Il n'est pas facile de trouver une constante ou un fil conducteur dans la filmographie de Steven Sodebergh. L'éclectique cinéaste américain, qui alterne allègrement entre le cinéma grand public, le quasi documentaire et les projets plus personnels, n'en finit plus de nous surprendre et de nous étonner. Lors des deux dernières années, il a continué de s'amuser avec la série Ocean's..., a enchaîné avec l'ambitieux diptyque Che et, juste avant de s'attaquer à l'excellent thriller The Informant, a réalisé "The Girlfriend Experience", une oeuvre à petit budget presque expérimentale mettant en vedette Sasha Grey, une "actrice" qui, jusque-là, n'avait évolué que dans l'univers du porno.
En 2008, sur fond de course à la présidence et de début de crise économique, le film trace le portrait de Chelsea (Sasha Grey), une escorte de luxe qui offre à ses clients un service haut de gamme connu sous l'acronyme "GFE" ("Girlfriend Experience"), où elle devient en quelque sorte la copine du client, pour quelques heures, que ce soit en public ou en privé. La plupart des ses clients sont de riches gens d'affaires, son tarif est de 2000 $ l'heure, elle est indépendante et se croit en parfait contrôle de sa vie, tant professionnelle que personnelle, car elle a un petit ami dévoué (Chris Santos) qui accepte son style de vie. Mais dans ce métier, on ne sait jamais qui on va rencontrer et Chelsea éprouvera de l'attirance envers Tim (Timothy Davis), un nouveau client de passage à New York.
Filmé en ordre chronologique, mais déconstruit et réassemblé au montage, "The Girlfriend Experience" nous propose une succession de scènes présentées dans le désordre, faites de rencontres et de conversations entre Chelsea et ses clients, son amie Christine, son copain, son comptable, un critique internet sans scrupule que tente de lui soutirer une baise gratuite, un journaliste qui aimerait bien briser sa façade et écrire "l'histoire" derrière Chelsea, etc. La plupart des échanges tournent autour de l'argent et servent à souligner l'hypocrisie de clients qui redoutent la crise économique, mais n'hésitent pas à dépenser des milliers de dollars pour passer quelques heures avec la séduisante demoiselle. Malheureusement, le propos dépasse rarement la rhétorique habituelle et devient rapidement redondant même si le film ne fait que 78 minutes.
La réalisation est particulièrement soignée et crée une ambiance intimiste qui rappelle l'esthétisme de la Nouvelle Vague, tout en empruntant chez Wong Kar-wai cette façon d'illustrer le sentiment d'isolation et la sensualité. Sasha Grey se tire assez bien d'affaire et Sodebergh a su éviter l'écueil de l'exploitation de son passé d'actrice porno, mais au final on se demande un peu où le réalisateur veut en venir, bien que l'on puisse suggérer cette piste de réflexion: le capitalisme, tout comme la prostitution, ne vend-il pas que rêves et illusions tout en réduisant les relations humaines au rang de simples transactions?
Tourné avec la caméra numérique Red One en utilisant que des décors baignés de lumière naturelle, "The Girlfriend Experience" nous propose un transfert de bonne qualité, malgré certains problèmes de granularité et d'accentuation des contours. La pellicule est exempte d'impuretés, les couleurs paraissent naturelles et le niveau des contrastes et des détails est adéquat, les variations observables étant dues aux techniques de tournage. Au rayon audio, l'activité est concentrée à l'avant et l'appui des enceintes arrière est presque inexistant, ce qui n'est pas étonnant dans un film essentiellement basé sur les dialogues. Certains effets ambiophoniques auraient cependant contribué à rendre l'environnement sonore plus réaliste. Je n'ai noté aucune différence entre la piste en Dolby Digital 5.1 et celle en stéréo. La présentation et les menus sont de facture standard.
Parmi les suppléments, on retrouve une excellente piste audio de commentaires avec Steven Sodebergh et Sasha Grey. Les échanges entre le réalisateur et l'actrice sont intéressants et informatifs et ils abordent plusieurs aspects de la production comme la genèse du projet, les recherches effectuées par Grey, ainsi que ses antécédents, et l'approche dite "d'improvisation structurée" utilisée par le cinéaste. Ils discutent aussi de la version alternative, incluse sur le DVD. On retrouve également une courte revuette promotionnelle du réseau HDNET intitulée "A Look at The Girlfriend Experience" et quelques bandes-annonces.
"The Girlfriend Experience" s'adresse surtout aux fans de Sodebergh. Ceux qui s'attendent à un film olé olé ou à un divertissement grand public sont mieux de regarder ailleurs.
| Film | 6 |
| Présentation | 4 |
| Suppléments | 5 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 6 |