus intéressant que toutes les autres productions similaires (dont le terriblement ordinaire Scorpion avec Clovis Cornillac). La réalisation, dynamique à souhait, soutient l'intérêt grâce à un montage précis, d'habiles choix musicaux et des combats au réalisme criant.
Ce sont toutefois les personnages qui sauvent l'intrigue de la banalité. Terrence Howard prouve qu'il est capable de jouer n'importe quoi et il le fait avec brio. Ici, il campe un gérant qui aurait pu être uniquement noir ou blanc. Au contraire, il se tient dans des zones grises, en mettant plein la vue et les oreilles avec ses regards expressifs et ses discours truculents. À tel point que dans la première moitié du récit, il est difficile de voir quiconque d'autre à l'écran tant il prend toute la place. Channing Tatum, aperçu dans le précédent ouvrage du metteur en scène, arrive cependant à faire sa marque avec sa sensibilité et sa prestance physique qui peut rappeler celle d'un jeune Kevin Costner. Le duo opère parfaitement, ne se laissant que très rarement distraire par de solides satellites extérieurs qui ont le visage de Luis Guzman et de Zulay Henao.
La musique rythmée et variée, qui va du rap à des airs beaucoup plus entraînants, accompagne parfaitement les affrontements. Les pistes sonores utilisent allègrement les différentes enceintes, faisant ressortir des bruits de métro, de voix, de pluie, de sirènes de police et d'applaudissements. Dommage que ce flux prend parfois le dessus des voix, pas toujours audibles, qui sont sauvées in extremis par de superbes sous-titres blancs. C'est toujours mieux que la terrible traduction française. Les images précises et détaillées peuvent compter sur d'étonnants reflets, de riches contrastes et des couleurs froides adaptées à cet univers nocturne. Un enchaînement de qualité qui prend largement le dessus du blocage.
La pochette ressemble à une bande dessinée avec ses quatre photographies représentant les héros en action. Le menu principal offre un long montage de scènes qui résume rapidement le propos. Le tout est accompagné d'une mélodie énergique à souhait. Le seul supplément disponible est huit minutes de séquences coupées ou rallongées qui ne méritent pas réellement l'attention.
Bien entendu, il ne faut pas s'attendre à un nouveau Raging Bull. Les clichés sont omniprésents et les enjeux demeurent superficiels. Ce mélange de drames de vie, de combats terribles et de pointes humoristiques salvatrices fonctionne pourtant grâce au soin du réalisateur qui tire profit de sa prémisse, de sa ville et de ses vibrants interprètes pour dépasser le traditionnel long-métrage musclé où la faim justifie les moyens.
| Film | 6 |
| Présentation | 6 |
| Suppléments | 1 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 7 |