Premier film de ce qu'il est convenu d'appeler la trilogie des nombres (les deux autres étant 13 Rue Madeleine et Call Northside 777) du réalisateur Henry Hathaway, "The House on 92nd Street" est à l'origine du mouvement semi-documentaire des années 1940. Ce sous-genre du film noir, qui faisait l'apologie des méthodes policières et de la lutte contre le crime, a non seulement influencé le paysage télévisuel des années 1950 (Dragnet par exemple), mais également des émissions contemporaines comme 24.
Le film débute alors qu'un narrateur nous raconte que les États-Unis étaient inondés d'espions nazis entre 1939 et 1941. L'un de ces réseaux recrute Bill Dietrich (William Eythe), un jeune universitaire de descendance allemande qui deviendra un agent double pour le FBI. Alors que Bill poursuit son entraînement à Hambourg, un homme est victime d'un accident de la route à New York. Il s'avère que cet homme tentait de s'emparer de documents secrets sur le Projet Manhattan (la bombe atomique). Bill est assigné à New York par les Nazis pour poursuivre le travail, mais demeurera en contact étroit avec l'agent Briggs (Lloyd Nolan) du FBI. Pourra-t'il poursuivre ce jeu dangereux et mettre la main sur le mystérieux "Christopher" avant que ses acolytes ne le démasquent?
On comprend rapidement pourquoi "The House on 92nd Street" a été tourné avec l'entière collaboration du FBI et de son directeur de l'époque J. Edgar Hoover puisqu'on est pas loin du film de propagande. Ce patriotisme exacerbé typique de nos voisins américains tape un peu sur les nerfs, mais nous offre en contrepartie un regard fascinant sur les méthodes de travail du FBI, car on a pu tourner dans les quartiers généraux et laboratoires de l'agence et utiliser divers documents et films d'archives. Même si la technologie peut paraître désuète, l'utilisation de décors naturels insuffle une dose de réalisme essentielle à l'aspect semi-documentaire du film. Le gigantesque hangar servant à répertorier les empreintes digitales est particulièrement impressionnant. De plus, le fait que, sauf pour les principaux protagonistes, la distribution est constituée entièrement d'acteurs inconnus et de vrais employés du FBI ajoute à l'authenticité du film. Si les personnages allemands parlaient leur langue au lieu de parler anglais, l'illusion aurait été presque complète. La réalisation de Hathaway est adéquate et il parvient à intégrer habilement l'approche semi-documentaire au suspense, mais l'atmosphère sombre et les éclairages contrastés typiques du film noir font cruellement défaut. La distribution ne passera pas à l'histoire et Lloyd Nolan, qui reprendra son rôle de l'agent Briggs dans The Street With no Name et Signe Hasso (Elsa Gebhardt) offrent les meilleures prestations.
Côté technique, l'image est claire et généralement propre malgré les quelques taches et égratignures qui apparaissent à l'occasion. Le niveau des contrastes et le rendu des noirs sont adéquats, mais on peut noter une perte de détails lors des scènes tournées dans un environnement sombre. La piste audio en stéréo semble artificielle ce qui se traduit par un manque de focus des effets sonores et des dialogues. La piste originale mono est meilleure et les dialogues et la musique sont clairs et exempts de distorsion. La présentation est standard. Le boîtier simple, qui utilise l'affiche du film, ne contient pas d'encart et les menus sont statiques et sans accompagnement musical. Comme suppléments, on retrouve tout d'abord une intéressante piste audio commentaire avec l'historien du film noir Eddie Muller. Il place le film dans son contexte historique et nous parle de l'impact important que le producteur Louis de Rochemont a eu sur le scénario et le tournage. Il nous explique également que "The House on 92nd Street" n'est pas véritablement un film noir. Une galerie photo, le "Original Press Booklet", qui permet de lire divers articles de journaux en utilisant la fonction "zoom", ainsi que quelques bandes-annonces (mais pas celle du film...) viennent compléter les suppléments.
Plus intéressant pour l'aspect documentaire que pour l'intrigue, "The House on 92nd Street" demeure un film important qui a eu une influence considérable sur le cinéma américain. Par contre, ceux désirant s'initier aux conventions du film noir font mieux de regarder ailleurs.
| Film | 7 |
| Présentation | 3 |
| Suppléments | 6 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 7 |